L’USFP ouvre le débat à l’horizon des prochaines échéances

Développement équitable : Réforme politique et réformes économique et sociale entre légitimité du choix et efficacité de l’action


M.T
Lundi 16 Février 2026

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L’USFP a organisé, samedi 14 février courant, au siège central du parti à Rabat, une journée d’étude nationale sous le thème : «Développement équitable : réforme politique et réformes économique et sociale entre légitimité du choix et efficacité de l’action».
Cette rencontre s’inscrit dans la dynamique préparatoire à l’élaboration du programme électoral du parti en vue des prochaines échéances.

Dans un contexte marqué par la montée des attentes citoyennes à l’égard de l’action partisane, l’exigence de clarté dans les choix publics et la demande croissante de reddition des comptes, l’USFP entend repositionner le débat sur les réformes structurantes. L’objectif affiché est de rompre avec la logique des programmes généraux et imprécis, au profit de propositions fondées sur l’expertise, la connaissance et un diagnostic rigoureux des réalités politiques, économiques et sociales du Maroc.

La journée a réuni universitaires, experts, chercheurs, responsables partisans et acteurs associatifs, conférant aux travaux une dimension scientifique et participative. Les échanges se sont articulés autour de trois grandes sessions thématiques, traduisant la volonté du parti d’aborder le concept de «développement équitable» dans sa globalité, comme étant le fruit d’une articulation cohérente entre réformes politique, économique et sociale.

La réforme politique au Maroc ne peut plus être pensée uniquement à travers la production de textes constitutionnels ou la révision des lois encadrant la vie publique. C’est l’un des principaux enseignements mis en avant par Abdallah Saaf, professeur émérite à l’Université Mohammed V de Rabat et directeur du Centre d’études et de recherches en sciences sociales. Selon lui, le véritable enjeu réside désormais dans la capacité des normes adoptées à se traduire en pratiques effectives au sein des institutions de l’Etat et de la société.

D’après lui, le problème n’est pas l’insuffisance de l’arsenal juridique, mais plutôt son faible niveau d’application. Il pointe, à cet égard, la persistance de mécanismes de contrôle de la décision publique, les conflits d’intérêts et la prééminence de l’exécutif au détriment de l’équilibre institutionnel souhaité.

Pour Abdallah Saaf, une réforme authentique suppose le passage d’une logique de «réforme par le haut» à une dynamique participative intégrant les élites politiques, académiques et civiles dans la production de la décision publique. La responsabilité doit être effectivement liée à la reddition des comptes, et non réduite à un slogan conjoncturel. Il a également insisté sur l’urgence de placer la gouvernance et la lutte contre la corruption au cœur des priorités, estimant qu’aucune réforme ne saurait être crédible si elle évite ces nœuds structurels.

De son côté, Aicha Kadaoui, professeure-chercheuse en science politique et géopolitique à l’Université Hassan II de Casablanca, a mis  l’accent sur la dimension sociétale de la crise. Selon elle, le cœur du malaise réside dans l’érosion de la confiance entre les citoyens et les institutions, ainsi que dans le recul de la participation politique, notamment chez les jeunes.
L’abstention électorale, a-t-elle souligné, n’est pas un simple choix individuel, mais l’indicateur d’un dysfonctionnement structurel de la médiation partisane. Les formations politiques peinent à formuler une offre crédible, structurée dans le temps et convertible en politiques publiques concrètes.

Par ailleurs, les mutations numériques ont profondément transformé les modes d’expression politique des nouvelles générations: les débats se déplacent des espaces partisans traditionnels vers les plateformes digitales, imposant aux partis de repenser leurs outils de communication, leurs méthodes d’encadrement et leurs stratégies de mobilisation.
Restaurer la confiance dans le processus électoral et dans la capacité des institutions élues à peser réellement sur la décision publique apparaît, selon elle, comme une condition sine qua non de toute réforme sérieuse.

Pour Mohamed El Malki, la réforme politique s’inscrit dans un contexte marqué par un décalage croissant entre l’intensité des attentes sociales et la capacité du système politique à produire un horizon crédible. Les revendications économiques et sociales se multiplient, tandis que le discours politique peine à proposer des alternatives mesurables et évaluables.

Il a appelé à redonner sens à l’action politique en dépassant une gestion technocratique du quotidien, dénuée de souffle réformateur à long terme. La crise de la médiation ne serait pas seulement celle des partis, mais aussi celle d’une conception appauvrie de la politique elle-même.

Il a plaidé pour la réhabilitation des valeurs éthiques dans la pratique publique, le renouvellement des élites et la modernisation des mécanismes organisationnels des partis afin de restituer à la politique sa vocation première, à savoir transformer la réalité et non simplement gérer les équilibres.

Pour sa part,  Abdelhamid Benkhatab a proposé une lecture critique du fonctionnement de l’institution législative. Selon lui, le Parlement continue de souffrir de la limitation de ses prérogatives de contrôle et d’initiative législative, dans un contexte marqué par l’hégémonisme gouvernemental quant à l’agenda normatif et l’orientation des politiques publiques.

Cette situation affaiblit le principe de séparation des pouvoirs et réduit souvent le rôle du Parlement à celui d’une instance de validation, plutôt que d’un véritable espace de délibération et de décision. Il a également souligné que l’instabilité des règles électorales et leurs modifications récurrentes perturbent le processus démocratique et nourrissent le scepticisme à l’égard de la participation politique.

Pour Abdelhamid Benkhattab, toute réforme politique crédible passe nécessairement par un renforcement substantiel du rôle du Parlement, l’élargissement de son autonomie et la consolidation de ses fonctions de contrôle, afin qu’il devienne un acteur central de l’équilibre démocratique.

Au croisement de ces analyses, un constat s’impose : la réforme politique au Maroc ne relève plus seulement de l’ingénierie juridique, mais d’une refondation des pratiques, de la confiance et des équilibres institutionnels, condition essentielle pour répondre aux aspirations d’une société en mutation.

M.T

M.T
Lundi 16 Février 2026
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