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«De la haine à Hollywood» de Said Taghmaoui: Récit du passage d’ un jeune de banlieue à la vie rêvée des stars



Saïd Taghmaoui, acteur franco-marocain naturalisé américain depuis 2008, a récemment publié son autobiographie «De la haine à Hollywood», aux éditions Cherche-Midi. Révélé dans le film «La Haine» de Mathieu Kassovitz avec une nomination aux César dans la catégorie meilleur espoir masculin (1996), il décide par la suite de croire en lui et part conquérir Hollywood aux États-Unis. Depuis, il enchaîne les rôles avec des films qui ont une résonance internationale, comme «Wonder Woman» (2017), «Les Rois du désert» (1999), «John Wick Parabellum» (2019), ou encore dans la série «Lost» (2009). Dans son autobiographie, l’acteur revient sur sa carrière ponctuée par plusieurs difficultés et retrace, sans gêne, son passage d’un jeune de banlieue à la vie rêvée des stars de cinéma. «C’est une autobiographie que j’ai mis quatre ans à écrire. Il y a plein d’artistes et d’acteurs qui racontent leur vie de façon édulcorée, un peu à l’eau de rose. Moi, ce n’est pas une success story, c’est plus une introspection, proche d’une psychanalyse», explique Said Taghmaoui dans un entretien accordé à nos confrères de Franceinfo. «Ça a été très, très douloureux, très délicat et je suis encore un peu fragile et un peu fébrile par rapport à tout cela. Mais on commence à voir la lumière au bout du tunnel. Ça a vraiment été une aventure complexe», ajoute-t-il. L’idée derrière ce livre qui constitue un vrai message d’espoir,«c’est c’est de partager les expériences», souligne l’acteurfranco-marocain. Et d’ajouter : «l’émigration est quelque chose de compliqué et j’ai essayé d’aborder les choses à travers moi en étant le cobaye de ma propre vie, puisque c’est mon œuvre. J’espère que ça va parler à plein de gens, et pas qu’à la communauté maghrébine, mais à toutes les personnes, toutes catégories confondues, parce que c’est avant tout une histoire humaine». Celui qui dit ne pas avoir de bons souvenirs d’enfance explique dans cet entretien réalisé par Élodie Suigo que la boxe a été son vrai mode d’expression. «La boxe, c’est un relais de l’éducation, littéralement, dit-il. C’est peut-être la pire et la meilleure chose qui me soit arrivée parce que c’est très dur, très douloureux. Et puis, il y a aussi une forme d’autodestruction là-dedans, c’est-à-dire que tu y vas et plus tu prends des coups, plus tu en donnes. Tu t’aperçois que la douleur est réelle. Elle est tellement réelle que tu as besoin de te faire mal pour exister, alors tu te fais mal pour te rappeler que tu es vivant». Concernant sa relation tendue avec Olivier Dahan, l’homme qui lui a permis d’accomplir ses premiers pas au cinéma avec «Frères: La Roulette rouge»(1994), Said Taghmaoui affirme que ce dernier lui a quand même asséné un coup très dur qui lui reste encore aujourd’hui à travers la gorge. «C’était très violent parce que j’étais conscient que j’étais jeune Arabe en France et que c’était compliqué, que beaucoup avaient essayé avant moi et n’avaient pas réussi pour des raisons pas très lumineuses», explique-t-il. «Donc j’ai très vite compris que la seule façon de faire ce métier correctement c’était d’appartenir à une famille cinématographique. D’où cette volonté dès le début, très tôt, de m’attacher à des metteurs en scène et faire partie de leur famille, c’est-à-dire vivre avec eux, changer les couches de leurs enfants et Olivier Dahan fait partie de ces gens à qui j’ai dédié ma vie à un moment donné», précise-t-il. Et d’expliquer :«Et qu’est-ce qui va se passer? La personne la plusintime, la famille absolue te trahit comme le dernier des traîtres. Quand j’ai fini d’écrire ce passage, la première chose que j’ai faite c’est de l’envoyer à Olivier et il m’a dit : “Oui, tout est vrai, j’ai été le plus grand des connards”». C’est à ce moment que l’acteur dit avoir pris conscience de sa condition d’Arabe et de ses conséquences sur sa vie d’acteur. «Je savais que ça me pendait au nez, mais tant que tu ne le vis pas, tu te dis que tu passes entre les mailles du filet jusqu’au jour où ça arrive. Et c’est longtemps après que j’ai réfléchi et me suis demandé pourquoi Vincent avait deux nominations, pour le même boulot, fait de la même façon. Et tu t’expliques cela par la famille. C’est là que je sais ce que je deviendrai ou pas», raconte-t-il. Abordant son parcours à Hollywood, l’artiste révèle qu’il est très heureux d’être dans cette position parce que «tout le monde pense que pour réussir, il faut faire des rôles principaux», dit-il. «Quand tu es acteur à mon niveau, t’as qu’une seule envie, c’est de travailler. Alors, ça ne s’est pas fait en une nuit, la position que j’ai là-bas est très difficile à obtenir. Ça reste un miracle parce que je ne parle pas leur langue, je n’y suis pas né. Je suis un immigré !», conclut l’acteur qui s’est toujours montré fier de ses origines marocaines. 

M.O
Jeudi 24 Juin 2021

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