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Il faut en finir avec la pauvreté




Le 17 octobre a marqué la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. La commémoration de cette journée suggère que la manière de mettre fin à la pauvreté n’est pas un concept ésotérique. Au contraire, le fait même de sa célébration indique que la recette pour en venir à bout est, à tout le moins, une théorie déjà établie. Bien qu’elle puisse faire l’objet d’une évaluation plus poussée, sa méthodologie centrée sur les personnes est déjà éprouvée de la manière la plus univoque qui soit, et elle est aussi bien comprise que ne l’est la brutalité d’un déni massif du potentiel de notre humanité. Le processus de planification d’actions visant à éradiquer les conditions de pauvreté est synonyme d’expérience de conception de développement durable ou d’entreprises dans des sociétés qui connaissent une longue espérance de vie. En bref, nous – le public de tous bords – devons, ensemble, planifier en tenant compte de la grande diversité des facteurs qui influent et sont influencés par le changement social. Les forces intentionnelles et non intentionnelles en présence qui sont exprimées par les sociétés, et qui se manifestent du fait même du monde naturel, qui provoquent la croissance ou la disparition d’une intervention dans la promotion de notre bien-être général, sont pertinentes dans les différents domaines où nous cherchons à nous améliorer. Par exemple, quelles sont les implications économiques et environnementales d’une entreprise agricole ? Quelles sont les répercussions politiques de l’éradication de l’analphabétisme des femmes ? Quelles sont les dimensions culturelles qui entravent ou libèrent l’innovation chez les jeunes ? Quelles sont les évaluations techniques et financières de l’activité de transformation des produits des coopératives rurales ? Que nous a appris l’histoire sur l’avenir lorsque nous mettons en place des projets d’eau potable qui nous débarrassent des maladies hydriques et des pertes de vie infantile ? Si nous voulons, à terme, mettre en place des projets qui pourront porter un coup fatal à la pauvreté, nous devons envisager le développement sous tous ces angles et dans toutes ces dimensions. Plus important encore, comment mettre en œuvre ce type de planification dimensionnelle à multiples facettes, sachant qu’aucune personne ou agence ne peut à elle seule tenir compte de tous ces points de vue dans sa mise en œuvre visant à identifier une action sociale efficace ? Il faut que les personnes dont la pauvreté est censée être éradiquée et qui sont ciblées pour être les bénéficiaires du changement participent à leur propre évaluation de ce qui sera le mieux pour elles, en impliquant le dialogue inclusif entre les femmes et les hommes, toutes les catégories d’âge et tous les secteurs. Individuellement, ils se combinent en de nombreux points de vue nécessaires pour parvenir à une conception équilibrée des projets de lutte contre la pauvreté par et pour la population. J’ai espoir que les personnes qui vivent des situations de pauvreté extrême, héritées du passé et transmises vers l’avenir, se réjouiront un jour de voir l’aide au développement internationale et nationale appliquée pour réaliser les priorités qu’elles déterminent par leurs propres procédures d’analyse, de discussion et de recherche de consensus. On ne pourra sonner le glas de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté sans qu’un certain nombre de réalités essentielles ne deviennent des acquis. L’une de ces réalités étant que la question de l’allocation des fonds de développement est une affaire communautaire, et qu’elle n’est pas l’apanage de parties extérieures qui tirent les ficelles. En outre, les Objectifs de développement durable du monde seront enfin un jalon sur la voie de leur propre réalisation, lorsque leur composition sera la somme de tous les besoins définis par les communautés locales et les quartiers de la planète. Etant donné que la majeure partie de la pauvreté sur terre touche les populations rurales, nous devons reconnaître que les associations de producteurs de denrées alimentaires doivent également être les transformateurs de leur générosité. Les capacités des producteurs doivent être investies dans l’infrastructure physique de l’utilisation efficace de l’eau, dans l’amélioration de la culture et de leurs capacités, et dans la création de coopératives en partenariat qui permettent d’atteindre le marché et la durabilité. Dans de nombreux pays, la majorité des filles des zones rurales ne vont pas à l’école secondaire, mais elles peuvent et doivent être « des greniers à blé » pour elles-mêmes et pour les blocs de nations dont elles font partie. La pauvreté rurale est en réalité une parodie, car elle se manifeste là où il existe le plus grand potentiel de croissance partagée et prospère. Cette Journée internationale est inextricablement liée aux droits de l’Homme, et il s’agit là d’une vérité qui n’est pas nécessairement intuitive. Comment pouvons-nous en effet manifester le changement dans nos cœurs alors qu’on ne nous a jamais demandé quelle pouvait être notre vision personnelle de notre avenir ? Comment pouvons-nous courageusement faire valoir nos propres intérêts alors qu’ils ont été niés et non reconnus pendant la plus grande partie de notre vie ? Il est tellement difficile et peut-être injuste de s’attendre à ce que nous parlions directement au pouvoir – qui domine aussi bien dans les hameaux que dans la gestion des affaires du monde – alors que les groupes qui l’exercent le font depuis des lustres. L’éradication de la pauvreté doit commencer par le démantèlement des inhibitions et des doutes qui nous empêchent d’affirmer notre confiance en nous-mêmes, et doit plutôt conduire à la remise en question et à la redéfinition des relations qui oppriment et contrôlent. C’est alors, lorsque nous nous engageons dans la planification du développement, que nous devenons plus forts dans notre découverte et notre réalisation des opportunités qui feront disparaître la pauvreté une bonne fois pour toutes et qui donneront lieu à nos meilleurs jours sur terre.
Par Yossef Ben-Meir
Président de la Fondation du Haut Atlas

Libé
Mardi 20 Octobre 2020

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