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Un rapport de plus. Celui-ci émane de l'Association marocaine des droits humains (AMDH), et constitue une sorte de bilan sur la situation des violations des droits humains au Maroc. Beaucoup plus de mauvais que de bons points. Des conclusions qui convergent avec celles de bon nombre de rapports internationaux comme celui de « Human rights watch » ou du «Forum économique». Ils s'accordent tous à déclarer que le Maroc doit mieux faire. Une nouvelle Constitution a été promulguée et des conventions internationales ont été ratifiées et tendent toutes vers la préservation des droits des citoyens. Seule manque une réelle politique de l'Etat afin de tenir ses engagements. Ce rapport met le doigt sur tous les maux qui gangrènent la société et ternissent l'image du pays. En tenir compte tracerait le chemin vers plus de démocratie.
Le Royaume s'est certes doté d'une nouvelle Constitution en laquelle beaucoup d'espoirs ont été placés. D'après le rapport et quoique certains droits et libertés aient été consacrés tels que l'incrimination de la torture et de la détention arbitraire, force est de constater que l'effet desdits droits et libertés reste très restreint en l'absence de garanties constitutionnelles. Idem pour l'égalité entre l'homme et la femme qui est loin d'être effective du fait que ladite égalité doit respecter les particularités illustrées dans les « dispositions de la Constitution, des constantes et des lois du Royaume ». Cette situation « handicapante» de la femme ressort sur le plan international puisque des organismes comme le Forum économique classent le Maroc parmi les pays les plus inégalitaires compte tenu de l'approche genre selon un ensemble d'indicateurs tels que les difficultés que rencontrent les femmes pour accéder au marché du travail (69% parmi les femmes pour 44% des hommes).
Et pourtant, le Maroc «hésite à promulguer la loi relative à la protection des femmes contre la violence et s’attarde à imposer le respect des autres lois en dépit de leurs faiblesses (avec en tête le Code de la famille) et à honorer ses promesses pour la levée des réserves sur la C.E.D.A.W. au lieu de les remplacer par des déclarations interprétatives, ce qui constitue un manquement de l’Etat à honorer son engagement pour lever les réserves suscitées », n’a pas manqué d’indiquer le rapport.
Au niveau des droits civils et politiques, l’AMDH fait état de bon nombre de violations portant atteinte à la vie des citoyens aussi bien dans les lieux publics, les centres hospitaliers ou les locaux de la police. L’association s’insurge contre l’impunité des responsables de toutes ces exactions les plaçant au-dessus de toute poursuite. Quant aux prisons, elles souffrent d’un grand problème de promiscuité qui rend inhumaines les conditions de vie des prisonniers. Un monde où le maître mot est l’approche sécuritaire en dehors du respect minimum des droits humains. Ce qui a entraîné l’augmentation de différentes formes de protestations individuelles et collectives, l’observation de nombreuses grèves de la faim par les détenus et particulièrement ceux de ladite Salafiyya Jihadiyya, comme l’a rappelé le rapport. Dans le même volet, l’AMDH évoque les cas de disparitions forcées et d’enlèvements. Outre les cas en suspens cités par l’Instance équité et réconciliation (Mehdi Ben Barka, Houcine El Manouzi, Abdelhak Rouissi, Abdelatif Zeroual, Ouazzane Belkacem), l’AMDH a enregistré environ 42 nouveaux cas d’enlèvements en 2010-2011.
Nul besoin de rappeler que s’il y a un domaine où les libertés publiques sont restreintes, c’est bien celui de la presse. A ce propos, l’AMDH déplore que l’Etat marocain «continue à restreindre le droit d’accès à l’information, à faire subir des procès inéquitables à des journalistes et à prononcer des jugements injustes à leur encontre ». Qu’en est-il de la justice ? La même source pointe du doigt les appareils exécutifs de l’Etat qui n’hésitent pas à se servir du système judiciaire pour l’amener à prononcer des jugements injustes dans des procès inéquitables notamment ceux où ont été poursuivies les victimes de la répression de la liberté d’opinion et d’expression, de la liberté de la presse, des syndicalistes, des activistes politiques, des participants aux protestations sociales, des défenseurs des droits humains dont de nombreux membres de l’A.M.D.H., et les détenus en rapport avec les dossiers de la lutte anti-terroriste.
Dans un autre registre, même le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) n’a pas échappé aux critiques acerbes du l’AMDH qui déplore le fait que cette institution ne dispose ni de l’autonomie ni encore moins des prérogatives à même de lui permettre la mise en œuvre de ses recommandations. De ce fait et vu sous ce angle, le C.N.D.H. ne répond pas, selon l’AMDH, aux critères des institutions nationales chargées de la protection et de la promotion des droits humains tels que prévus par les « les Principes de Paris »
A travers ce sombre tableau filtre quand même une embellie qui vient des instruments internationaux ratifiés par le Maroc. Un bon point accordé par l’AMDH. Le rapport rappelle ainsi que le Maroc a dernièrement ratifié le Protocole facultatif à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, le Protocole facultatif à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Par ailleurs, le gouvernement a annoncé son intention de ratifier la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées.
Toutefois, le rapport regrette le fait que le Maroc tergiverse encore quant à la ratification de nombreuses chartes et conventions internationales sur les droits humains. Il s’agit en l’occurrence de la Convention de Rome sur la Cour pénale internationale, les deux protocoles relatifs au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et la levée de toutes les réserves et des déclarations interprétatives des conventions ratifiées. Il n’a pas non plus ratifié un bon nombre de conventions de l’Organisation internationale du travail avec en tête la Convention n° 87 sur la liberté syndicale.