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​Les enfants syriens réfugiés au Liban font de la résistance au quotidien




​Les enfants syriens réfugiés au Liban font de la résistance au quotidien
Au Sud du Liban et à 3 km  vers l’est de la ville de Sour se situe Borj El Chamali, camp de réfugiés. Des enfants syriens y vivent depuis 3 ans, et rêvent toujours d’un retour au pays natal. 
 

Il est 15h, le climat est instable. A la lisière entre soleil et pluie. A l’entrée du camp, des militaires contrôlent. Ahmed m’avait confié avant d’arriver au camp que notre présence là-bas était une aventure, et que l’on risquerait une arrestation, en l’absence d’une autorisation pour faire le reportage. Les autorités du camp Borj El Chamali sont en effet méfiantes  à l’égard d’éventuels agents secrets, cachés souvent sous la casquette de journalistes.
Le camp ressemble aux «favelas» brésiliennes. Une désorganisation urbaine transparait à première vue. Les bâtiments sont essentiellement conçus à base de matériaux de récupération et prennent place dans des terrains insalubres où des zones entières ne connaissent pas la lumière du jour. Par manque d’espace dans le camp, les nouveaux arrivants utilisent les coins réservés aux déchets pour bâtir leurs demeures. 
L’intérieur des baraques n’est pas des plus confortables. Murs lépreux et plafonds en décrépitude. Ces conditions posent de graves problèmes de santé pour les enfants. Infections respiratoires et allergies en plus de la maladie de la thalassémie, très mal détectée et donc mal soignée, rythment le quotidien des plus jeunes.
Le camp Borj El Chamali souffrait d’une grave crise sociale après la guerre civile au Liban et les interventions israéliennes dans la région, laissant des centaines de morts. La plupart des réfugiés gardent en mémoire des boucheries historiques comme «Al Najda» et «Abou Khanjar» en 1982 causant plus de 130 morts dont la majorité des femmes et des enfants. La situation s’est aggravée avec la crise syrienne, vu l’augmentation du nombre de réfugiés dans le camp, et l’insuffisance de moyens financiers et logistiques qui ne pouvaient plus satisfaire les besoins de toute la population. Malgré les efforts de l’ONU par son Office de secours et de travaux de «l’UNRWA», les responsables du camp n’ont pas pu assurer des conditions de vie décentes pour les nouveaux arrivants. Cette situation avait engendré des tensions entre les anciens réfugiés palestiniens et les arrivants syriens, source d’injures blessantes à l’égard même des enfants syriens. Grâce aux efforts des acteurs civils au camp, la situation s’est vite améliorée.
 

Aya et Sabae : enfance morose, mais optimiste…

​Les enfants syriens réfugiés au Liban font de la résistance au quotidien
 Aya Chouij (13 ans), le regard mélancolique, témoigne. Elle s’est enfuie en 2013 avec sa famille du camp Khan Cheikh en Syrie, après un bombardement  aérien de l’armée du régime qui a détruit leur maison. «La situation était tellement désastreuse après les attaques sur le camp qu’on n’a pas pu rester là-bas, l’instabilité dans le pays nous a obligés à quitter Khan Cheikh », se souvient-elle. Aya précise qu’elle a enduré, tout  comme les autres enfants syriens, le harcèlement et les injures racistes dans le camp Borj El Chamali au début de la crise. «Nous avons souffert au début, mais la situation a vite changé, nous vivons désormais ici comme des frères et sœurs, grâce à l’école de l’UNRWA et les activités du centre», explique-t-elle.
Son amie Sabae (12 ans) vit une situation quasi-semblable, elle avait quitté en 2012 la Syrie après un intense raid aérien et un embargo forcé sur le camp d’El Houssaynia situé dans la périphérie de Damas. Ses parents, par peur, optent pour le Liban. Si les deux enfants poursuivent leurs études à l’école de l’UNRWA, aucun membre de leur famille ne dispose d’un emploi.
Même constat de Sabae Taha. La fille, qui ne bénéficiait pas de scolarité et vivait mal les injures proférées à l’égard des Syriens dans le camp, a vu sa situation changer progressivement. Grâce à une scolarisation mixte et rassemblant à la fois des enfants syriens et palestiniens dans l’établissement de l’UNRWA, le problème a été vite surmonté. « J’ai vécu comme tous les enfants syriens ici des moments difficiles, mais les choses vont de mieux en mieux depuis qu’on a décidé de rassembler les Syriens et les Palestiniens dans une seule maison d’étudiants», nous confie-t-elle. 

 

Le centre Yasser Arafat, une lueur d’espoir

Izidihar Aatourat, directrice du Centre Yasser Arafat
Izidihar Aatourat, directrice du Centre Yasser Arafat
​Izdihar Aatourat, directrice du Centre Yasser Arafat au camp Borj El Chamali, nous a accueillis dans son bureau pour évoquer la condition des enfants syriens réfugiés dans le centre. La directrice affirme que malgré une infrastructure très modeste et des difficultés de financement, le centre a pu héberger un grand nombre d’enfants.
Au Centre Yasser Arafat, l’ambiance est à la convivialité. Les programmes concernent tous les enfants sans exclusive. « Nous travaillons avec tous les enfants au sein de l’institution. Tous les enfants sont égaux, quelle que soit leur appartenance religieuse ou ethnique », déclare Izdihar Aatourat. Elle souligne que les responsables du centre déploient de grands efforts pour instaurer une bonne ambiance entre les enfants, en dépit de leurs différences. 
Outre les cours supplémentaires assurés gratuitement, les responsables assurent l’accompagnement et le soutien psychologique au profit de ces élèves. «Nous organisons souvent des fêtes et des rencontres ouvertes avec les familles, afin de renforcer les liens entre les différentes composantes du camp», conclut la directrice du centre Yasser Arafat.  

Le camp en chiffres

Le camp Borj El Chamali comptait, en 1948 durant la période de la «Nakba», 2500 familles avec environ  5000 habitants. Le recensement de l’UNRWA en 2009 parle de 19500 personnes réfugiées dans le camp. 
Cependant, nos sources révèlent que le chiffre de 1948 s’est multiplié par cinq pour dépasser actuellement les 25000 habitants. En fait, le camp Borj El Chamali avait reçu 1800 familles syriennes après le déclenchement de la crise. Pour héberger ces nouveaux réfugiés, les autorités avaient aménagé des garages et utilisé le Centre Yasser Arafat ainsi que des salles publiques.          

Par Mohammed Hamza Hachlaf (Stagiaire)
Vendredi 20 Mars 2015

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