A l’European Film Market, le Maroc ouvre la voie au cinéma africain

Berlinale 2026

Lundi 23 Février 2026

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Le Royaume a fait du cinéma un levier stratégique supplémentaire de sa vision africaine, vitrine sur un continent dont les récits sont souvent passés sous silence ou réduits à des représentations stéréotypées dans l’industrie mondiale du 7e art (Fenêtre)
 
Premier pays africain sacré “Country in Focus” de l'European Film Market (EFM) 2026, le Maroc a endossé avec brio son rôle de personnage principal dans un espace longtemps dominé par les grandes puissances cinématographiques, où il a fait entendre et découvrir une voix africaine jeune, audacieuse et décomplexée.
 
A travers une participation qualifiée par les organisateurs de “forte et exceptionnelle”, le Royaume a fait du cinéma un levier stratégique supplémentaire de sa vision africaine, vitrine sur un continent dont les récits sont souvent passés sous silence ou réduits à des représentations stéréotypées dans l’industrie mondiale du 7e art.
 
En brisant le plafond de verre d’un système ultra-compétitif où les nations les plus influentes imposent traditionnellement leurs narratifs, la présence marocaine à l’EFM, volet professionnel du Festival international du film de Berlin (Berlinale), a transformé cet espace en scène d’expression du génie créatif du Royaume et, partant, du potentiel cinématographique africain.
 
Cette dimension africaine dépasse le seul cadre de l’EFM, puisque le Maroc est également à l'affiche au sein des instances décisionnelles de la 76e Berlinale avec la réalisatrice Sofia Alaoui, choisie pour siéger au jury du prix “Perspectives” du meilleur premier long-métrage, en reconnaissance de l’expertise créative marocaine.
 
Parallèlement, la Berlinale 2026 a ravivé la mémoire cinématographique du Royaume avec la sélection, à la “Berlinale Classics”, du film Mirage (Assarab, 1979) d’Ahmed Bouanani, premier chef-d’œuvre africain intégralement restauré sur le continent à être distingué parmi les classiques du patrimoine mondial.
 
Cette montée en puissance du Maroc sur la scène cinématographique internationale s'est traduite par des déclarations fortes de responsables et professionnels étrangers, à commencer par la directrice de l’EFM, Tanja Meissner, qui, qualifiant le Maroc de “pont dynamique entre l’Afrique, le monde arabe et l’Europe”, a salué la capacité industrielle du Royaume, son ouverture à la coopération internationale et son attractivité croissante pour les productions mondiales.
 
La responsable de Berlinale Pro, qui a confié entretenir un lien affectif particulier avec le Maroc, a également souligné, lors de la soirée “Country in Focus” célébrant le Royaume, le “niveau de visibilité mondial” croissant du pays, lequel a attiré en 2025 plus de 60 productions étrangères de premier plan, dont la dernière “Odyssée” de Christopher Nolan.
 
A travers les différents spotlights consacrés aux longs-métrages, aux documentaires et aux séries, animés par la délégation marocaine conduite par le Centre cinématographique marocain (CCM), de nombreux professionnels européens, producteurs, cinéastes et distributeurs, ont abondé dans le même sens.
 
Ainsi, pour le producteur allemand de documentaires Thomas Kaske, spécialiste de la région MENA, le Maroc constitue une “plateforme créative d’échanges entre l’Europe, le monde arabe et le continent africain” et un “partenaire stratégique pour des collaborations internationales”.
 
Dans le même esprit, le Commissaire du film des Pays-Bas, Roeland Oude Nijhuis, a évoqué un “boom incroyable” de l’industrie marocaine, estimant que cette dynamique contribue à “repositionner le continent dans la cartographie cinématographique mondiale”.
 
