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Nous souhaiterions sincèrement pouvoir célébrer la baisse du taux de chômage à 10,8% annoncée récemment. Nous aimerions croire que ce chiffre se traduit réellement par une multiplication des opportunités, une stabilité accrue et des perspectives concrètes pour la jeunesse, les femmes et les familles marocaines. Cependant, la responsabilité politique nous impose une vigilance éthique : il ne faut jamais confondre un indicateur favorable avec une amélioration tangible du climat social.
La question centrale qui doit nous préoccuper et animer notre débat n’est pas uniquement celle de la baisse quantitative du taux, mais celle de sa nature profonde. Ce recul résulte-t-il d’une économie nationale devenue capable de générer des emplois stables, productifs et dignement rémunérés? Ou procède-t-il, plus prosaïquement, d’un changement de paradigme dans la mesure statistique qui réduit mécaniquement le nombre de citoyens comptabilisés comme demandeurs d’emploi? Qu'en est-il du constat de certains organismes internationaux quant à la difficulté pour l'économie marocaine de créer des emplois, malgré le taux relativement élevé des investissements publics?
Une mutation statistique en quête de transparence :
En nous interrogeant sur la véracité des chiffres avancés par le gouvernement sur la baisse présumée du chômage, nous ne cherchons nullement à remettre en question la légitimité de vouloir moderniser les outils d’analyse . Un Etat moderne se doit de disposer d’indicateurs fiables, actualisés, mesurables et conformes aux standards internationaux. Néanmoins, lorsqu’une nouvelle méthodologie produit un chiffre politiquement providentiel, la transparence envers l’opinion publique devient une exigence démocratique absolue.
Désormais, l’absence d’activité ne suffit plus à définir le chômeur, selon la nouvelle approche adoptée par le gouvernement. Trois conditions cumulatives sont requises: ne pas avoir d'emploi, être disponible immédiatement et justifier d'une recherche active. Dès lors qu’un de ces critères fait défaut, le citoyen est évincé de la catégorie officielle. Si cette définition est techniquement cohérente, elle soulève un problème social majeur: elle condamne à l’invisibilité des milliers de Marocains qui, bien qu'inoccupés, ne remplissent plus les cases administratives de la « recherche active ». Le chômage peut ainsi refluer dans les graphiques tout en continuant de hanter les foyers.
Le visage humain des oubliés des statistiques
Derrière la froideur des tableaux statistiques se cachent des trajectoires brisées. Ce sont ces jeunes diplômés qui, après des années de quête infructueuse, ont sombré dans le découragement et cessé de postuler. Ce sont ces femmes qui aspirent à l’indépendance économique mais se heurtent à des barrières sociales ou à l’enclavement territorial.
Sortir un individu de la statistique ne revient pas à l’intégrer dans la vie active. Un citoyen non comptabilisé demeure un citoyen sans revenu, sans autonomie et sans horizon. La baisse du chômage ne peut être revendiquée comme un progrès que si elle reflète une insertion réelle. Dans le cas contraire, nous ne sommes pas face à une victoire économique, mais face à un simple ajustement comptable.
Le sous-emploi : le miroir de la précarité
Pour prendre la pleine mesure de la crise, l’analyse doit s’élargir au taux de sous-utilisation de la main-d’œuvre, qui culmine à 22,5%. Ce chiffre est alarmant car il révèle que la précarité dépasse largement les rangs des chômeurs officiels.
Il expose la réalité de ceux qui travaillent moins qu'ils ne le souhaiteraient, de ceux qui survivent grâce à des emplois informels ou sous-payés, et de ceux qui restent à la marge de l'activité économique. Le défi du Maroc n'est pas seulement de créer des postes, mais de garantir la qualité de l’emploi. Un poste instable, dépourvu de protection sociale et de perspectives de carrière, ne constitue pas une réponse à la crise. L’emploi digne exige un revenu décent, une sécurité contractuelle et une reconnaissance sociale effective.
L'impasse d'un modèle économique peu productif
La fragilité de notre marché du travail s'explique en grande partie par la structure même de notre économie. Avec 49,1% de la population active salariée concentrée dans les services, contre seulement 13,6% dans l’industrie, notre modèle actuel montre ses limites.
Une croissance tirée essentiellement par les services peut stimuler l’activité à court terme, mais elle échoue souvent à créer des emplois hautement qualifiés et pérennes. Sans une base industrielle solide, sans transformation productive et sans montée en gamme, notre capacité à absorber les nouvelles générations restera limitée. Parallèlement, l’agriculture demeure l’otage des aléas climatiques et de la sécheresse, exacerbant l'instabilité des revenus ruraux et les disparités entre les régions.
