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​Ahmed Benjelloun, de Ben Barka au PADS




​Ahmed Benjelloun, de Ben Barka au PADS
Ahmed Benjelloun, ancien secrétaire national du Parti de l'avant-garde démocratique et socialiste (PADS) et l'une des figures de proue de la gauche marocaine, est décédé lundi 2 février à l'hôpital militaire de Rabat des suites d’une maladie.

Une fouille dans 
la mémoire familiale

J'avais un peu plus de 10 ans, dans mon village natal, Berguent, rebaptisé Ain Béni Mathar depuis, un village chargé d'histoire. Des familles y vivant depuis longtemps. Les Majdoubi, les Bentahar, les Ouissi, les Hakmi, et d'autres grandes familles ayant pris attache dans ces terres arides mais combien accueillantes. Un fait classé divers à l'époque, nous sommes fin des années 60 et début des années 70. Un drame familial touche le foyer de Monsieur Zoubir, comme on l'appelait, concernant son fils du même âge que nous. Monsieur Zoubir était le directeur de la seule école élémentaire du village. Nous n'étions pas en mesure de faire le lien avec tout ce qui allait arriver plus tard à cette famille de résistants et de patriotes. L'histoire de cette famille de chez nous est écrite derrière les barreaux d'un régime aveuglé, gouvernant sans le peuple et avec du sang.
Et il y avait parmi nous les Benjelloun. Toutes ces familles s'intégraient au mode de vie des autochtones : le Béni Mathar.
Les Béni Mathar formaient la base de la population de Berguent, mais dès la création de ce village, l'afflux des nouveaux venus commence par l'installation des Français, des Espagnols, des Algériens, et des juifs de Debdou. On remarque ensuite l'arrivée de quelques Fassis, plus tard il y aurait des originaires de Figuig, des Béni-Snassen (surtout d'Aïn Sfa), des Soussis, des commerçants et des fquihs de Tafilalet.
La cohabitation entre les trois religions (islam, catholicisme et judaïsme) était indiscutable, un respect total et remarquable règne entre elles, comme partout dans le monde islamique à cette époque.
C'est dans cette richesse que les Benjelloun ont vécu et grandi.

Les autres Benjelloun
Ahmed Benjelloun est quatrième garçon d’une fratrie de cinq enfants (dont une fille, Zoubida). L’aîné, Zoubir, est retraité de l’Education nationale et vit à Oujda. Abbas, ancien patron du Syndicat des cheminots, habite Rabat, et Omar assassiné par les fascistes en 1975. Tout comme Ahmed, ancien détenu politique, avocat et ancien secrétaire général du Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste (PADS) qui s’est retiré après un accident vasculaire cérébral en 2008. Omar Mahmoud Benjelloun, neveu d’Omar, a suivi les traces de son père et de son oncle. Il est avocat au barreau de Rabat. Militant au sein de l’USFP, il a fini par le quitter en 2008.

Orphelin parmi les 
orphelins de Ben Barka

Le milieu des années 60 est tumultueux. Mais l'assassinat de Ben Barka y est considéré comme un événement central. Son manifeste marque les esprits et acquiert, dès lors, la valeur d'un testament politique. La recherche des moyens de mener la révolution devient une obsession. Fquih Basri, condamné à mort par contumace en 1964, et autres Nemri, Bouras, survivants de l'ALN, tirent les ficelles, recrutent et organisent les cellules clandestines au Maroc. En parallèle, une nouvelle génération, menée par Ahmed Benjelloun (un des chefs du Tanzim en Syrie), Mohamed Bennouna ou encore Omar Dahkoun (militant clandestin dès le début des années 60, chef des cellules du Tanzim de Rabat et Casablanca, exécuté le 1er novembre 1973), sortis de la Toufoula Chaabiya (l'Enfance populaire) (UNFP), veulent "mettre sur pied une force armée révolutionnaire disciplinée et organisée. Ils considèrent que l'UNFP n'a rien d'un parti révolutionnaire. "Une avant-garde lui fait défaut. Alors ils veulent constituer une force de frappe autonome qui n'utilisera pas la structure du parti comme base d'appui, mais comme instrument de mobilisation des masses en vue d'une transition vers la lutte armée". L'organisation, sobrement appelée "Tanzim", est née dans une ambiance internationale, de lutte des fedayin palestiniens, du baathisme en Syrie et d'euphorie du FLN algérien. Finalement, "c'est à Damas que le destin de ces hommes se noue autour d'un projet commun : matérialiser l'option révolutionnaire". Comment? D'abord grâce à des agents recruteurs du Fquih, comme Lakhsassi et Taoufiq Drissi, qui infiltrent les milieux de l'UNEM en France (l'Union nationale des étudiants du Maroc) et attirent des étudiants. Ces derniers donnaient raison à l'UNFP lorsque le parti disait en guise de surenchère : "Il n'y a de remède à ce régime que dans sa disparition". Mais comment y arriver ? En tous les cas, pas à travers l'action politique. D'autres dirigeants du Tanzim, comme Dahkoun, ont récupéré des hommes du réseau de Cheikh Al-Arab, mais aussi des enseignants gagnés par le vent de la révolte. Tout ce beau monde se retrouve en 1969 au camp Zabadani en Syrie pour un entraînement aux méthodes révolutionnaires. "Le camp est situé à 60 kms au nord-ouest de Damas. Plus de 800 militaires y séjournent en permanence. Cinquante militants marocains (officiellement, ils sont Tunisiens venus rejoindre les Fedayin palestiniens) y établissent leurs quartiers." Evidemment que le stage syrien devait servir à renforcer et encadrer les cellules clandestines au Maroc. Mais, voilà, en décembre 1969, une série d'arrestations touchant des dirigeants et autres clandestins s'abat sur le Tanzim, ce qui fut appelé "le complot de 1969" aura été démasqué grâce un délateur providentiel. Mais Hassan II exige plus. Il veut la tête des chefs maquisards. Il dépêche le Général Oufkir à Alger et Tunis pour leur faire part du "complot baathiste" dont la capitale est à Damas et interpelle la France et l'Espagne, comme ce fut le cas contre l'ALN. Ahmed Benjelloun et Saïd Bounaîlat (Mohamed Ajjar, trois fois condamné à mort dont deux fois par Hassan II) tomberont à Madrid et Nemri à Paris. Ils seront livrés pieds et poings liés à leurs geôliers marocains).

Une perte de valeur
Nous avons tous perdu plus qu'un leader, un être cher à tous les "Berguentis" Il s'était fixé une ligne, celle qui nous rendait notre fierté : lutte. Ahmed la symbolisait comme le dit Omar son frère. 
Ahmed nous a quittés mais a laissé une trace indélébile dans nos mémoires et celles du mouvement national marocain. 
Repose en paix camarade! 

Par Mohamed Bentahar Consultant
Vendredi 6 Février 2015

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