Affaires pénales liées à la CAN-2025 : 529 interventions sécuritaires et 202 personnes devant les bureaux judiciaires implantés dans les stades


Libé
Mardi 3 Mars 2026

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529 interventions sécuritaires ont été enregistrées et 202 personnes ont été présentées devant les différents bureaux judiciaires installés dans les stades ayant accueilli la Coupe d’Afrique des Nations de football (CAN-2025), organisée au Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026.

Un communiqué conjoint du ministère de la Justice, de la Présidence du ministère public et de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) relatif au bilan des bureaux judiciaires chargés de la gestion des affaires pénales dans les stades durant cette manifestation, précise que les 529 interventions sécuritaires ont concerné 307 procédures de vérification d’identité.

Ces procédures ont fait l’objet d’une coordination immédiate avec les autorités judiciaires compétentes et ont été traitées au niveau des bureaux judiciaires afin d’assurer une prise en charge rapide et efficace des faits dès leur survenance, conformément à l’approche intégrée adoptée pour le contrôle des situations et le maintien de l'ordre, précise le communiqué.

Au cours des opérations de fouille et de palpation de sécurité aux entrées des stades, 68 tentatives d’accès sans billet et 17 cas d’utilisation de billets falsifiés ont été enregistrés, outre 16 affaires liées à la détention et à la consommation de stupéfiants et 20 affaires portant sur la détention de fumigènes, ajoute la même source, notant que dans ce même contexte, 5 armes blanches et deux bombes lacrymogènes ont été saisies.

Dans le cadre d’opérations sécuritaires préventives et coordonnées au niveau de plusieurs villes du Royaume hôtes de la compétition continentale, le communiqué fait savoir que les services de sécurité ont procédé à l’interpellation de 396 personnes soupçonnées d’implication dans la spéculation sur les billets des matches de la CAN, à la suite du repérage de publications sur les réseaux sociaux. Ces individus ont été soumis à des enquêtes judiciaires supervisées par le ministère public compétent.

Ces interventions sécuritaires sont intervenues, précise-t-on, après que le système de veille sécuritaire informatisé a permis de détecter des annonces et publications sur les réseaux sociaux proposant des billets de match à la vente en dehors des circuits officiels, profitant de l’importante affluence du public pour cette compétition continentale.

Les investigations techniques et les enquêtes de terrain ont permis d’identifier les suspects et de les interpeller dans plusieurs villes, notamment celles accueillant les matchs.
Par ailleurs, le communiqué indique que durant la compétition, 202 personnes ont été présentées devant les différents bureaux judiciaires implantés dans les stades, dans le cadre de 152 procédures relatives à des faits délictueux sanctionnés en vertu du Code pénal et de certaines lois spécifiques.

Les représentants du ministère public auprès de ces bureaux ont décidé d’engager des poursuites et de renvoyer devant le tribunal 82 cas, tandis que l’amende transactionnelle a été appliquée dans 56 cas, deux affaires classées sans suite et 12 dossiers confiés à la police judiciaire pour complément d’enquête.

S’agissant de la nationalité des personnes présentées, les Marocains ont représenté 79,2% du total des personnes déférées devant les bureaux judiciaires des stades, alors que les ressortissants étrangers, de diverses nationalités africaines et européennes, ont constitué 20,8 %.

Quant aux infractions les plus enregistrées, le délit d’accès ou de tentative d’accès au stade par fraude est arrivé en tête avec 25,48 %, suivi de la spéculation dans la vente de billets ou leur cession sans fondement légal (10,96%), puis l’intrusion sur l’aire de jeu (7,46 %), selon la même source.

Le communiqué souligne que les bureaux judiciaires créés au sein des stades ont joué un rôle central dans la gestion immédiate et efficace des affaires enregistrées, contribuant ainsi à éviter l’accumulation des dossiers et à garantir un traitement rapide des faits commis dans ou aux abords de ces enceintes.

Et de souligner que la diversité des décisions prises, entre poursuites et renvois devant le tribunal, activation de la procédure d’amende transactionnelle, classement sans suite ou poursuite des investigations, reflète le souci d’une approche juridique équilibrée tenant compte de la gravité des faits et des spécificités de chaque cas, tout en veillant au respect des garanties légales des personnes concernées.

La proportion significative d’amendes transactionnelles confirme également l’efficacité de ce mécanisme pour traiter rapidement certains faits de moindre gravité, assurant un effet dissuasif sans recourir à des procédures longues.

