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La Libye risque de replonger dans un nouveau conflit




Les forces alliées au gouvernement en Libye ont repoussé vendredi des combattants rivaux engagés dans une offensive pour prendre la capitale Tripoli, des affrontements susceptibles de replonger le pays dans un nouveau conflit.
Face au risque d'embrasement, le Conseil de sécurité de l'ONU devait se réunir en urgence vendredi soir à la demande du Royaume-Uni, pour discuter de la Libye, après des appels internationaux à la retenue, selon des diplomates.
L'escalade a coïncidé avec la visite en Libye du patron de l'ONU Antonio Guterres qui a rencontré le Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj jeudi à Tripoli et doit voir vendredi son rival, le maréchal controversé Khalifa Haftar, dans l'est du pays.
Jeudi, les forces pro-Haftar ont lancé une offensive pour prendre la capitale Tripoli, où siège le gouvernement d'union nationale (GNA) dirigé par M. Sarraj et reconnu par la communauté internationale. M. Sarraj a ordonné à ses forces et milices alliées de les repousser.
Les pro-Haftar ont progressé en direction de l'ouest du pays mais vendredi avant l'aube, des dizaines de leurs combattants ont été chassés après un "court accrochage" d'un barrage de sécurité à 27 km à l'ouest de la capitale, a indiqué une source de sécurité à Tripoli.
Des dizaines de combattants ont été faits prisonniers et leurs véhicules saisis, selon cette source. Des photos de ces "prisonniers" en uniformes militaires et assis à même le sol dans un lieu inconnu, circulent sur les réseaux sociaux. Il n'était toutefois pas possible de les authentifier dans l'immédiat.
Selon un journaliste de l'AFP sur place, la circulation était fluide dans la matinée à ce barrage où se trouve un seul véhicule de sécurité dont l'appartenance est inconnue.
La force de protection de Tripoli, une coalition de milices tripolitaines fidèles au GNA, a indiqué avoir participé à la reprise du barrage, après avoir annoncé jeudi une contre-offensive pour stopper l'avancée des pro-Haftar.
Elle a donné le nom de "Ouadi Doum 2" à l'opération, en allusion à la défaite en 1987 du maréchal Haftar, alors officier sous le régime Kadhafi, dans la région de Ouadi Doum sur la bande d'Aouzou, à la frontière du Tchad. M. Haftar s'était alors fait prisonnier.
Depuis la chute en 2011 du régime de Mouammar Kadhafi tué après une révolte, la Libye est plongée dans l'insécurité et une lutte de pouvoir avec la présence de nombreuses milices qui font la loi. Le GNA dans l'ouest, où se trouve Tripoli, et une autorité dans l'est contrôlée par l'Armée nationale libyenne (ANL), autoproclamée par Khalifa Haftar, se disputent le pouvoir depuis 2015.
Jeudi, le maréchal Khalifa Haftar a ordonné à ses forces d'"avancer" en direction de Tripoli. "L'heure a sonné", a-t-il dit dans un message sonore, promettant d'épargner les civils, les "institutions de l'Etat" et les ressortissants étrangers.
Avant lui, le général Ahmad al-Mesmari, porte-parole de l'ANL, avait annoncé mercredi la préparation de cette offensive pour "purger l'ouest" libyen "des terroristes et des mercenaires".
En réponse, M. Sarraj a donné l'ordre de "faire face à toute menace".
De puissants groupes armés de la ville de Misrata (ouest), loyaux au GNA, se sont dits "prêts à stopper l'avancée maudite" des pro-Haftar.
Jeudi, Washington, Paris, Londres, Rome et Abou Dhabi ont appelé "toutes les parties" libyennes à faire baisser "immédiatement les tensions".
M. Guterres a lui appelé à "l'arrêt de tous les mouvements militaires, (...) à la retenue, au calme et à la désescalade, à la fois militaire et politique". "Il n'existe pas de solution militaire en Libye. La solution doit être politique".
Une Conférence nationale sous l'égide de l'ONU est prévue mi-avril à Ghadamès (sud-ouest), afin de dresser une "feuille de route" avec notamment la tenue d'élections pour tenter de sortir le pays de l'impasse.
Le 31 mars, l'Union africaine (UA) annonçait par ailleurs la tenue en juillet à Addis Abeba d'une conférence de "réconciliation" entre les différentes parties libyennes.
Les efforts diplomatiques ces dernières années n'ont pas permis de réelle percée pour une solution politique.
"Le risque d'embrasement est accru", a jugé Jalel Harchaoui, chercheur à l'Institut Clingendael de La Haye. "Prendre Tripoli (...) reste une possibilité" pour Khalifa Haftar, appuyé par différents pays du Golfe, avance-t-il, faisant allusion aux Emirats arabes unis, à l'Egypte et à l'Arabie saoudite, où il a été reçu fin mars.
Outre l'est libyen, le maréchal Haftar contrôle des pans du sud du pays, vaste région désertique. Sebha, chef-lieu du sud, ainsi qu'un des plus importants champs pétroliers du pays, à al-Charara, sont passés sous son contrôle.

Samedi 6 Avril 2019

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