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​Jérada entre deuil perpétuel et traumatisme socioéconomique




​Jérada entre deuil perpétuel  et traumatisme socioéconomique
Ils sont venus d’ailleurs de tous les coins et  recoins de la région. Ils sont descendus  de leurs Montagnes. Ils ont quitté leurs terres nourricières, abandonné leur bétail, leurs cultures et leurs «Khaimas».  Ils se sont séparés de leur environnement naturel pour une vie meilleure autour du charbon. (utopie ou chimère ?).
Ces paysans-mineurs, bravant tous les dangers, luttant à la seule force de leurs bras, faisant fi de tous les obstacles meurtriers pour assurer à leurs progénitures un semblant de vie descente et sortir de la misère qui sévissait à l’époque, se sont  organisés spontanément autour de leurs diversités culturelles en une  nouvelle communauté de «culture minière» bien soudée et solidaire. Les nouveaux « combattants de la vie », la plupart ont fini très tôt leur vie au fond du puits et avec eux l’espoir de passer le flambeau à une génération d’intellectuels, d’éduqués et de cultivés. «Beau rêve enterré» malheureusement !
Le drame déplorable, survenu récemment à Jérada (10 mai 2013) emportant à jamais les deux nouvelles «victimes du charbon» à la fleur de l’âge , a suscité l’indignation de tous les citoyens de cet historique village minier, unis dans la douleur et l’amertume des souvenirs communs. La tristesse et la consternation se lisaient sur tous les visages de toute une population meurtrie dans sa chair durant des années par la disparition tragique de leurs proches. Cette population suivait  le cortège funèbre qui, dans un élan de solidarité caractéristique de la « grande famille minière » de la région accompagnait les deux jeunes défunts à leur dernière demeure. 
Hélas ! Ils devraient être en ce moment dans les grandes et prestigieuses universités au service de leur pays, si ce n’est le sort qui en a décidé autrement. La fosse a eu raison de leur courage au vu et au su des responsables locaux, qui assistent impuissants à la dégradation insupportable de la situation sociale des  jeunes «artisans mineurs clandestins» dans l’attente de la prochaine victime. A qui incombe la responsabilité morale, et celle de «l’illégalité légale» ?
Cet événement tragique, nous ramène quelques décennies en arrière où les accidents de travail mortels étaient fréquents, combien même les problèmes sécuritaires préoccupaient en priorité les responsables de l’exploitation, et figuraient en bonne place parmi les revendications des représentants des mineurs pour ne pas nommer la centrale syndicale la plus représentative de l’époque; laquelle ne dispose (aujourd’hui) malheureusement d’aucun fonds d’archives pour l’histoire et la mémoire.
Aujourd’hui, il est grand temps que les autorités à tous les niveaux, la société civile, et tous ceux qui gardent en mémoire les tragédies familiales et la souffrance atroce, épouvantable des «silicosés»  coordonnent leurs efforts en vue de réunir dans un cadre juridique approprié, cette jeune génération de «forçats mineurs» de tout le bassin minier de la province, travaillant dans la «clandestinité légale» leur assurant une stabilité sécurisante et sociale.
Les Charbonnages Nord-Africain (C.D.M) qui fut sans conteste la bonne école dans tous les domaines, société organisée, structurée, employait légalement des milliers «d’ouvriers mineurs» avec un statut de mineur, un code minier, des lois sur les accidents de travail et les maladies professionnelles, la prise en charge sociale, etc. Certes, la société a cessé d’exister juridiquement à un moment très difficile et mise en liquidation depuis lors. Le patrimoine commun,  industriel,  social et culturel d’une valeur sentimentale inestimable est abandonné aux aléas climatiques,  «dilapidé», vendu ou cédé, et dont  l’affectation du produit de réalisation (s’il y en a) reste inconnue.. 
Un clin d’œil interrogatif en direction des organismes de tutelle et de ceux en charge de la liquidation de cette Société depuis un bon bout de temps.  Mais :
  - Le charbon dure, le charbon durera assez longtemps..
  - Le charbon a tué, le charbon continue de tuer autrement..
  -  Maudite soit la misère !
Hommage à la mémoire  de tous ceux qui se sont sacrifiés pour le bien-être de la jeune génération, et respect à la sagesse et au courage extrême de leurs héritiers du 21ème siècle. Une pensée émotionnelle pour le fabuleux passé minier de la province qui a contribué substantiellement à la richesse économique régionale, voire nationale .

Par Scherifi Mytahar
Vendredi 1 Mai 2015

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