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Bonne gouvernance et développement durable en Afrique francophone passés à la loupe

Tenue à Rabat de la XXVème Assemblée régionale de l’APF




La Chambre des représentants abrite, depuis hier jusqu’au 24 mai, la 25ème Assemblée régionale pour l'Afrique, relevant de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF).
Dans ce cadre, les élus de l’Afrique francophone seront appelés à réfléchir aux recommandations idoines à présenter aux gouvernements pour mieux promouvoir la stabilité et la bonne gouvernance.
Les thématiques à l’ordre du jour de ces assises porteront, selon un communiqué conjoint des deux Chambres du Parlement, sur "La stabilité et la bonne gouvernance: pour un développement durable et intégré en Afrique francophone", "L'entreprise en Afrique : défis et enjeux" et "La situation politique et sécuritaire en Afrique francophone", ainsi que les préparatifs de la 43ème édition de l'APF, qui aura lieu en juillet prochain au Luxembourg.
Plus d’une dizaine de délégations venues de toute l’Afrique y prendront part. A savoir, le Maroc, l'Egypte et la Tunisie (Afrique du Nord), Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Guinée, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, et Togo (Afrique de l'Ouest), Cameroun, Gabon, la République Centrafricaine, la République démocratique du Congo, Congo-Brazzaville, Tchad (Afrique centrale), Burundi, Iles Comores, Rwanda (Afrique de l'Est), Madagascar, République de Maurice et République des Seychelles (Océan indien), ainsi que l'assemblée régionale de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) et l'Union économique et monétaire des pays d'Afrique de l'Ouest.
Le président de l’Assemblée nationale de la RDC et président de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), Aubin Minaku, qui est arrivé hier dimanche à Rabat, s’est dit, à ce propos, satisfait et heureux de retrouver ses pairs parlementaires africains au Maroc, pays qui a signé son grand retour dans la famille institutionnelle africaine et qui est un modèle d’engagement pour le développement. Les parlementaires marocains sont de ce point de vue à féliciter, a estimé le président de l’APF.
Le décor a donc été bel et bien planté pour ces travaux de la 25ème Assemblée régionale Afrique de l’APF, la dernière que présidera cet élu congolais. Car en juillet prochain lors de la 43ème session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie au Luxembourg, il cèdera son fauteuil au président de l’Assemblée nationale du Canada qui prendra les commandes de l’APF.  Créée en mai 1967, l'Assemblée parlementaire de la Francophonie, rappelle-t-on, est composée de 52 institutions parlementaires membres, 14 institutions partenaires, et 17 au statut d'observateur.
Visant essentiellement à représenter les peuples des Parlements membres, à défendre leurs intérêts, à encourager la coopération entre eux et soutenir la démocratie et les droits de l'Homme, l’APF contribue aussi au rayonnement de la langue française et à la promotion de la diversité des expressions culturelles.
En tant que lieu de débats, de propositions et d'échanges d'informations sur tous les sujets d'intérêt commun, elle met aussi en œuvre des actions dans les domaines de la coopération interparlementaire au sein des Parlements de l'espace francophone.
H.T

Habib El Malki : Les Parlements doivent se trouver au cœur de la renaissance africaine

Voici, par ailleurs, le discours prononcé par Habib El Malki, président de la Chambre des représentants, lors de la séance d’ouverture des travaux de la XXVème Assemblée régionale  pour l'Afrique relevant de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie.

