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Vraie pénurie à Tafraout ou simple effet d'une mauvaise distribution? : Le petit lait et le lait caillé manquent à l'appel




Le « Lben » (petit lait)  et le « Raib » (lait caillé) industriels sont très demandés à Tafraout, en raison de leur consommation  avec les semoules de couscous, un plat (communément appelé Saykouk)  qui fait partie du menu quotidien des habitants de la région. Sauf que ces  produits laitiers ne cessent ces derniers temps de manquer d'une manière récurrente, dans les étalages et rayons des crémeries et autres épiceries des différents quartiers de la ville.  Ne serait-ce que pour ces dernières semaines, les habitants en sont privés plusieurs jours, notamment à la mi-Ramadan et à l'approche de l'Aïd. Pourtant, la ville est approvisionnée, essentiellement, par  deux grandes entreprises de l'industrie laitière  connues pour leurs importantes capacités de production et leurs gros moyens de distribution en termes de logistique, à savoir la coopérative Copag qui vend ses produits laitiers sous le label Jaouda, et la  société casablancaise Centrale Laitière. La première fournit la ville d'une manière journalière, alors que l'autre le fait régulièrement un jour sur deux. Comment se fait-il alors que Tafraout manque règulièrement de ces dérivés laitiers? Pour les gérants et propriétaires des points de vente de leurs produits à Tafraout, cet état de fait a une explication. Ils  excluent d'abord catégoriquement que cela soit à l'origine  d'une quelconque  pénurie.  Avant d' incriminer plutôt une mauvaise gestion de la distribution  de ces deux produits au niveau de la ville.  Ils pointent ainsi du doigt les agents de ces producteurs laitiers  chargés de livrier les marchands : «  Ce sont eux qui sont à l'origine de cette situation. Des rapports de complaisance se sont tissés entre eux et quelques commerçants connus de la ville auxquels ils ont pris l'habitude de  livrer exclusivement leurs cargaisons quotidiennes de Leben et de lait caillé, et ce, au détriment des autres vendeurs », dénonce Abdellah. B, un épicier du centre de Tafraout. «A chaque fois, ces agents arguent d'une insuffisance des quantités de Leben et Raîb destinés à la ville faute de lait.  C'est faux!», nous explique le gérant d'une crémerie sur l'Avenue des FAR. Une assertion d'autant plus injustifiable que, selon la même source, des centaines de caisses de berlingots de ces produits,  autant dire de quoi satisfaire les commandes de toute la ville, sont déposées à un ou deux commerçants.  « Comment peut-on parler d'une éventuelle crise?», s'exclame notre interlocuteur. Dans le meilleur des cas, ajoute-t-il, on nous livre quelques litres de Leben. On se demande quoi en faire avec, ce n'est même  pas suffisant pour ma consommation domestique! En effet, le quota  quotidien de ces deux produits laitiers destiné au marché de Tafraout dépasse  largement ses besoins en la matière. Ne serait-ce que pour Centrale Laitière,  à en croire un agent de distribution relevant  de l'agence commerciale de Tiznit,  celle-ci achemine chaque deux jours, entre 180 et 400 litres de Leben,  à travers son réseau de distribution  qui dessert Tafraout.  Quant à  la coopérative de Taroudant (Copag), c'est avec la même quantité qu'elle approvisionne chaque jour la région. Sauf que tous nient catégoriquement que les pénuries intermittentes de  Leben et Raîb soient causées par une quelconque distribution sélective.  « Ce n'est pas vrai. Notre souci prioritaire est de satisfaire tous nos clients de sorte que notre  marchandise soit constamment disponible sur le marché et accessible aux consommateurs », nous explique un agent de distribution de la Centrale Laitière. Toutefois, notre source souligne que des cas de rareté de ce produit interviennent de temps à autre. Notamment, en période de Ramadan où la pression de la demande est forte sur le lait. Donc, pour subvenir aux besoins du marché et assurer sa disponibilité tout au long de ce mois sacré, seule une petite quantité est transformée en Leben et Raïb. Entre les allégations des uns et les démentis des  autres, c'est le consommateur tafraouti qui trinque. A chaque fois que le vent de la pénurie de ces produits laitiers souffle sur la ville, l'écoulement sur le marché se fait sous cape et  la spéculation fait surface.  Leurs prix flambent;  le consommateur est acculé à casquer le litre de Leben le double du prix normal.
IDRISS OUCHAGOUR

Encadré :
De la phobie de la communication!
 
« Allo, Monsieur, nous voulons connaître la quantité de Leben et Raîb destinée chaque jour à la vente auprès des marchands tafraoutis de vos produits ». C'est la question que nous avons posée respectivement aux chefs des agences commerciales de Jaouda  et de Centrale laitière à Tiznit. Une question, quoi de plus simple! Et dont la réponse ne relève  pourtant  pas d'un secret stratégique qui puisse menacer la survie de  ces mastodontes de notre industrie  laitière. Les réponses sont pour le moins saugrenues ! « Qui vous a filé mon numéro de téléphone?»; «Comment avez-vous  pu connaître mon nom ?»… Avant de finir par «contactez l'administration centrale, c'est elle qui est habilité à vous fournir ces chiffres». «Mais, Messieurs, - quitte à le répéter- l'information que nous cherchons n'a rien de « grave »; en plus, elle relève de vous  responsables des agences qui font chaque jour les « dispatchings » sur les régions de Tiznit des cargaisons de petit-lait». « Pas question…!».
Contactée par nos soins, l'administration de  Centrale Laitière d'Agadir nous renvoie à son agence commerciale de Tiznit! Quant à Jaouda, nous avons essayé de prendre contact avec les responsables par le biais de son numéro économique (O81 OOO 111) affiché sur ses produits en principe, une ligne ouverte à l'intention  des consommateurs. Mais  personne au bout du fil ! Si ce n'est la voix du répondeur automatique d'IAM  qui nous fait la leçon sur la nouvelle numérotation téléphonique qui a changé. Comme quoi, la non communication est toujours ancrée dans les habitudes de nos entreprises; mais cette fois-ci, elles font mine d'être à l'écoute de leurs clients et consommateurs !. 

IDRISS OUCHAGOUR
Vendredi 1 Octobre 2010

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