La communication face à l'urgence sociale
Dans un climat marqué par l'érosion du pouvoir d’achat et la montée des inégalités, la communication gouvernementale sur le chômage ne peut être reçue sans un inventaire critique. La majorité doit répondre à des interrogations précises : quels sont les secteurs créateurs d'emplois ? Quelle est la pérennité des contrats établis entre employeurs et employés? Quelle est leur répartition géographique ? Quel est le nombre d'emplois créés?
Sans ces précisions, le taux global n'est qu'un trompe-l'œil. Les chiffres doivent servir à guider la décision publique, non à embellir artificiellement un bilan. L’emploi n’est pas un argument de marketing politique ; c’est une question de dignité nationale et de confiance envers nos institutions.
Célébration du 1er Mai à Tanger: replacer l'humain au centre.
Le discours de Driss Lachguar, Premier secrétaire de l’USFP, lors du rassemblement du 1er Mai à Tanger, prend ici toute son ampleur. Il nous rappelle que la protection sociale et la justice territoriale ne se décrètent pas par slogans. Elles exigent que chaque investissement public ou privé soit conditionné à la création d'emplois stables, que les femmes accèdent de plein droit à l'économie et que les territoires marginaux cessent d'être les laissés-pour-compte du développement.
Le débat sur le chômage nous ramène ainsi à une question de fond : quel modèle de société voulons-nous ? Un système qui se complait dans l'affichage d'indicateurs conformes, ou un modèle qui assure à chaque citoyen une place digne au sein de la nation ?
Pour une véritable bataille de l’emploi : l’USFP prône un changement de cap social et économique
Le Maroc n’a que faire d’une guerre de statistiques. L'urgence est à la bataille pour l’emploi digne. Cela nécessite une politique industrielle ambitieuse, un soutien musclé aux PME, une formation en adéquation avec les besoins des territoires et une protection rigoureuse des revenus.
Si le chômage recule parce que l’économie se fortifie, nous serons les premiers à nous en féliciter. Mais s’il baisse par le seul jeu des méthodes de calcul, nous devons dénoncer cette illusion : on ne combat pas la précarité en changeant la façon de compter les précaires.
Le progrès social doit se manifester dans la réalité des foyers, dans la sécurité des contrats et dans le pouvoir d'achat des travailleurs. Le Maroc ne demande pas une baisse apparente du chômage ; il exige un véritable sursaut pour la dignité de ses citoyens.
Par Mohamed Assouali
Membre du Bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires
Secrétaire provincial du parti à Tétouan
La question centrale qui doit nous préoccuper et animer notre débat n’est pas uniquement celle de la baisse quantitative du taux, mais celle de sa nature profonde. Ce recul résulte-t-il d’une économie nationale devenue capable de générer des emplois stables, productifs et dignement rémunérés? Ou procède-t-il, plus prosaïquement, d’un changement de paradigme dans la mesure statistique qui réduit mécaniquement le nombre de citoyens comptabilisés comme demandeurs d’emploi? Qu'en est-il du constat de certains organismes internationaux quant à la difficulté pour l'économie marocaine de créer des emplois, malgré le taux relativement élevé des investissements publics?
Une mutation statistique en quête de transparence :
En nous interrogeant sur la véracité des chiffres avancés par le gouvernement sur la baisse présumée du chômage, nous ne cherchons nullement à remettre en question la légitimité de vouloir moderniser les outils d’analyse . Un Etat moderne se doit de disposer d’indicateurs fiables, actualisés, mesurables et conformes aux standards internationaux. Néanmoins, lorsqu’une nouvelle méthodologie produit un chiffre politiquement providentiel, la transparence envers l’opinion publique devient une exigence démocratique absolue.
Désormais, l’absence d’activité ne suffit plus à définir le chômeur, selon la nouvelle approche adoptée par le gouvernement. Trois conditions cumulatives sont requises: ne pas avoir d'emploi, être disponible immédiatement et justifier d'une recherche active. Dès lors qu’un de ces critères fait défaut, le citoyen est évincé de la catégorie officielle. Si cette définition est techniquement cohérente, elle soulève un problème social majeur: elle condamne à l’invisibilité des milliers de Marocains qui, bien qu'inoccupés, ne remplissent plus les cases administratives de la « recherche active ». Le chômage peut ainsi refluer dans les graphiques tout en continuant de hanter les foyers.
Le visage humain des oubliés des statistiques
Derrière la froideur des tableaux statistiques se cachent des trajectoires brisées. Ce sont ces jeunes diplômés qui, après des années de quête infructueuse, ont sombré dans le découragement et cessé de postuler. Ce sont ces femmes qui aspirent à l’indépendance économique mais se heurtent à des barrières sociales ou à l’enclavement territorial.
