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Vague de froid, émeutes et défaite des Lions de l’Atlas : La première séance des questions orales boudée par le gouvernement




Vague de froid, émeutes et défaite des Lions de l’Atlas : La première séance des questions orales boudée par le gouvernement
En inaugurant sa toute première séance des questions orales de la nouvelle législature –une séance revisitée, revue et corrigée pour la rendre plus attrayante et plus efficace, annoncera fièrement le président Ghellab- la Chambre des représentants n’a pas pour autant renoué avec la foule des grands jours.
Pourtant, l’affiche était bel et bien alléchante : les événements de Taza, une saison agricole menacée par la vague de froid et la défaite cuisante de l’équipe nationale de football à la Coupe d’Afrique des Nations. Même le gouvernement qui, par la bouche même de son chef, n’a eu de cesse d’annoncer sa détermination à participer activement au contrôle de l’exécutif par les parlementaires, n’a pas  cru utile de remplir les bancs ministériels.  Ce lundi 13 février, les ministres du gouvernement Benkirane sont arrivés au compte-gouttes, par petites grappes, pour se soumettre à l’exercice des questions posées par les députés. «Première séance de questions orales de la Chambre basse, première absence remarquée du gouvernement, malgré tous ses engagements», relèvera  dans un point d’ordre le député usfpéiste Hassan Tariq.
C’est avec l’interpellation d’Aziz Akhennouch, le ministre de l’Agriculture, que les députés ont ouvert la séance. Une séance désormais construite sous forme d’axes où les questions sont regroupées autour d’une même thématique puis traitées au cours d’un débat. Que fait le gouvernement pour sauver la saison agricole ? Quelle enveloppe budgétaire a-t-elle été mobilisée dans cette perspective ? Et quelles mesures urgentes ont-elles été prises pour que les agriculteurs puissent affronter les dommages de la vague de froid qui sévit au Maroc ? Les premières réponses d’Akhennouch qui a retrouvé son fauteuil ministériel grâce à une démission providentielle de sa famille politique, le Rassemblement national des indépendants, aujourd’hui à l’opposition, ne convainquent pas les députés, y compris ceux de la majorité. «Le gouvernement doit décréter une situation d’urgence pour sauver le secteur de l’agriculture. Il est temps de faire la différence entre stratégie et situation de crise !» s’est exclamé le député istiqlalien  Abdallah Bekkali.
Pour l’opposition, l’aubaine est trop belle. La vague de froid doit faire monter la température sous la coupole.  «Monsieur le ministre, vous vous êtes contenté de nous faire le résumé de votre Plan vert sans répondre à nos questions. Vos réponses, vous les avez sûrement trouvées au fond d’un tiroir prêtes à être lues.  A moins que vous ne soyez le ministre et le gouvernement de «il faut attendre la pluie, et puis c’est tout»», lance le président du groupe parlementaire du Parti authenticité et modernité.
«S’il pleut, nous aurons une année normale»
Aziz Akhennouch sourit, esquive, va jusqu’à brandir des cartes satellitaires multicolores pour prouver que la situation n’est pas «catastrophique».  Monsieur météo est même rassurant. «S’il pleut d’ici 15 à 20 jours, la saison est sauvée. Nous aurons même une année agricole normale».
Sous la coupole, la température n’en finit pas de monter. Après Akhennouch et la saison agricole, c’est au tour de Mohand Laenser et Mostafa Ramid d’être soumis à la question. Les députés attendent des explications du ministre de l’Intérieur  ainsi que de celui de la Justice et des Libertés au sujet des événements de Taza. Quelles sont les raisons de ces affrontements violents qui ont fait plusieurs centaines de blessés ? Quelles sont les causes profondes de ces événements ? Comment déterminer les responsabilités ? Et quelles sont les mesures d’urgence prises pour sortir Taza de sa marginalisation et comment rendre justice à la ville à travers la mise en œuvre d’un véritable plan de développement ? Les questions sont nombreuses et pour les élus de la nation, qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition, il s’agit de comprendre comment des manifestations pacifiques se transforment très vite et sans coup férir en émeutes et scènes de violences. C’est d’abord le ministre de l’Intérieur, le Haraki Mohand Laenser, qui apporte des  premiers éléments de réponses. «Avant mars 2011, Taza ressemblait à toutes les autres villes avec ses sit-in, ses grèves, ses manifestations pacifiques. Tout cela se faisait sans violence. Depuis mars dernier, les diplômés chômeurs qui ont des licences ont commencé leur protestation en réclamant des recrutements directs. Le 8 janvier dernier, un concours devait être organisé au sein de la préfecture pour le compte des collectivités locales. 