« Messieurs les Présidents et chers collègues,
Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et messieurs,
Il m’est très agréable de présider l’ouverture des travaux de la XXVème Assemblée régionale Afrique de l’APF. Et permettez-moi d’abord de vous souhaiter la bienvenue au Maroc et vous dire combien le Parlement marocain est fier et heureux de vous accueillir et d’abriter cette session qui nous offre, une nouvelle fois, l’occasion de débattre de  questions déterminantes pour l’avenir de notre continent.
Le contexte dans lequel nous nous réunissons est marqué par plusieurs défis nécessitant, plus que jamais, une mobilisation de la communauté africaine pour y faire face. Au-delà de ses propres difficultés, l’Afrique est affectée par des bouleversements qui secouent plusieurs régions du monde, provoquant des conflits, amplifiant les flux migratoires et aggravant des situations humanitaires désastreuses.
Les thèmes retenus pour notre présente session sont au cœur de l’actualité géopolitique, sociale et économique de notre continent. Ils sont au cœur des préoccupations des Parlements qui incarnent la légitimité démocratique.
Qu’il s’agisse de la stabilité, de la sécurité, de l’entrepreneuriat ou de la bonne gouvernance, toutes ces problématiques sont tributaires, dans une grande mesure, de l’édification d’institutions représentatives crédibles.
Les Parlements, qui font les lois, qui contrôlent l’action gouvernementale et qui évaluent les politiques publiques sont appelés, à travers plusieurs mécanismes institutionnels, à veiller sur le respect des principes de transparence, de reddition des comptes et de responsabilité, de garantir le pluralisme, les libertés publiques et les droits. Ils sont ainsi au cœur de la bonne gouvernance qui est, de nos jours, une des conditions d’un entrepreneuriat durable et générateur de croissance et de richesses.
La bonne gouvernance ne peut être réduite à un mode de gestion, ou à un style managérial ; elle est plus que cela. C’est un comportement, une culture, une éthique,  un système de valeurs dont les élites politiques et économiques doivent faire preuve dans la pratique quotidienne et dans la gestion de la chose publique.
Chères collègues,
Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et messieurs,
Parmi les axes de cette session, figurent l’entrepreneuriat en Afrique, ses enjeux et les défis auxquels il est confronté. Il est question ici de libération de l’initiative, de liberté économique et de compétitivité pour stimuler la croissance et la créativité. L’entrepreneuriat offre à notre jeunesse africaine des opportunités pour se prendre en charge, pour s’épanouir, et contribuer au développement du continent en s’intégrant dans le tissu économique, voire - pourquoi pas ? - dans le système des échanges à l’échelle mondiale.
Il est à même de contribuer à l’émergence d’un secteur privé africain citoyen. Un secteur privé qui ose, créatif, avec le soutien de l’Etat dont la responsabilité est de créer un climat d’affaires favorable à la croissance, et d’identifier les mécanismes adéquats pour le financement de l’entreprise.
A cet égard, les Parlements sont appelés à prendre les initiatives législatives permettant d’établir un cadre juridique et institutionnel favorable à l’initiative privée. En matière de lutte contre la corruption, d’élimination des entraves administratives et de la lenteur des procédures, et d’encouragement des investissements, ils sont également appelés à jouer un rôle déterminant.
Si, il y a quelques décennies, ces objectifs en Afrique relevaient de l’ordre des vœux, aujourd’hui ils relèvent du domaine du possible sous l’effet conjugué de plusieurs facteurs. La situation politique dans notre continent est quasi stable. L’Afrique n’est plus le continent de l’ère post-coloniale, elle n’est plus le continent sinistré de la deuxième partie du XXème siècle. C’est un continent qui émerge dans toutes ses dimensions.
