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Après le règne du dollar en 2022, les autres devises vont-elles prendre leur revanche ?


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Vendredi 9 Décembre 2022

Après le règne du dollar en 2022, les autres devises vont-elles prendre leur revanche ?
Malmenées en 2022 par le dollar, les autres grandes devises ont entamé un rebond, mais il pourrait s'avérer éphémère alors que les nuages s'amoncèlent sur l'économie mondiale, jugent des observateurs du marché.

"Le dollar a probablement commencé à plafonner, mais nous estimons que cela va être un processus long et houleux, en partie parce que nous nous attendons à ce que l'inflation persiste", explique à l'AFP Jane Foley, en charge de la recherche sur les devises pour Rabobank.
L'euro pourrait repartir en baisse alors que la devise est remontée à 1,05 dollar après avoir plongé sous la parité cet été pour la première fois depuis 2002, année de sa mise en circulation.

Quant à la livre sterling, qui avait reculé à un plus bas historique à moins de 1,05 dollar en septembre avant de remonter, elle pourrait passer en 2023 sous le seuil de 1,20 dollar, juge Rabobank.
Le yen était pour sa part tombé en octobre à moins de 150 yens pour un dollar pour la première fois depuis 1990.

L'année 2022 a été marquée par le combat de la Réserve fédérale américaine (Fed) contre l'inflation: d'un plus bas historique à presque zéro fin 2021, la Banque centrale a remonté ses taux directeurs en novembre entre 3,75% et 4%, un sommet depuis 2008.
Mais alors que le risque de récession s'accentue aux Etats-Unis, la Fed a indiqué qu'elle pourrait ralentir le rythme de ses hausses de taux, ce qui a permis aux autres devises de remonter face au dollar.

"Le différentiel en matière de taux a des chances de s'amoindrir dans les mois qui viennent", la Banque centrale européenne et les autres grands instituts monétaires continuant de lutter contre la flambée des prix, affirme Greg Daco, économiste en chef chez EY-Parthenon.
Pour autant, il n'y aura pas forcément de "correction majeure", car "le dollar sera toujours une valeur refuge", assène-t-il.

Et les nuages qui planent sur l'économie mondiale restent bien présents.
"Le Royaume-Uni, la zone euro et le Japon sont tous vulnérables aux rebondissements autour du gaz", prévient Francesco Pesole, stratégiste devises pour ING.
L'invasion russe de l'Ukraine et les sanctions contre Moscou ont fortement perturbé l'approvisionnement mondial en gaz, entraînant une flambée des prix de l'énergie qui a attisé l'inflation tout en plombant la croissance.

Et si la réouverture de la Chine après les longs confinements anti-Covid-19 imposés par le gouvernement se confirme, la demande en énergie de la deuxième économie mondiale "augmentera la compétition sur le marché pour se fournir en gaz naturel liquide (GNL)", s'inquiète Mme Foley.
Les Etats-Unis sont pour leur part plus autonomes grâce à d'importantes ressources naturelles.

Autres sujets à surveiller selon l'analyste: au printemps, "la fin du mandat de Haruhiko Kuroda (patron de la Banque du Japon, ndlr) pourrait laisser espérer un ajustement de la politique monétaire", qui reste pour l'instant ultra-souple au Japon.
Au Royaume-Uni, les négociations avec l'UE sur l'Irlande du Nord pourraient peser sur la livre en cas de tensions, ajoute-t-elle.

Malgré son récent rebond, depuis le début de l'année, l'euro reste en baisse de 7,7% par rapport au dollar, ce qui ferait de 2022 la pire année de la monnaie unique depuis 2015.
La Banque centrale européenne (BCE) n'hésitait pas à inonder le marché de liquidités car l'inflation était atone, et une monnaie faible privilégiait les exportateurs européens.
Désormais, au contraire, "des devises plus fortes sont un outil pour combattre l'inflation, et si le dollar s'affaiblit encore, cela aidera les autres nations à limiter la hausse des prix", commente M. Pesole.

Le prix de matières premières comme le pétrole sur le marché mondial est fixé en dollars, donc une remontée des devises face au billet vert a des conséquences au delà des échanges avec les Etats-Unis.

En revanche, outre-Atlantique, l'affaiblissement du billet vert a moins d'effet positifs, car "les exportations ne sont pas une partie importante de la croissance américaine", commente Joe Manimbo, analyste chez Convera Financial Services.


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