Entretien avec le peintre Abdellatif Zine : “Défendre le rayonnement des arts plastiques au Maroc”


Propos recueillis par Abdessalam Khatib
Vendredi 25 Mai 2012

Autres articles
Les plasticiens
marocains, toutes
tendances confondues, se sont donné
rendez-vous à Casablanca le 28 avril dernier. L’enjeu
valait largement le déplacement puisqu’il s’agissait, ce jour-là,  de prendre part à deux assemblées générales dont les travaux, les conclusions et les
résolutions  revêtaient une importance
capitale pour leurs activités.
Les deux assemblées concernaient
respectivement
le Syndicat des artistes plasticiens marocains (SAPM) et l’Association nationale des arts
plastiques (ANAP).
Nous avons rencontré Abdellatif Zine, qui s’est longuement
expliqué sur les raisons de la tenue de ces deux assemblées et sur l’avenir des arts plastiques au Maroc.


Libé : Vous venez de renouveler les bureaux du Syndicat  et de l’Association. A l’unanimité ces deux entités vous ont porté à la présidence.  Pourquoi avez- vous tenu les deux assemblées générales en même temps ?

Abdellatif Zine : C’est vrai qu’on a tenu deux assemblées générales le même jour. Au niveau de  l’association, on n’a pas eu d’activités depuis le Salon marocain d’art contemporain qui a eu lieu en 2009.
Pour ce qui est du syndicat dont je suis aussi le président fondateur,  et au sein duquel j’ai travaillé pendant une bonne dizaine d’années, durant lesquelles   on avait notamment défendu le statut de l’artiste avec les autres syndicats  tels le théâtre et la musique. Alors après avoir obtenu quelques droits dont notamment la carte de l’artiste, je me suis dit que le temps  était venu de passer le relais et c’est ainsi que  Mohamed Nabili avait été  élu à la présidence.
 Après  le décès de notre regretté Mohamed Nabili, il fallait tenir une nouvelle assemblée générale et  le bureau exécutif du syndicat m’a officiellement  demandé  de tenir une assemblée générale en vue de renouveler le bureau.
Pourquoi deux assemblées générales le même jour ? Tout simplement parce que les nouveaux adhérents appartiennent aussi bien à l’association qu’au syndicat. En principe, le syndicat c’est la défense de l’artiste comme cela est stipulé dans la nouvelle Constitution, sur le plan matériel, moral et professionnel. Quant à l’association, elle est beaucoup plus sélective. Donc on a fait appel au syndicat et à l’association,  parce qu’il y a des gens qui viennent de loin, par exemple d’Oujda, Agadir,  de Laâyoune, entre autres. On n‘a pas voulu les faire venir deux fois, d’autant plus qu’il s’agit des mêmes personnes. Pas tous, évidemment  car l’association est plus sélective. Donc une fois qu’on a  terminé l’assemblée du syndicat, on est passé à l’association qui est beaucoup plus sélective en termes de critères d’admission puisqu’il faut cinq  ans d’activités constatées  ou un diplôme en plus d’un certain nombre d’expositions  sur une période minimale de trois années.

Quelles sont les actions que vous comptez entreprendre en priorité pour stimuler l’activité plastique au Maroc ?