4 jours auparavant, le 4 janvier, ces jeunes ont voulu occuper la préfecture. Ils se sont mis à lancer des pierres. Au quartier Koucha, des étudiants et quelques habitants se sont mêlés à ces troubles. Des voitures ont été incendiées, des biens publics détruits et des représentants des forces de l’ordre blessés».  Que fait le gouvernement pour répondre à ces manifestations qui sont aussi liées à un malaise social dont la cherté de la vie, ici principalement les factures excessives d’eau et d’électricité dans une ville oubliée du développement ? Laenser annonce que des solutions sont explorées, «mais qu’il faut être deux pour dialoguer». «Oui à des solutions possibles, pas à de la surenchère alimentée par des courants extrémistes. Il faut le savoir : l’Etat ne peut pas rester les bras croisés face à des dépassements inadmissibles où les symboles même de l’Etat sont attaqués», prévient le nouveau ministre de l’Intérieur. Puis c’est au tour de l’islamiste Mostafa Ramid de répondre aux questions des députés.  Que l’on se rassure, l’homme n’a pas changé (enfin si, un peu) : il défend le droit à manifester de manière pacifique, il croit en la protestation civile et il est plus que jamais pour la liberté d’expression. Mais attention, il n’admettra en aucune façon l’occupation de l’espace public, la violence contre les forces de l’ordre ou l’incendie des biens publics ou particuliers. Le ministre de la Justice et des  Libertés et bon chef du parquet égrènera les arrestations, les procès,  les condamnations. Il parle d’Etat de droit, de procès équitable, de justice sereine. «La culture de la manifestation pacifique a cédé la place à celle de la protestation violente. On utilise la violence pour arriver à ses fins, violence contre les autres ou contre soi-même». Pas un mot sur les dépassements commis par les forces de l’ordre, pas un mot sur les violences perpétrées par la police. Etrange Mostafa Ramid qui était prompt, il y a peu, à défendre la veuve, l’orphelin et les victimes des forces de l’ordre…
La clause de confidentialité
exigée par Gerets
Même le football n’a pas réussi à apaiser le climat social. La défaite des Lions de l’Atlas et leur sortie précoce de la Coupe d’Afrique des Nations ont fait rugir les députés.  Pourquoi ? Comment ? Qui est responsable ? Qui va rendre des comptes ? Bref qui va payer pour cette humiliation nationale ? Mohamed Ouzzine, le fringuant ministre de la Jeunesse et des Sports, qui avait commis sa toute première gaffe de ministre des Sports en même temps que la défaite de l’équipe nationale, a cette fois trouvé la parade pour ne pas dévoiler le salaire de l’entraîneur Gerets. Une clause du contrat stipule, à la demande de M. Gerets, la confidentialité de ses émoluments. «Nous sommes coincés par le juridique. Cela dit, je partage votre peine, votre humiliation. Je ressens la même chose que vous», lâche M.  Ouzzine avant de parler de stratégie, de bonne gouvernance du sport national mais jamais de l’opacité des fédérations. On croit rêver. «Mais enfin, comment peut-on parler de clause de confidentialité d’un salaire qui est payé par de l’argent public ?» lance un député de l’opposition. Le ministre se lâche, un peu pathos : «Pourquoi voulez-vous que je rende des comptes sur un contrat dont je ne suis pas responsable ?».
Mais justement, qui est responsable ? L’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, le soudainement RNI Moncef Belkhayat ? Le mystérieux président de la Fédération nationale de football et directeur d’un tas de choses, Ali Fassi Fihri ? C’est à ces questions que Mohamed Ouzzine ne répondra pas…

Narjis Rerhaye
Mercredi 15 Février 2012

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