Ainsi, sur le plan politique, malgré quelques foyers de tension internes qui persistent, plusieurs pays africains, et précisément de l’Afrique francophone, ont réussi leur transition démocratique, réalisent des réformes politiques et institutionnelles profondes, qui précèdent ou consolident des processus démocratiques marquant la fin des systèmes de l’ère de la guerre froide. Une nouvelle génération de chefs d’Etat, et de gouvernement, et de nouvelles élites politiques, jeunes et convaincues des potentialités de leurs peuples, sont arrivées au pouvoir. Les coups d’Etat ne mènent plus au pouvoir. Le suffrage universel et les élections sont désormais ancrés dans la pratique politique de notre continent qui s’est débarrassé de plusieurs conflits internes et transfrontaliers.
Sur le plan économique, l’Afrique est en train de réaliser, depuis le début du siècle, une croissance annuelle moyenne positive, proche d’un  taux à deux chiffres dans quelques pays.
Riche de ses potentialités : ressources naturelles et minières, et ressources humaines, l’Afrique attire des investisseurs stratégiques d’Europe, d’Asie et d’Amérique. Elle est d’ailleurs l’enjeu d’une forte concurrence mondiale, sans doute plus affirmée que sur d’autres continents.
L’émergence d’une classe moyenne dans notre continent favorise par ailleurs la densification du tissu économique et la modernisation de nos sociétés respectives.  
Toutefois, tous ses acquis nécessitent appropriation et consolidation pour atteindre le point de non retour afin de faire face aux défis majeurs auxquels nous sommes confrontés : l’extrémisme et le terrorisme, l’émigration, le chômage des jeunes et le sous-emploi, la désertification et la détérioration des terres ; le sous-équipement, la marginalisation des femmes, les déficits en matière des services de santé et d’éducation, etc.
Je suis et je resterai un praticien de l’afro-optimisme. Une nouvelle Afrique est en train d’émerger. Les Parlements doivent se trouver au cœur de cette émergence et de cette renaissance africaine. Ils ont le devoir de stimuler et de soutenir les réformes nécessaires à l’édification des institutions. Les Parlements doivent mobiliser, acquérir plus de crédibilité auprès de l’opinion publique, et jouer pleinement leur rôle dans la cohésion sociale par le développement solidaire. Ils doivent aussi œuvrer à éviter les conflits et l’instabilité, pour favoriser un développement équilibré et durable garantissant l’égalité des chances.
Sur le plan institutionnel, nos institutions représentatives sont appelées à défendre l’Afrique et les intérêts de l’Afrique auprès de la communauté parlementaire internationale et des groupements politico-économiques mondiaux.
Le Maroc qui vous accueille aujourd’hui, ne peut qu’honorer ses engagements envers tous les pays amis. Son retour au sein de sa famille institutionnelle africaine, l’Union africaine, marque une nouvelle étape de cet engagement crédible, solide et concret.
Les visites effectuées par S.M le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, dans plus de 29 pays africains, qui dépassent 50 visites, couronnées par des centaines d’accords de partenariat et de coopération, le choix par le Royaume d’accroître le partenariat Sud-Sud, les projets d’investissement marocain public-privé dans plusieurs pays africains, notamment les pays francophones, illustrent cette option stratégique de contribuer à l’émergence de l’Afrique nouvelle.
La Francophonie qui nous réunit aujourd’hui, est l’un des espaces privilégiés de dialogue et de débat. Elle ne peut être réduite à un ensemble qui partage une langue, aussi riche qu’elle soit. C’est un système de valeurs, une culture enrichie de plusieurs civilisations dont témoignent les magnifiques récits d’écrivains comme le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, un des fondateurs de la Francophonie, l’Ivoirien Ahmadou Kourouma, le Camerounais Mongo Beti, le Malien Amadou Hampâté Bâ. C’est une vision humaniste et un patrimoine commun qui nous incitent à réfléchir ensemble.   
Permettez-moi à cet égard de citer l’un de nos auteurs bien connus, Tahar Ben Jelloun, qui déclarait en 2007 : « Dès l’école primaire, je me suis trouvé face aux deux langues, joyeusement confronté à deux tribus de mots, à deux maisons l’une plus vaste que l’autre, mais toutes deux hospitalières, aérées, spacieuses avec quelques trésors cachés sous le marbre ou le zellige taillé par des artisans talentueux. ». Puissent vos travaux dans le cadre de cette XXVème Assemblée régionale contribuer à mettre en valeur ces trésors que je soupçonne nombreux et inestimables !
Merci ».

Libé
Mardi 23 Mai 2017

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