Vous savez que l’un des phénomènes les plus marquants de notre époque, est que les gens commencent  à investir dans les oeuvres d’art. Dernièrement, on a parlé d’un tableau dont la valeur est estimée à 120 millions de dollars, personne ne s’attendait à ces chiffres. Donc, cela démontre que l’œuvre d’art a pris de la valeur surtout en période de crise. Parce que le tableau, ce n’est pas de l’or qu’on peut avoir un peu partout ; le tableau,  c’est quelque chose  d’unique et qui n’a pas de valeur. On ne peut lui donner une valeur spécifique.
Alors maintenant le problème est que le  chantier est énorme, les actions  sont multiples. On va commencer au niveau de l’association par faire une exposition pour le deuxième Salon d’art contemporain marocain  et nous voulons instaurer un « Prix du Maroc pictural »  pour les jeunes  et les vétérans. Nous voulons aussi créer des antennes un peu partout à travers le pays, parce que tout est axé pour le moment  sur l’axe : Rabat-Casablanca-Marrakech. Il faut maintenant aller vers les autres villes, Oujda, Fès,  Tanger, Laâyoune et  le grand Sud marocain  d’autant que  nous avons désormais des représentants un peu partout au Maroc.
Quant au syndicat, c’est différent. Nous pensons d’abord  sceller un partenariat dynamique avec le ministère de la Culture, sur cette carte d’artiste  et en plus demander aux parlementaires un certain nombre  d’amendements. Puisqu’on a obtenu la carte d’artiste, il faut maintenant  prendre en considération le fait que chaque profession artistique a ses propres spécificités et  donc,  on ne peut plus parler au nom de tous les artistes, car chaque discipline a ses particularités.
Par exemple, nous voulons  qu’il y ait des arts plastiques dans nos ambassades, que le département des Affaires étrangères contribue aux expositions à l’étranger pour montrer un autre visage du Maroc, que le tourisme fasse aussi connaître les arts du fait qu’ils peuvent séduire les gens. Et c’est à travers l’art pictural que ces ministères notamment de l’Education nationale participent à l’essor de l’art marocain. Il faut organiser des conférences-débats, des tables rondes, éditer des livres destinés à faire renaître la mémoire collective à travers l’art.
Il faut aussi faire comme le Sénégal et l’Algérie qui consacrent 1%  à l’art dans de multiples activités  publiques et avoir aussi une réserve de mémoire d’un pays.  On ne peut jamais le faire si on ne commence pas dès maintenant.
Puisqu‘aujourd’hui,  les œuvres d’un Cherkaoui ou d’un  Gharbaoui atteignent les trois à quatre millions de DH. Si on les avait achetées il y a longtemps,  on aurait pu avoir dans nos musées des œuvres conséquentes.
C’est pourquoi il faut dès maintenant commencer à acquérir des œuvres  surtout de la part des collectivités locales, des ministères, des offices publics, etc, pour avoir une réserve conséquente pour l’histoire. Nous voulons aussi collaborer avec le département des transports surtout lorsqu’il y a des expositions à l’étranger  et que les artistes aient 50% de réduction. Nous voulons également que le sponsoring intervienne dans les arts plastiques, et que ceux-ci soient subventionnés par le ministère : La chanson a une subvention, ce n’est pas le cas du théâtre et des arts plastiques. Enfin,   nous voulons  que la carte de l’artiste soit gérée de manière rigoureuse parce que jusqu’à maintenant,  ceux qui délivrent les cartes d’artiste ne peuvent discerner le bon du mauvais, car quelqu’un  qui n’a jamais étudié ne peut pas être considéré comme tel. C’est par les études qu’on acquiert la crédibilité.
Enfin, nous voulons avoir, comme les ateliers en France, notre droit de regard. Fini le copinage,  le chacun à son épouse  qu’on propulse avec des cartes d’artiste   distribuées  à droite et à gauche. Aujourd’hui, hélas, il y a des banquiers  et des personnes  de diverses professions qui se promènent avec des cartes d’artiste. Nous voulons aussi figurer sur des guides, et ouvrir les portes aux jeunes, leur donner une chance de participer à des expositions à l’étranger et surtout être représentés  au sein des  commissions  de sélection des artistes. En  définitive, nous sommes là  pour défendre les artistes et  le  rayonnement de l’art au Maroc. 

Liste des  bureaux exécutifs  du Syndicat des artistes plasticiens
et de l’Association nationale des arts plastiques


Syndicat des artistes plasticiens
Président : M Abdellatif Zine
 1er vice-président : Said Qodaid
2ème vice-président : Imame Djimi
Secrétaire général : Abdellatif El Asri
Secrétaire général adjoint : Bouchra Azhar
Trésorière : Fouzia Guessous
Trésorière adjointe : Najat Khatib
Conseillers : Mohamed Jamati, Mohamed Amzil, Mohamed Haji,
Comité des sages :
 Président : Abdellatif Zine
 Membres : Moulay Ahmed Machichi, Mustapha Ghizlaini

Association nationale des arts plastiques
 Président : Abdellatif Zine
Premier vice-président : Said Qodaid
Deuxième vice-président :Ahmed Zabbita


Propos recueillis par Abdessalam Khatib
Vendredi 25 Mai 2012
Lu 1964 fois
Dans la même rubrique :