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Vive tension au Kenya où la contestation des élections a fait 11 morts


Kenyatta crédité de 54,27% des voix



Raila Odinga, qui mène probablement la dernière grande bataille de sa longue carrière, s'est muré dans le silence depuis l'annonce de sa défaite

La tension restait vive dimanche au Kenya, où l'opposition a durci le ton après la mort d'au moins onze personnes dans les affrontements entre manifestants et policiers qui ont éclaté dès l'annonce vendredi soir de la réélection du président Uhuru Kenyatta.
Ces violences, circonscrites à des bastions de l'opposition dans l'ouest du pays et dans plusieurs bidonvilles de Nairobi, opposaient des partisans du candidat défait Raila Odinga, armés de pierres, aux forces de l'ordre qui les dispersaient à coups de gaz lacrymogène et de tirs d'armes automatiques. Le reste du pays, où le calme prévalait, tournait au ralenti.
"Nous ne nous laisserons pas intimider, nous ne renoncerons pas", a asséné samedi après-midi Johnson Muthama, l'un des hauts responsables d'une opposition qui n'a cessé depuis le scrutin de mardi de crier à la fraude électorale et assure que son candidat a remporté le scrutin. Depuis vendredi soir, au moins 11 personnes ont été tuées dans ces violences post-électorales, selon un bilan établi par l'AFP de sources policières et hospitalières.
Neuf personnes ont été tuées dans les bidonvilles de Mathare, Kibera et Kawangware, dans la capitale, dont une fille de neuf ans touchée par balle alors qu'elle se trouvait sur un balcon au quatrième étage d'un immeuble. Deux autres décès ont été rapportés près de Kisumu (ouest) et dans le comté voisin de Siaya. Au total, 17 personnes ont été tuées depuis les élections générales organisées mardi dans ce pays de quelque 48 millions d'habitants, qui garde vivace à l'esprit le souvenir des violences électorales de 2007-2008, les pires enregistrées dans le pays depuis son indépendance du Royaume-Uni en 1963.
La répression menée par les forces de sécurité a été implacable, même si le ministre de l'Intérieur, Fred Matiangi, a certifié que la police n'avait pas fait un "usage disproportionné de la force contre un quelconque manifestant où que ce soit dans le pays".
Un photographe de l'AFP a toutefois vu la police tirer des coups de feu en direction d'émeutiers dans la nuit de vendredi à samedi à Kibera. Et l'ONG Médecins sans frontières a indiqué avoir traité 54 personnes, dont sept blessés par balle, dans le seul bidonville de Mathare.
Imputant ces incidents à des "éléments criminels qui ont tenté de prendre avantage de la situation, en pillant et détruisant des propriétés", M. Matiangi a assuré que "la sécurité prévaut complètement dans le reste du pays". Londres et Bruxelles ont adressé leurs félicitations à M. Kenyatta pour sa victoire. " Crédité de 54,27% des voix, M. Kenyatta, au pouvoir depuis 2013, avait tendu vendredi soir la main à Raila Odinga (44,74%), dans une adresse à la Nation. "Nous devons travailler ensemble (...) nous devons ensemble faire grandir ce pays", avait-il lancé, appelant l'opposition à ne pas "recourir à la violence".
Il y a dix ans, plus de 1.100 personnes avaient été tuées et 600.000 déplacées en deux mois de violences post-électorales, après la réélection fin décembre 2007 de Mwai Kibaki, déjà contestée par M. Odinga.
Quant à Raila Odinga, qui mène probablement la dernière grande bataille de sa longue carrière, il s'est muré dans le silence depuis l'annonce de sa défaite.

Libé
Lundi 14 Août 2017

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