Entre mobilisation exemplaire et débat fondé sur la reconnaissance des zones sinistrées

Elles sont plutôt à loger dans la même enseigne, toutes ces régions affectées par les intempéries


Rachid Meftah
Jeudi 19 Février 2026

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Les pluies diluviennes et orages torrentiels qui ont récemment frappé plusieurs régions du Royaume ont engendré derrière eux un paysage de désolation : routes et ouvrages effondrés, habitations détruites ou fragilisées, exploitations agricoles ravagées et familles entières déplacées.

Les provinces du nord ont été particulièrement touchées, notamment Tanger, Tétouan, Chefchaouen, Al Hoceima, de même que certaines communes relevant de Larache et Ouezzane.

Dans plusieurs douars enclavés, les crues ont provoqué des dégâts considérables, accentuant la vulnérabilité de territoires déjà fragiles sur le plan socioéconomique.

Par ailleurs, face à l’ampleur des dégâts, la réaction des structures compétentes a été rapide et coordonnée. Protection civile, Forces Armées Royales, Gendarmerie Royale et autorités locales ont procédé à l’évacuation des populations menacées, la sécurisation des zones à risque, l’acheminement d’aides d’urgence et au rétablissement progressif des infrastructures vitales.

D’ailleurs, cette mobilisation rappelle la capacité d’intervention démontrée après le séisme ayant frappé la province d’Al Haouz confirmant l’expérience acquise en matière de gestion des crises.

Or,  la controverse actuelle ne porte pas sur la qualité des secours mais sur la décision gouvernementale de classer certaines provinces comme « zones sinistrées » tout en excluant d’autres pourtant également affectées. D’ailleurs, ce statut ouvre droit à des aides financières exceptionnelles, des reports ou exonérations fiscales, des programmes accélérés de construction et des dispositifs spécifiques d’indemnisation.

Toutefois, dans certaines communes non classées, des élus et représentants de la société civile estiment que les dégâts subis sont comparables à ceux des territoires officiellement reconnus.

D’autre part, sans remettre en cause la légitimité des critères techniques retenus par l’exécutif, plusieurs observateurs relèvent ce qui apparaît comme une démarche sélective dans la reconnaissance des provinces sinistrées.

Cette sélectivité, qu’elle procède d’indicateurs strictement quantitatifs ou d’arbitrages administratifs, alimente un large débat sur la transparence des seuils d’égalité, l’égalité territoriale face à la solidarité nationale et le risque d’une hiérarchisation implicite des urgences.

A cet égard, certains analystes évoquent davantage une rationalisation budgétaire qu’une exclusion délibérée, tandis que d’autres s’interrogent sur la capacité des provinces rurales à faire valoir efficacement leurs dossiers auprès des instances centrales.

Ainsi, dans un contexte de régionalisation avancée, la question dépasse le simple cadre des indemnisations et renvoie à des problématiques plutôt structurelles dont la fluidité de la remontée d’informations, la coordination entre les autorités locales et le pouvoir central et la capacité d’évaluation rapide et homogène de l’ensemble des dommages occasionnés.
De ce fait, l’enjeu est double : garantir l’efficacité des politiques publiques tout en préservant la cohésion sociale dans des territoires parfois enclavés.

Et cela induit, en tout état de cause, une exigence de transparence et d’équité. En effet, afin d’apaiser les inquiétudes des uns et des autres, plusieurs pistes sont envisageables.
La publication détaillée des critères de classement, des missions complémentaires d’expertise sur le terrain, la mise en place d’un mécanisme de révision ou de recours et le renforcement des fonds de solidarité au niveau régional.

En somme, les récentes intempéries constituent bel et bien un test supplémentaire pour la gouvernance territoriale. En effet, si l’intervention des secours a été largement et unanimement saluée, la perception d’une reconnaissance différenciée, voire sélective des zones sinistrées soulève nombre d’interrogations légitimes.

Car, en fait, au delà des considérations administratives, c’est la question de l’équité territoriale et de la confiance entre l’Etat et les citoyens qui se trouve posée. La gestion de ces crises climatiques récurrentes devra s’accompagner d’une communication transparente et d’une solidarité inclusive, afin que nul territoire ne se sente relégué dans l’ombre de la catastrophe…

Rachid Meftah

Abderrahim Chahid  s’interroge sur les raisons de l’exclusion de la province de Chefchaouen des zones déclarées sinistrées 
 
Le député parlementaire, président du Groupe socialiste-Opposition ittihadie à la Chambre des représentants, Abderrahim Chahid, a adressé au gouvernement une question écrite, s’interrogeant sur les raisons de l’exclusion de la province de Chefchaouen de la liste des provinces déclarées sinistrées en dépit des dégâts occasionnés par les dernières intempéries.
Le parlementaire usfpéiste a rappelé que le gouvernement, en application des Hautes instructions Royales a annoncé le lancement d’un vaste programme de soutien au profit des familles éprouvées dont le volume atteindra la somme importante de 3 milliards de dirhams.
Abderrahim Chahid a indiqué que des communes affiliées aux provinces de Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane ont été classées zones sinistrées en vertu d’une évaluation de terrain des retombées économiques et sociales de ce phénomène.
Dans son interpellation, le président du Groupe parlementaire d’opposition ittihadie a relevé que la province de Chefchaouen a connu de fortes précipitations ayant occasionné des turbulences climatiques aiguës.
Ce phénomène, a-t-il ajouté, a engendré d’importants dégâts au niveau des infrastructures, issues routières et exploitations agricoles. De même qu’il en est résulté la dégradation totale ou partielle du domaine public et privé, outre de grandes difficultés en matière de déplacement.
Par ailleurs, le député parlementaire ittihadi a souligné que cette situation a eu des répercussions directes sur les activités économiques locales, en particulier agricoles.
Cet état de fait nécessite de mettre à jour les critères adoptés quant à la qualification de « zones sinistrées » et les raisons justifiant l’exclusion de la province de Chefchaouen, a clamé. Abderrahim Chahid en se demandant si le gouvernement compte réviser la liste des provinces concernées en élargissant le champ d’action des responsables de la gestion des affaires publiques.

Rachid Meftah
Jeudi 19 Février 2026
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