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Du bénévolat pour un cimetière sans ordures

C’est aussi une manière de sensibiliser les services chargées de l’entretien




A l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement célébrée le 5 juin dernier, par sa traversée écologique du Pacifique vouée à prélever des échantillons issus du «continent du plastique», Benoit Lecompte, premier homme à avoir parcouru l’Atlantique à la nage, entend constituer la plus vaste base de données sur le sujet. Des milliers de kilomètres plus à l’ouest, mû par une ambition moins démesurée mais tout aussi honorable et utile, en organisant, ce dimanche à 17h, un nettoyage du cimetière Al Ghofrane de Casablanca, le collectif bénévole «Action Casa » entend quant à lui offrir plus de respect aux défunts, ainsi que d’éduquer les vivants sans prétention aucune.
Car cette opération à l’instar de toutes celles initiées par « Action Casa » depuis sa création, ne se résume pas uniquement aux sacs en plastique, gants de jardiniers, pelles et autres râteaux, soit les outils utilisés lors des opérations de nettoyage, mais également à un aspect beaucoup plus visionnaire. «Notre objectif n’est pas seulement de nettoyer un endroit», précise Fedwa Bouzoubaa, l’une des administratrices du collectif. «Notre objectif est de sensibiliser et de donner l’exemple, particulièrement dans un lieu aussi important que le cimetière, où les tombes de nos morts doivent être traitées avec respect et maintenues propres. C’est aussi une manière de sensibiliser les services chargées de l’entretien du cimetière», a-t-elle indiqué.  
Quand bien même le cimetière Al Ghofrane est l’un des mieux entretenus de la région de Casablanca, à l’image de celui d’Arrahma, néanmoins ces bénévoles ont tenu à y organiser cette seconde campagne de nettoyage motivé par «l'exemple des cimetières judaïques et chrétiens de Casablanca, où il fait bon de visiter ses proches », abonde Youssef Alaoui, un autre membre et administrateur. Parce que, déclare-t-il, « pour l’instant, les cimetières Al Ghofrane et Rahma sont certes plus propres que d’autres, mais toujours pas au niveau d'une civilisation...ni au niveau de la religion musulmane ! ».
Logiquement et comme souligné par le collectif, « les enfants sont dispensés d'assister à l’opération de dimanche, eu égard à la sensibilité du lieu ». Cependant, cette éviction n’est qu’une exception. En réalité, les futures générations sont au cœur des préoccupations. «Nous avons toujours encouragé la participation des enfants. Par ailleurs, nous leur organisons des ateliers sur l’environnement et le tri des déchets pendant nos actions», assure Fedwa Bouzoubaa. Une volonté qui pourrait être prochainement affirmée «à travers la mise en place d’un projet de sensibilisation dans les écoles dès la rentrée des classes», nous a dévoilé un membre du collectif.
Pour en revenir à l’actualité, en l’occurrence la Journée mondiale de l’environnement et son thème « La lutte contre la pollution plastique», les observations issues des multiples actions de nettoyage tenues sur les plages de Casablanca par la communauté « Action Casa», font écho à la problématique des déchets plastiques qui gangrène plage et mer. «70 % des déchets que nous récoltons sur les plages sont composés de plastique», déplore notre interlocutrice, avant de préciser «Nous ramassons énormément d’emballages de biscuits et bonbons, des pinces à linge, des gobelets, des bouteilles d’eau et de limonade, des sachets en plastique contenant des restes de nourriture. Nous trouvons aussi des verres cassés, et bien entendu beaucoup de particules en plastique qu’on ne peut pas ramasser à moins d’avoir des tamis très fins ». Selon elle, l’origine de ces déchets est multiple. A commencer par les milliers de promeneurs, sportifs ou pique-niqueurs qui sillonnent les plages. En cause également, l’absence totale de poubelle à certains endroits. Et celles existantes sont la plupart du temps détruites par les chiens errants, éparpillant de fait les déchets le long de l’océan.
A la lumière de ce témoignage, les chiffres avancés par l’ONU, qui recense près de 9 millions de tonnes de plastiques déversés chaque année dans les mers du globe, sont loin d’être illusoires, à l’instar des conséquences qui pourraient en résulter, à savoir une crise planétaire, symbolisée par la prévision qui veut que d'ici 2050, il y aura plus de plastique dans les mers que de poisson.
Ainsi, avancer que l’heure est grave confine plus au doux euphémisme qu’à un quelconque alarmisme. A y regarder de plus près, nous avons atteint sans contestation, un tournant majeur dans la relation que nous entretenons avec notre environnement. De deux choses l’une, soit nous continuons à ignorer cette problématique, et dans ce cas, c’est l’avenir de nos enfants qui s’assombrira petit à petit, soit nous prenons les choses en main pour inverser cette effrayante tendance. En tout cas, tant que les efforts de bénévoles, à l’image de ceux initiés par les membres d’«Action Casa» seront d’actualité, l’espoir d’un avenir meilleur est toujours permis.  

Chady Chaabi
Samedi 9 Juin 2018

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