Selon la même source, ces indicateurs montrent que la nature prédominante des faits enregistrés est restée liée à des comportements d’ordre organisationnel ou à des infractions aux règles d’accès et de billetterie, ce qui reflète globalement une discipline générale du public, ainsi qu’une gestion sécuritaire et organisationnelle efficace de la manifestation.

La proportion d’étrangers présentés devant ces bureaux, bien qu’elle traduise la diversité de la présence internationale, a été traitée dans le strict respect des garanties légales, avec le recours aux services d’interprétariat afin d’assurer le droit à la défense et une communication adéquate, relève-t-on.

Les instances judiciaires ont veillé au respect strict des garanties légales des personnes poursuivies ou faisant l’objet d’une procédure, conformément à la législation en vigueur, dans le respect des droits de l’Homme et en tenant compte de la nature de l’événement en tant que compétition placée sous le signe du divertissement, du spectacle et de la fraternité, souligne le communiqué, ajoutant que la justice réparatrice a également été mise en œuvre en tant qu’approche prioritaire, par le biais du mécanisme de la transaction pénale, traduisant ainsi l’équilibre requis entre les impératifs de dissuasion, d’une part, et la garantie des droits et libertés, d’autre part.

L’expérience des instances judiciaires chargées de la gestion des affaires pénales lors de la CAN 2025 a constitué une expérience de terrain intégrée, reflétant la capacité du système judiciaire et sécuritaire marocain à s’adapter aux contraintes conjoncturelles liées aux grandes manifestations sportives, et a mis en évidence l’efficacité de la coordination institutionnelle étroite entre le ministère de la Justice, le parquet et la DGSN.

Cette expérience constitue un véritable test sur le terrain ayant permis d’évaluer les mécanismes et les procédures adoptés, à même de développer davantage cette approche dans la perspective des grands événements sportifs à venir, au premier rang desquels figure la Coupe du monde 2030 que le Royaume coorganisera, avec l'Espagne et le Portugal.

Et de relever que les activités liées à la CAN 2025 ont constitué une étape sportive continentale majeure, ayant requis une mobilisation globale des différents acteurs institutionnels, au premier rang desquels les composantes de la justice, afin de répondre aux exigences organisationnelles et de garantir la sécurité juridique liée au bon déroulement de cette manifestation de grande envergure.

Anticipant les défis pratiques que pourrait imposer la nature particulière de cette manifestation, compte tenu de l'affluence massive, de la multiplicité des stades hôtes et de la cadence des événements dans des espaces sportifs ouverts, et dans le cadre d’une coordination institutionnelle tripartite entre le ministère de la Justice, le parquet général et la DGSN, le communiqué a annoncé la création de neuf bureaux judiciaires chargés de la gestion des affaires pénales au niveau des stades accueillant les compétitions dans six villes, à savoir Rabat, Casablanca, Marrakech, Agadir, Fès et Tanger.

Lesdites instances ont joué un rôle central en matière d'encadrement du traitement judiciaire immédiat des infractions commises dans le contexte des manifestations, conformément aux exigences de la loi, tout en préservant l'équilibre entre les impératifs de dissuasion et la garantie des droits et libertés.

Dans le cadre des préparatifs du Maroc pour l’organisation de la Coupe du monde 2030, aux côtés de l’Espagne et du Portugal, le ministère de la Justice, à travers l’Observatoire national de la criminalité, a élaboré une étude sur les meilleures expériences internationales en matière de gestion des affaires pénales lors des grandes manifestations sportives. La CAN 2025 a constitué une opportunité appropriée pour tester les mécanismes proposés dans le contexte d’un événement sportif continental majeur.

Cette expérience a coïncidé avec l’entrée en vigueur, le 8 décembre 2025, du Code de procédure pénale modifié, permettant de mettre à profit les nouvelles dispositions, notamment l’article 1-41 relatif à la transaction pénale, dont le champ d’application a été élargi pour inclure de nombreux délits dans le cadre de la promotion de la justice réparatrice.

Ce dispositif repose sur une approche graduelle visant à éviter d’encombrer les tribunaux avec des affaires mineures, tout en garantissant les droits des supporters dans le strict respect des garanties d’un procès équitable, à travers l’adoption de la procédure juridique appropriée à l’égard des situations ne revêtant pas un caractère pénal et l’activation des alternatives à l’action publique, notamment la conciliation, ou, le cas échéant, le renvoi devant la juridiction compétente.

