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Une fabrique tchèque domine le marché mondial du vinyle avec ses machines des années 60


Rien que dans les bacs américains, 9,2 millions d'exemplaires ont été vendus en 2014.



Leader mondial du disque vinyle, l'usine tchèque GZ Media tourne à plein régime: contrairement à ses concurrents, elle n'a pas jeté à la ferraille il y a un quart de siècle ses machines à presser et profite aujourd'hui de l'explosion de ce marché.
"Nous avons produit l'année dernière environ 14 millions de disques, un record au niveau mondial", affirme Michal Nemec, directeur commercial de GZ Media, au siège de l'entreprise à Lodenice près de Prague. 
Depuis le décollage de l'industrie du CD, le vinyle restait surtout prisé des collectionneurs et de puristes appréciant la richesse sonore de l'enregistrement analogique. Mais aujourd'hui, il est bel et bien de retour et fait les affaires de GZ Media.
"Dans les années 1980 et 1990, malgré l'expansion du CD, quelqu'un de perspicace a décidé à l'époque d'épargner les vieilles presses de disques vinyle en les plaçant dans un dépôt. Une heureuse décision !", se félicite M. Nemec.
C'est pourquoi une panoplie de disques microsillons de Madonna, Rolling Stones, U2, Queen ou Michael Jackson, exportés partout dans le monde, proviennent aujourd'hui d'une commune tchèque de 1.800 âmes cachée entre des collines boisées, à une vingtaine de kilomètres de Prague.
"Les disques vinyle connaissent un come-back et représentent environ 7% des ventes des supports physiques" en République tchèque, selon un rapport de la branche locale de la Fédération internationale de l'industrie phonographique (IFPI), un chiffre proche de celui observé sur le marché américain (6%).
M. Nemec explique cet engouement par le fait que "l'oreille humaine a un certain potentiel de perception des fréquences": "Le disque vinyle favorise celles qui sont au milieu du spectre, plus +chaudes+ et plus agréables à écouter", tandis que sur un CD, le son est "plus +froid+".
Devant une boutique à Prague, Petr Vacha, un jeune aux longues dreadlocks, le dit tout net: "Moi, j'en ai marre de la musique digitale. Elle a tout, sauf l'âme", rapporte l’AFP.
Petit gâteau    
Avant les vinyles, l'établissement de Lodenice a eu d'autres vies. Né au XIXe siècle sous la forme d'une usine textile, il s'est ensuite mué en une fonderie de canons, en un atelier de savon... jusqu'à ce que GZ Media y presse son premier disque en 1951. Les machines utilisées aujourd'hui datent essentiellement des années 1960 et 1970.
Avec un dense enchevêtrement de tuyaux sous le plafond, l'atelier bruyant où règne une température presque tropicale fait penser aux entrailles du sous-marin du capitaine Nemo.
Pour un visiteur fortuit, l'endroit réserve une surprise inattendue: les disques qui tournent dans les chaînes Hi Fi dernier cri à travers le monde sortent ici de... machines à vapeur.
Les ouvriers et les ouvrières y introduisent à intervalles réguliers ce qu'ils appellent familièrement un "kolacek" ("petit gâteau rond"): un morceau de mélange de polycarbonate. Sous une pression de 150 à 200 tonnes, le "gâteau" se transforme en disque phonographique en une dizaine de secondes.
"Nous avons enregistré une hausse annuelle de 25 à 30% de la production au cours des quatre dernières années et nous n'attendons aucun changement de tendance avant au moins deux ans", précise M. Nemec.
La plus grosse commande jusqu'ici réalisée par GZ Media a été celle d'une collection de luxe de répliques d'une trentaine d'albums des Rolling Stones, destinée aux clubs de fans de la légende du rock.
Un avion pour San Francisco     
Rien que dans les bacs américains, 9,2 millions d'exemplaires ont été vendus en 2014. Soit 52% de plus qu'en 2013, selon l'institut Nielsen SoundScan qui suit le secteur, ce qui constitue un record depuis que cet institut a commencé en 1991 à compiler les données de ventes de disques aux Etats-Unis.
Ce marché revêt une importance clé pour GZ Media, avec environ cinq millions de 33 tours expédiés l'an dernier aux Etats-Unis. Suivent la Grande-Bretagne et l'Allemagne.
 "Chaque vendredi, un avion décolle en direction de la Californie avec à son bord entre huit et dix tonnes de disques vinyles", indique Jana Brezinova, responsable du marketing de GZ Media.
"Les gens achètent souvent ces disques pour offrir ou pour soutenir leur chanteur préféré", analyse Tomas Filip, chef de la branche tchèque du label américain Universal Music Group (UMG).
Selon lui, les disques vinyle devraient bientôt représenter environ 15% des ventes de supports physiques en République tchèque.
Mais ils sont loin les jours où le vinyle était synonyme d'une plaque noire et circulaire: les formes atypiques telles que le coeur ou le triangle, souvent aux couleurs bariolées, représentent à l'heure actuelle environ un quart de la production de la fabrique tchèque.
Tel un disque de Bob Dylan, sous forme de médiator de guitare bleu clair. 
"Et quand on parle de souhaits spéciaux", se rappelle M. Nemec, "il y a aussi eu une demande d'un groupe de rock américain d'insérer dans le vinyle les cendres d'un guitariste défunt..."

Libé
Jeudi 23 Juillet 2015

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