Carlo Pesta : La danse transcende les barrières de l’âge, de la langue et des cultures

Président et directeur artistique du Ballet de Milan


Alain Bouithy
Jeudi 19 Mars 2026

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Le Balletto di Milano (Ballet de Milan), dont la réputation dans la danse classique et moderne n’est plus à faire, a été chaleureusement accueilli par le public casablancais lors de son Grand Gala de danse, au Studio des Arts Vivants, en février dernier. Retour sur l’identité de la compagnie, son projet artistique et son rapport au public marocain, avec son président et directeur artistique Carlo Pesta.
 
Libé : Le Grand Gala du Ballet de Milan a été très bien reçu à Casablanca. Avant d’y revenir, pouvez-vous nous présenter votre compagnie ?
 
Carlo Pesta : Le Balletto di Milano est l’une des compagnies les mieux établies du paysage chorégraphique italien. A Milan, nous sommes l’un des principaux centres chorégraphiques, juste après la compagnie du Teatro alla Scala.
Nous avons également été désignés ambassadeurs de la danse italienne dans le monde, ce qui représente à la fois un honneur et une responsabilité.
Autorisée depuis 1996 à porter le nom de la grande ville de Milan, la compagnie est aussi universellement prisée, car elle attire des artistes talentueux, nous permettant ainsi de recruter des danseurs d’un très haut niveau.
Nous bénéficions du soutien du ministère italien de la Culture, de la région Lombardie et de la ville de Milan. Nous collaborons également avec les ambassades, les consulats et les institutions culturelles italiennes dans de nombreux pays.
 
Quelle est la particularité artistique du Ballet de Milan ? Quelle est votre signature ?
 
Notre démarche s’inscrit dans le registre néoclassique, qui consiste à redynamiser le ballet classique via l’ouverture à des formes d’expressions plus contemporaines. Il s’agit donc non pas de rompre avec la tradition mais de la faire évoluer, d’essayer de substituer d’autres formes, d’autres mouvements, qui résonneraient davantage avec notre époque. Cette quête perpétuelle fait partie de notre propre histoire, car nous refusons de nous fixer dans une forme immuable ; il s’agit au contraire d’interroger sans cesse nos autres possibilités artistiques.
 
Est-ce cette approche qui explique votre succès auprès du public ?
 
Je le pense. Pour un directeur artistique, c’est gratifiant de toucher des publics qui n’ont pas nécessairement l’habitude de la danse. Capter de nouveaux spectateurs, c’est créer un moment de vraie émotion artistique. Dans certaines villes, le public connaît déjà bien cet univers. Mais ailleurs, voir des gens découvrir une œuvre et s’y intéresser est encore plus fort. A Casablanca, j’étais très heureux de voir autant d’enfants et de jeunes dans la salle. De nombreux ados avaient des yeux émerveillés.
 
Effectivement, plusieurs jeunes semblaient fascinés par le spectacle. La danse attire-t-elle particulièrement les jeunes ?
 
Oui, très souvent. La danse possède en elle une dimension universelle, physique, qui dépasse toute considération d’âge, de langue ou de culture. Le corps en mouvement, la musique qui l’accompagne, touchent de premier abord les émotions. C’est souvent le cas pour les jeunes, mais il y a aussi bien sûr les adultes.
 
Un mot sur les danseurs qui ont émerveillé le public : comment les choisissez-vous ?
 
Le choix des danseurs est fondamental pour la réussite d’une compagnie. Nous recrutons surtout dans les académies les plus prestigieuses du monde. La technique est incontournable, je cherche surtout des personnalités artistiques. La technique est nécessaire mais pour faire vivre une œuvre, il faut véritablement interpréter. Dans plusieurs de nos spectacles, inspirés de chefs-d’œuvre comme Anna Karénine ou Roméo et Juliette, il faut placer les danseurs devant de vrais personnages.
« Le public marocain a une sensibilité qui me rappelle beaucoup celle des Italiens »
 Vous êtes un habitué des scènes marocaines. Comment percevez-vous le public marocain ?
 
J’attache une grande importance au Maroc. J’y viens depuis de nombreuses années et chaque passage me confirme le dynamisme et les progrès du pays.
Le public marocain a une sensibilité qui me rappelle beaucoup celle des Italiens : beaucoup de spontanéité et une philosophie de vie basée sur la joie. Mais il est important de continuer à développer l’offre culturelle.
Le théâtre et la danse reposent sur un échange d’énergie entre la scène et la salle. Plus il y a de spectacles, plus cette relation se renforce, contribuant ainsi à l’émergence d’une véritable culture du spectacle vivant.
 
Vous avez été danseur. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur vos spectacles ?
 
Il s’agit d’émotions différentes. Lorsque je dansais, j’étais concentré sur moi-même. Aujourd’hui, ma responsabilité est beaucoup plus large, elle concerne toute la compagnie et la qualité de chacune des productions.
Chaque spectacle reste toujours un moment très fort. Je compare souvent la création d’un spectacle à une naissance.
 
Votre compagnie est très active à l’international…
 
Tout à fait, nous tournons beaucoup. La structure compte 42 personnes dont 28 artistes permanents et nous donnons environ 120 spectacles par an.
Cette année, nous nous sommes déjà produits dans quatorze pays. Nous venons de Paris où nous étions au théâtre Bobino avant de venir au Maroc. La tournée continue ensuite en Italie, en France, en Grèce et à Malte.
 
Un dernier mot pour conclure
 
Nous sommes très heureux d’être au Maroc, où les échanges culturels que nous développons sont particulièrement fertiles, grâce à la collaboration avec la Società Dante Alighieri à l’étranger.
Rappelons que l’Italie possède une tradition artistique très ancienne dans des domaines comme la musique, l’opéra et la danse. Notre mission est de faire vivre cet héritage et de le partager avec les publics du monde entier.
Partout où nous nous produisons, nous recevons un accueil chaleureux. Et cela reste, pour un artiste, la plus belle des récompenses.

Propos recueillis par Alain Bouithy

Alain Bouithy
Jeudi 19 Mars 2026
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