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L'évacuation de la Jungle à Calais a commencé

La ministre française du Logement appelle Londres à accueillir des enfants isolés de la "Jungle"




Les valises sont bouclées, le premier car est parti: l'évacuation de la "Jungle" de Calais, vaste bidonville de milliers de migrants dans le nord de la France, a débuté lundi en début de matinée, sous haute surveillance policière.
Emmitouflés dans leur manteau, plusieurs centaines de migrants se sont présentés dès l'aube devant le hangar baptisé "centre de transit" pour prendre place à bord des véhicules qui doivent les transporter vers les 451 centres d'accueil répartis sur tout le territoire français. Au total, de 6.000 à 8.000 migrants doivent être acheminés durant toute la semaine, les autorités espérant vider le camp pour le démanteler.
En tête de file, Bachir, un Soudanais de 25 ans, sourit dans son sweat à capuche orange: "N'importe où en France" sera mieux que les tentes du camp.
A l'inverse Mohammed, un Éthiopien, regarde la file se former avec scepticisme. "Je suis mineur, je veux passer en Grande-Bretagne, les bus ne m'intéressent pas", dit-il avant de faire demi-tour vers le campement.
Quelque 1.250 policiers et gendarmes ont été mobilisés pour cette opération qui a suscité des heurts sporadiques dans la nuit, avec quelque 120 grenades lacrymogènes tirées, selon une source policière.
Hommes, femmes ou enfants, ils patientent depuis des mois dans ce campement boueux face aux côtes anglaises, avec, pour la plupart, l'espoir de traverser la Manche.
"Si on arrive à orienter 2.000 à 2.500 personnes lundi, c'est très bien", a estimé lundi Didier Leschi, directeur général de l'Ofii (Office français de l'immigration et de l'intégration).
Insécurité, exaspération des populations locales, le camp de Calais était devenu un abcès, empoisonnant le débat autour de l'immigration à six mois de l'élection présidentielle. Il symbolisait aussi l'impuissance de l'Europe à faire face à la pire crise migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale.
Fin septembre, le gouvernement socialiste a annoncé le démantèlement en le présentant comme une opération "humanitaire".
Lundi matin, la ministre française du Logement Emmanuelle Cosse a critiqué lundi la réticence de Londres à accueillir des mineurs isolés au titre du regroupement familial en estimant que "plusieurs centaines" devraient admis "rapidement" Outre-Manche.
Selon elle, "c'est scandaleux" que le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve ait dû "aller plusieurs reprises en Angleterre faire des interviews au (quotidien) Guardian pour qu'enfin le gouvernement britannique applique le droit international".
Pour ceux qui restent, les autorités françaises disent avoir prévu 7.500 places d'hébergement dans différentes localités et espèrent vider la "Jungle" en une semaine. Des pelleteuses devraient commencer dès mardi à déblayer tentes et baraquements.
La principale difficulté sera de convaincre ceux qui n'ont pas renoncé à rejoindre l'Angleterre et refusent de partir. De nombreux Afghans en particulier semblaient toujours réticents dimanche. "Il faudra nous forcer pour partir. Nous on veut aller en Grande-Bretagne", assurait l'un d'entre eux, Kharazi.
L'évacuation annoncée n'a pas clos le débat politique, loin de là. Des membres de l'opposition de droite craignent désormais une multiplication de "mini-Calais" dans toute la France, l'extrême droite prône de les renvoyer dans leurs pays d'origine, plusieurs villes d'accueil se sont rebellées contre le plan de répartition du gouvernement.
"Accueillir dans des villes 30, 40 personnes (...) ça me paraît être la moindre des choses", a répliqué dimanche le ministre de la Ville Patrick Kanner, en réclamant "respect" et "humanité" pour les migrants.
Plusieurs organisations non gouvernementales ont regretté la précipitation des autorités et certaines ne cachent pas leur scepticisme sur la suite.
"Le gouvernement rêve qu'en détruisant, cela va régler le problème migratoire, mais c'est une erreur: une bonne partie des gens qui vont partir reviendront, sans compter qu'il y a toujours de nouveaux arrivants, environ 30 par jour", estime François Guennoc, vice-président de l'Auberge des migrants.
Par ailleurs, la ministre française du Logement Emmanuelle Cosse a critiqué lundi la réticence de Londres à accueillir des enfants isolés de la "Jungle" de Calais au titre du regroupement familial et estimé que "plusieurs centaines" devraient être admis "rapidement" Outre-Manche.
"Nous voulons que l'ensemble des mineurs qui relèvent du regroupement familial soient admis le plus rapidement possible" en Grande-Bretagne, a dit la ministre sur la radio RTL, en estimant que "plusieurs centaines devraient être admis rapidement".
Selon elle, "c'est scandaleux" que le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve ait dû "aller à plusieurs reprises en Angleterre faire des interviews au (quotidien) Guardian pour qu'enfin le gouvernement britannique applique le droit international".
Elle a déploré le cas d'enfants "dont les parents sont en Angleterre et qui ont les plus grandes difficultés pour être admis" Outre-Manche, tout en reconnaissant "des progrès significatifs la semaine dernière".

Mardi 25 Octobre 2016

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