L’USFP: La voix de l’Afrique au sein du leadership international progressiste


Libération
Mardi 21 Avril 2026

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Barcelone a de nouveau accueilli l'une des rencontres progressistes les plus marquantes de la scène internationale. Pedro Sánchez, secrétaire général du Parti socialiste ouvrier espagnol, y a organisé les 17 et 18 avril 2026 une mobilisation mondiale des forces progressistes, réunissant des dirigeants socialistes des quatre continents. L'Union socialiste des forces populaires y a une fois encore affirmé son rôle central dans la reformulation de l'agenda socialiste aux niveaux africain et international — autant par sa présence organisationnelle que par son apport intellectuel et politique en tant que voix du continent africain au sein du leadership progressiste mondial.

Cette stature dont jouit l'USFP est le reflet de sa position éminente au sein de l'Internationale Socialiste, où il occupe la vice-présidence, portant avec autorité les causes du continent africain. Un positionnement qui traduit un héritage militant et intellectuel de longue haleine, et qui confirme que le Parti de la Rose demeure une force de proposition au cœur de l'architecture décisionnelle progressiste mondiale.

Au fil de son parcours historique, l'USFP a su se muer d'un parti engagé dans les combats démocratiques internes en un acteur qui interpelle les déséquilibres du système international et propose des alternatives concrètes pour rééquilibrer les rapports de force entre le Nord et le Sud. Cette évolution ne saurait être dissociée du contexte des mutations profondes qui placent désormais l'Afrique au cœur des défis planétaires.
Elle témoigne également que l'USFP est en phase avec les transformations internationales et contribue à les orienter, plaçant l'Afrique au centre de l'agenda progressiste mondial, et défendant un socialisme démocratique universel qui refuse toute forme de double standard.

«L'Afrique n'a pas besoin de charité, mais de justice». C'est sous ce mot d'ordre que l'USFP s'est imposé comme figure de proue de la social-démocratie en Afrique. En proposant des alternatives ancrées dans les réalités du continent, tout en s'articulant aux débats mondiaux sur la justice économique, l'intervention de Khaoula Lachguar — vice-présidente de l'Internationale Socialiste et membre du Bureau politique — lors de la session consacrée à « l'Agenda 2063 de l'Union africaine» a posé avec une précision chirurgicale le diagnostic des déséquilibres structurels qui entravent le développement du continent, en portant une thèse politique sans ambiguïté : «Le problème ne réside pas dans l'insuffisance de l'aide, mais dans la nature même du système financier international».

L'intervention a mis en lumière un paradoxe saisissant : l'Afrique, qui cherche des financements, finance en réalité d'autres économies. Car ce qui quitte le continent représente le double de ce qu'il reçoit en aide, que ce soit par des flux financiers légaux ou illicites. Un constat qui révèle une dysfonction profonde dans les fondements mêmes de l'économie mondiale.

Khaoula Lachguar a également éclairé sur la «taxe de notation» imposée aux Etats africains : trois agences internationales seulement déterminent le coût de l'emprunt, engendrant des écarts injustifiables. Le cas du Kenya en est l'illustration édifiante : en 2024, le pays a emprunté à un taux de 9,75%, contre seulement 2,5% pour l'Allemagne. Un différentiel qui porte en lui une philosophie de l'inégalité, fondée sur des représentations biaisées du risque.

C'est sur cette réalité que l'USFP a adressé une interpellation directe à la famille progressiste mondiale : Les valeurs progressistes doivent-elles demeurer prisonnières des frontières européennes ? La justice fiscale et les droits des travailleurs ne concernent-ils que le Nord, ou s'étendent-ils aux travailleurs d'Afrique et à ses ressources?

Ces questions, audacieuses et fondatrices, ont marqué une inflexion dans le discours socialiste africain. Longtemps cantonné à une posture de réception, ce discours occupe aujourd'hui, grâce à l'USFP, une position d'initiative, d'interpellation  et de formulation d'exigences stratégiques constituant le socle d'un projet socialiste démocratique africain.

Premièrement, instaurer une justice fiscale transfrontalière, garantissant que les Etats dont les ressources sont extraites bénéficient effectivement de leurs revenus, plutôt que de voir ces richesses s'accumuler dans les économies avancées. Car la lutte contre l'évasion fiscale ne saurait être victorieuse si elle n’intègre pas les enjeux du Sud.

Deuxièmement, reconnaître le droit au développement comme un droit social universel, impliquant une réforme en profondeur de l'architecture de la dette — par des mécanismes multilatéraux de restructuration — et une redistribution équitable des droits de tirage spéciaux, dont l'Afrique n'a bénéficié qu'à la marge, en dépit de ses besoins criants.

Troisièmement, démocratiser la gouvernance financière mondiale, afin qu'elle reflète le poids réel des continents et des peuples au sein des institutions internationales, à commencer par le Fonds monétaire international. Car il n'est plus acceptable que la représentativité n'y soit que le miroir des rapports de force historiques, ignorant les réalités démographiques et économiques actuelles.

Partant du constat bouleversant que deux dollars quittent l'Afrique pour chaque dollar qui y entre — par les canaux du rapatriement des bénéfices, de l'évasion fiscale et des flux financiers illicites — l'USFP a lancé à l'ensemble des progressistes du monde une question dont la radicalité force la réflexion : La justice est-elle soluble dans la géographie ? Lorsque les progressistes européens défendent l'imposition des grandes fortunes, l'amélioration du pouvoir d'achat ou la protection des services publics, cette défense englobe-t-elle les travailleurs de Dakar et de Nairobi? S'étend-elle aux ressources africaines dont les profits s'évaporent vers l'étranger?

L'USFP a placé les progressistes face à leurs responsabilités historiques : soit le socialisme démocratique est un projet universel et cohérent, soit il se réduit à un instrument d'amélioration du bien-être à l'intérieur de frontières étroites, et n'est alors que l'expression d'un égoïsme camouflé sous de nobles principes.
L'intervenante a résumé ce défi avec une clarté tranchante : «On ne peut être progressiste à l'intérieur et conservateur à l'échelle internationale. Défendre l'Afrique, c'est, au fond, contribuer à sauver le projet progressiste lui-même de son repli et de ses contradictions.»

L'USFP a offert à tous les progressistes du monde le modèle d'une gauche qui pense globalement et combat localement, et qui a la conviction profonde que le socialisme démocratique, s'il n'est pas universel, n’existera tout simplement pas.

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