Sortir un individu de la statistique ne revient pas à l’intégrer dans la vie active. Un citoyen non comptabilisé demeure un citoyen sans revenu, sans autonomie et sans horizon. La baisse du chômage ne peut être revendiquée comme un progrès que si elle reflète une insertion réelle. Dans le cas contraire, nous ne sommes pas face à une victoire économique, mais face à un simple ajustement comptable.
Le sous-emploi : le miroir de la précarité
Pour prendre la pleine mesure de la crise, l’analyse doit s’élargir au taux de sous-utilisation de la main-d’œuvre, qui culmine à 22,5%. Ce chiffre est alarmant car il révèle que la précarité dépasse largement les rangs des chômeurs officiels.
Il expose la réalité de ceux qui travaillent moins qu'ils ne le souhaiteraient, de ceux qui survivent grâce à des emplois informels ou sous-payés, et de ceux qui restent à la marge de l'activité économique. Le défi du Maroc n'est pas seulement de créer des postes, mais de garantir la qualité de l’emploi. Un poste instable, dépourvu de protection sociale et de perspectives de carrière, ne constitue pas une réponse à la crise. L’emploi digne exige un revenu décent, une sécurité contractuelle et une reconnaissance sociale effective.
L'impasse d'un modèle économique peu productif
La fragilité de notre marché du travail s'explique en grande partie par la structure même de notre économie. Avec 49,1% de la population active salariée concentrée dans les services, contre seulement 13,6% dans l’industrie, notre modèle actuel montre ses limites.
Une croissance tirée essentiellement par les services peut stimuler l’activité à court terme, mais elle échoue souvent à créer des emplois hautement qualifiés et pérennes. Sans une base industrielle solide, sans transformation productive et sans montée en gamme, notre capacité à absorber les nouvelles générations restera limitée. Parallèlement, l’agriculture demeure l’otage des aléas climatiques et de la sécheresse, exacerbant l'instabilité des revenus ruraux et les disparités entre les régions.
La communication face à l'urgence sociale
Dans un climat marqué par l'érosion du pouvoir d’achat et la montée des inégalités, la communication gouvernementale sur le chômage ne peut être reçue sans un inventaire critique. La majorité doit répondre à des interrogations précises : quels sont les secteurs créateurs d'emplois ? Quelle est la pérennité des contrats établis entre employeurs et employés? Quelle est leur répartition géographique ? Quel est le nombre d'emplois créés?
Sans ces précisions, le taux global n'est qu'un trompe-l'œil. Les chiffres doivent servir à guider la décision publique, non à embellir artificiellement un bilan. L’emploi n’est pas un argument de marketing politique ; c’est une question de dignité nationale et de confiance envers nos institutions.
Célébration du 1er Mai à Tanger: replacer l'humain au centre.
Le discours de Driss Lachguar, Premier secrétaire de l’USFP, lors du rassemblement du 1er Mai à Tanger, prend ici toute son ampleur. Il nous rappelle que la protection sociale et la justice territoriale ne se décrètent pas par slogans. Elles exigent que chaque investissement public ou privé soit conditionné à la création d'emplois stables, que les femmes accèdent de plein droit à l'économie et que les territoires marginaux cessent d'être les laissés-pour-compte du développement.
Le débat sur le chômage nous ramène ainsi à une question de fond : quel modèle de société voulons-nous ? Un système qui se complait dans l'affichage d'indicateurs conformes, ou un modèle qui assure à chaque citoyen une place digne au sein de la nation ?
Pour une véritable bataille de l’emploi : l’USFP prône un changement de cap social et économique
Le Maroc n’a que faire d’une guerre de statistiques. L'urgence est à la bataille pour l’emploi digne. Cela nécessite une politique industrielle ambitieuse, un soutien musclé aux PME, une formation en adéquation avec les besoins des territoires et une protection rigoureuse des revenus.
Si le chômage recule parce que l’économie se fortifie, nous serons les premiers à nous en féliciter. Mais s’il baisse par le seul jeu des méthodes de calcul, nous devons dénoncer cette illusion : on ne combat pas la précarité en changeant la façon de compter les précaires.
Le progrès social doit se manifester dans la réalité des foyers, dans la sécurité des contrats et dans le pouvoir d'achat des travailleurs. Le Maroc ne demande pas une baisse apparente du chômage ; il exige un véritable sursaut pour la dignité de ses citoyens.
Par Mohamed Assouali
Membre du Bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires
Secrétaire provincial du parti à Tétouan