Au-delà de sa réputation établie de terre d’accueil pour les grands blockbusters internationaux, le Maroc a démontré à Berlin qu’il ne se limite plus au statut de décor spectaculaire pour les productions étrangères. Son statut de “Country in Focus” a mis en lumière un écosystème structuré, capable de produire, coproduire et exporter ses propres œuvres.
 
Cette évolution a également été relevée par le producteur allemand Michael Dreher, qui a décrit le Royaume comme une “terre de storytelling”, où la culture du récit demeure vivace à un moment où, selon lui, certaines nations peinent à préserver leur force narrative, insistant sur la singularité géographique du Maroc, à la croisée de l’Europe, de l’Afrique et du monde arabe, comme source d’un potentiel narratif exceptionnel.
 
Sur le plan opérationnel, le directeur du CCM, Reda Benjelloun, a dressé le bilan d’une participation marquée par une forte dynamique et un enthousiasme palpable de la part des professionnels représentant l’ensemble de la chaîne des métiers du cinéma lors des différents spotlights et rendez-vous d’affaires.
 
Selon M. Benjelloun, la curiosité initiale des participants à l’EFM pour le Maroc s’est rapidement muée en un intérêt concret pour les projets présentés, à la découverte des 35 projets couvrant une grande diversité de genres, de thématiques et de langues, portés par dix producteurs marocains sélectionnés par le CCM pour participer au marché européen.
 
Au-delà des professionnels, a-t-il poursuivi, un intérêt institutionnel soutenu s’est également manifesté, notamment de la part de représentants italiens, sénégalais et brésiliens, ainsi que d’institutions telles que Cinecittà, le World Cinema Fund ou encore le Goethe-Institut, qui ont exprimé leur volonté d’approfondir leurs partenariats avec le Maroc.
 
Le Sénégal a notamment fait part de son souhait de s’inspirer de l’expérience marocaine pour structurer un organisme équivalent au CCM, tandis que le Burkina Faso a manifesté son intérêt pour une participation marocaine renforcée au prochain FESPACO, ce qui illustre, pour M. Benjelloun, la dimension continentale du rayonnement observé à Berlin.
 
Parallèlement, l’attractivité du mécanisme de “cash rebate”, l’un des plus compétitifs au monde, permettant le remboursement de 30% des dépenses des productions étrangères, a suscité un flux quotidien soutenu de demandes d’information, avec plusieurs dizaines de professionnels sollicitant chaque jour des précisions sur les dispositifs proposés.
 
Proximité géographique, stabilité, savoir-faire technique, diversité des paysages et infrastructures performantes ont été régulièrement cités, confirmant, selon M. Benjelloun, que le Maroc est désormais clairement inscrit dans la cartographie internationale du cinéma mondial, visible, identifié et attractif.
 
Si le statut de pays à l’honneur est d'abord une fierté, c’est aussi, estime M. Benjelloun, une responsabilité, celle de valoriser une identité marocaine plurielle, véritable mosaïque culturelle dont la richesse a été esquissée à travers les projets présentés à Berlin.
 
Autre priorité chère à M. Benjelloun, accompagner la nouvelle génération de cinéastes et de producteurs et positionner davantage d’œuvres marocaines dans les festivals et marchés de référence, en cohérence avec la maturité croissante de l’industrie cinématographique marocaine.
 
L’objectif affiché semble clair : projeter les nouvelles voix marocaines dans les plus grandes arènes internationales et faire du cinéma un vecteur privilégié pour raconter le Maroc et, au-delà, contribuer à faire entendre les récits africains sur la scène mondiale.
 
Au cœur de Berlin, le Maroc semble tracer les contours d’un nouveau récit pour le cinéma africain. Pays pionnier à l’EFM, il aura contribué à donner un coup de projecteur au cinéma du continent, désormais appelé à raconter ses propres histoires, à exporter ses imaginaires et à s’imposer comme un interlocuteur crédible dans l’industrie du 7e art.

Par Zin El Abidine Taimouri (MAP) 

Libé
Lundi 23 Février 2026
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