En tant que l’un des principaux acteurs institutionnels dans le domaine de la sécurité sportive, la Direction générale de la sûreté nationale a adopté un dispositif sécuritaire global et intégré pour assurer la sécurité des compétitions de la Coupe d’Afrique des nations de football à travers l’élaboration de protocoles précis de sécurité et de sûreté, répondant à l’ensemble des exigences organisationnelles et logistiques, afin de garantir le bon déroulement de la manifestation.

Cette mobilisation a débuté par le renforcement de la police des frontières au niveau des points de passage, en ressources humaines nécessaires ainsi qu’en logiciels et solutions informatiques indispensables, afin d’assurer la fluidité du déplacement des voyageurs, en particulier des supporters étrangers se rendant au Maroc pour suivre la compétition.

Dans le cadre de ces dispositions sécuritaires, il a été procédé aussi à la mise en place d’un plan intégré d’organisation des déplacements des supporters, depuis les axes routiers menant aux stades, en passant par les périmètres extérieurs, jusqu’à l’intérieur des infrastructures sportives. Un dispositif rigoureux a, par ailleurs, été instauré au niveau des zones des portes extérieures, comprenant des espaces de contrôle, de fouille et de filtrage, conciliant la fermeté sécuritaire avec la fluidité et la rapidité d’accès.

Parallèlement, il a été procédé à la création du Centre de coopération policière africaine (CCPA), le premier à l’échelle du continent, regroupant des représentants des services de sécurité des pays participants, ainsi que des délégués de la Fédération internationale de football, de la Confédération africaine de football et de l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol), en plus de représentants sécuritaires du Qatar, du Portugal et de l’Espagne. Ce centre a été chargé des missions de commandement, de coordination et d’échange d’informations sécuritaires liées à la sécurisation des grandes manifestations sportives.

Sur le terrain, des salles de commandement et de coordination ont été mises en place à l’intérieur des stades, équipées de systèmes avancés de vidéosurveillance, outre le déploiement de moyens de surveillance visuelle par caméras fixes et drones, avec l’intégration de technologies d’intelligence artificielle dans la gestion des flux ainsi que dans la détection des comportements ou des individus suspects.

Dans le cadre de la mobilisation humaine et logistique, la Direction générale de la sûreté nationale a déployé entre 3.000 et 4.000 éléments pour chaque match, issus de différentes formations sécuritaires et unités de maintien de l’ordre, appuyés par des équipes techniques et logistiques spécialisées.

Ces effectifs ont été répartis selon des protocoles spécifiques tenant compte du nombre de supporters et de la nature de la rencontre, tout en assurant la sécurisation des différents espaces ayant accueilli les supporters dans les diverses villes marocaines, afin de garantir la protection des personnes et des biens et ainsi qu’un environnement sûr à la compétition sportive.

Des opérations de ratissage ont également été menées les jours de match dans l’ensemble des neuf stades et des quinze zones dédiées aux supporters (Fan Zones), ainsi que dans les lieux de rassemblement du public en plus des visites de reconnaissance et des contrôles sécuritaires effectués dans les gares ferroviaires et les moyens de transport des équipes, ainsi que la sécurisation des espaces extérieurs des hôtels avant l’arrivée des délégations.
Ces efforts reflètent le niveau de préparation de la Direction générale de la sûreté nationale et l’efficacité des protocoles de sécurité mis en place pour sécuriser la Coupe d’Afrique des nations, lesquels reposent sur une approche proactive et multidimensionnelle, combinant coordination internationale, planification opérationnelle rigoureuse, recours aux technologies modernes et mobilisation de ressources humaines qualifiées.

Ce dispositif sécuritaire intégré a contribué à garantir le déroulement de la manifestation dans des conditions sûres et organisées, témoignant du professionnalisme des services de sécurité et de leur capacité à sécuriser les grands événements sportifs selon les normes internationales les plus élevées, renforçant ainsi l’image du Royaume comme une destination fiable pour l’accueil de manifestations continentales et internationales.

