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“La baleine bleue” un jeu fatal : De sinistres défis qui ont conduit à plus de 130 cas de suicides dont trois au Maroc




La ville d’Agadir et ses habitants ont vécu une histoire qui ressemble à un roman noir, à une fiction. Et pourtant,  c’est une histoire vraie. Dramatiquement vraie. Cette histoire c’est celle d’un lycéen qui aurait été fauché à la veille de passer son bac, par l’une des incarnations les plus machiavélique du Web, le jeu de la baleine bleue, ou "Blue Whale Challenge". L'ultime défi de ce jeu morbide ? Le suicide.
L’enquête menée par la police judiciaire n’a toujours pas établi la responsabilité du Blue Whale Challenge dans la mort du jeune lycéen qui s’est jeté du haut de l’immeuble où il résidait. Cependant, l’adolescent était réputé pour son caractère introverti et une addiction aux jeux vidéo, plus particulièrement au Blue Whale Challenge surnommé aussi Silent House ou Wake Me Up at 04:20 AM. A Casablanca également, il semblerait que ce jeu de défis glauque ait fait deux autres victimes. Un jeune enfant de 8 ans, en novembre dernier, et une fillette de 12 ans retrouvée pendue chez elle. La razzia du challenge s’est poursuivie au-delà du Royaume, notamment en Algérie, où cinq familles vivent avec l’insoutenable douleur de perdre un enfant par suicide.
Philippe Boudeïkine, Philipp Liss, et More Kitov. Selon une enquête menée par le journal français Le Monde, ces trois Russes seraient les inventeurs de ce jeu sordide. En épilogue d’un procès à huis clos dans la glaçante Sibérie, le premier fut désigné par la Cour comme le cerveau de la bande, et condamné en juillet 2017 à trois ans de prison ferme, pour deux suicides. À la base de ce jugement, la médiatisation du Blue Whale Challenge, via une enquête parue dans le journal russe Novaya Gazeta. Celle-ci a exposé aux yeux du peuple russe, le triste destin d’Irina Kambaline, alias «Rina», la première victime de ce challenge. L’enquête du quotidien suppose aussi qu’environ 80 suicides d’adolescents parmi les 130 observés dans le pays des tzars entre novembre 2015 et avril 2016 pourraient être liés au Blue Whale Challenge.
Le principe de ce challenge tient dans l’accomplissement d’une série de 50 défis au départ inoffensifs, comme dessiner une baleine sur une feuille. L’accomplissement d’un défi permet l’accès au niveau supérieur. Plus on réalise de défis, plus on bascule dans l’horreur, avec des gages sinistres tels que se réveiller en pleine nuit pour écouter des musiques tristes, regarder des vidéos prônant le suicide, se scarifier, ou encore monter sur une grue, et l’escalade de l’horreur se termine par le dernier : se suicider. A l’instar du nom de ce challenge, cet ultime défi symbolise la légende controversée qui voudrait que certaines baleines se «suicident» en s’échouant volontairement sur les plages.
Après chaque défi, des images et des vidéos de l’acte dépassant les 200.000 sont partagées sur une sorte de Facebook russe, "Vkontakte", par un groupe baptisé "f57" et qui présente la mort comme un but ultime à atteindre, une délivrance aux problèmes de la vie.
Au regard de la charte graphique, des règles et des slogans, tout semble avoir été pensé pour séduire et intriguer le plus grand nombre de personnes. Paradoxalement, le parrainage est la seule voie d’accès au jeu. Etre choisi par un tuteur constitue de prime abord un privilège qui se transforme au fil du temps en piège. Car le rôle du tuteur est de conditionner psychologiquement le joueur à son but final, le pousser à s’ôter la vie. Certains suicides sont même filmés à distance, ce qui suggère que le tuteur et le joueur se connaissent et que les morts sont mises en scène.
Une manipulation possible à la lumière du profil des victimes, généralement âgées de 12 à 15 ans, à savoir la période où l’on se construit, où l’on veut prouver à soi et aux autres des choses, mais aussi l’âge où l’on est particulièrement fragile et donc manipulable. Ainsi, sous la pression opérée par les tuteurs et les internautes membres du groupe, beaucoup de jeunes, en mal d’adrénaline et de sensations fortes, perdent de vue la valeur de leur propre vie. D’autant plus que par l’effet de groupe et d’entraînement, le joueur ne peut renoncer à un défi sous peine de décevoir et se faire ridiculiser par le groupe d’internautes qui s’apparente de plus en plus à une secte, n’hésitant pas à harceler les jeunes qui refusent d’accomplir un gage.
Dans l’optique de limiter sa propagation et de sauver d’autres victimes, des milliers d’internautes mènent une croisade à travers les réseaux sociaux, canal principal du Blue Whale Challenge, avec d’une part le hashtag #pinkwhalechallenge sur Twitter, pendant «positif» du jeu morbide proposant également 50 défis. A contrario, ceux-là sont complètement inoffensifs, comme regarder son film préféré. D’autre part, Vkontakte sous la pression des internautes, a fini par acter le blocage de comptes faisant la promotion du jeu, pareillement pour les communautés de joueurs déjà identifiées. Instagram, quant à lui, a mis en place l’affichage d’un message, une fois tapé sur la barre de recherche des mots clés liés au jeu. Par ailleurs, des internautes ont créé de fausses pages Internet réorientant vers des messages dissuasifs et des témoignages de personnes ayant été tentées par le suicide. La vigilance est de mise au même titre que la sensibilisation de nos enfants, avec pour slogan «Aucun défi ne mérite de risquer sa vie».

Chady Chaabi
Mardi 9 Janvier 2018

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