Dans ce contexte, le ministère de la Justice s’est chargé de doter les espaces des bureaux judiciaires créés dans les stades équipements techniques nécessaires, tout en veillant à garantir leur connexion immédiate et sécurisée au système de gestion judiciaire (SAJ) afin de permettre le traitement des dossiers et le suivi des procédures dans des délais raisonnables, en attribuant à ce type d’affaires des codes spécifiques pour faciliter leur suivi et leur traitement, ainsi que pour consolider les données statistiques. Ces espaces ont également été reliés au système de paiement électronique et équipés de terminaux de paiement (TPE) afin de faciliter le règlement immédiat et sécurisé des amendes. Au total, 17 espaces dédiés aux bureaux judiciaires ont été aménagés et équipés de bureaux, d’ordinateurs et de moyens logistiques nécessaires, suivant des standards garantissant la fluidité du travail et la qualité des services judiciaires rendus.

Sur le plan des ressources humaines, soixante fonctionnaires, hommes et femmes, ont été mobilisés pour assurer le fonctionnement normal de ces bureaux, dont 18 fonctionnaires du Ministère public chargés de la gestion des aspects liés aux poursuites et procédures, et 12 agents de la Caisse du tribunal pour gérer les opérations financières relatives aux paiements et aux amendes.

Treize interprètes instantanés ont également été affectés pour assurer les services de traduction dans trois langues principales : le français, l'anglais et l'espagnol, compte tenu du caractère continental de la manifestation et de la diversité des nationalités des supporters et des délégations participantes, renforçant ainsi les garanties du procès équitable et le droit d'accès à la justice sans entraves linguistiques. S’y ajoutent 8 cadres de l'Observatoire national de la criminalité pour l'accompagnement, la coordination et le suivi des indicateurs liés aux phénomènes criminels potentiels durant la période de la manifestation avec un espace dédié à la défense, consacrant les droits de défense et respectant les principes du procès équitable.

Ces mesures s’inscrivent dans le cadre de la vision stratégique intégrée adoptée par le ministère de la Justice, visant principalement à rapprocher la justice des citoyens et des visiteurs sur un pied d'égalité, et à consacrer le principe d’un accès fluide et efficient aux services judiciaires, notamment dans le contexte de grands événements à dimension internationale.

L’approche adoptée ne se limite pas à une intervention temporelle liée à l’événement, mais repose aussi sur le renforcement de la préparation structurelle du système judiciaire, à travers le développement de mécanismes de travail, l’accélération des procédures, le recours à la numérisation et la mobilisation de ressources humaines qualifiées, l'objectif étant d’assurer une réponse immédiate et efficace aux diverses situations que peuvent imposer de telles occasions.

Ces mesures reflètent en outre l’engagement du ministère à mettre en place un modèle de gestion proactif basé sur l'étroite coordination entre les différents intervenants et à assurer une infrastructure judiciaire de terrain capable de traiter les affaires en temps réel, dans le respect total des garanties d’un procès équitable et des droits de la défense, ce qui concrétise dans les faits le concept de justice de proximité, qui intervient dans l'espace de l'événement pour assurer une protection juridique et garantir la sécurité judiciaire sans interruption ni retard.

Partant de ses obligations et pouvoirs juridiques de protection des droits et libertés, notamment la supervision des enquêtes judiciaires et l'engagement de poursuites contre les auteurs d'actes criminels portant atteinte aux droits et à la sécurité des citoyens, la Présidence du Ministère public a accompagné la Coupe d'Afrique des Nations en mobilisant les parquets dans les circonscriptions judiciaires compétentes dont relèvent les stades accueillant les matches de cette Coupe, afin d'assurer une présence de proximité du parquet lors des matches programmés, pour faire face aux pratiques et agissements attentatoires à la sécurité des personnes dans les stades.
 
A cet égard, neuf (09) procureurs du Roi ont été affectés, tout au long des compétitions de cette Coupe, auprès des bureaux judiciaires mis en place dans les stades concernés afin d'examiner les procédures et violations signalées par les services de sécurité, immédiatement et sur place, et de prendre les décisions appropriées à leur sujet afin d'assurer l'efficacité judiciaire nécessaire dans ce type d'affaire.

La Présidence du Ministère public a également œuvré à assurer le suivi du traitement judiciaire des affaires soumises aux bureaux judiciaires et de l'issue des affaires présentées devant les tribunaux, tout en veillant à la bonne gestion de ces dossiers avec la célérité et l'efficacité requises, à même de réaliser les objectifs escomptés derrière la création des bureaux judiciaires chargés de gérer les affaires pénales dans les stades de la CAN 2025.

Libé
Mardi 3 Mars 2026
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