Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Une enfance à casser des cailloux dans les mines de granit au Burkina




Deux garçons de sept ans, la peau et les vêtements blanchis par la poussière, remplissent des gobelets de petits cailloux. L'un d'entre eux se lève, marteau à la main, et s'attaque à un tas de pierres aussi grand que lui. Son enfance, il la passe à casser du granit dans une carrière à ciel ouvert de Ouagadougou.
Le cas de ces petits mineurs n'est pas une exception au Burkina Faso.
Orpailleurs, vendeurs ambulants, travailleurs dans les champs de coton... Selon l'Enquête nationale sur le travail des enfants (ENTE, 2006), environ 60% des jeunes de 5 à 17 ans exercent une activité économique dans ce pays sahélien d'environ 19 millions d'habitants, où près de la moitié de la population vit avec un euro par jour.
Comme Amy et sa soeur, 15 et 14 ans, ils sont des dizaines d'enfants à trimer dans la carrière de Pissy, un quartier de la capitale.
"On vient à deux sur le vélo. Ça dure plus d'une heure", explique Amy. Au bout du trajet, huit heures de travail par jour, six jours sur sept.
Dès l'aube, un millier de personnes s'enfoncent dans le cratère aux bas fonds sinueux et glissants, chaussées pour la plupart de tongs ou de sandales.
Ils remontent avec sur la tête un plateau chargé de morceaux de granit, qu'ils revendent 300 Francs CFA (45 centimes d'euro) l'unité. Tous travaillent à leur compte et gagnent en moyenne un à deux euros par jour. Sorti de la carrière, ce granit sert à construire des bâtiments, des maisons, des routes.
"Vous avez des médicaments?", demande la jeune Némata. L'ongle de son index est violet, le doigt enflé. "C'est le marteau...", explique la fillette de 12 ans, qui se met à tousser, rapporte l’AFP. L'air est saturé de poussière et de gaz toxiques s'échappant de pneus brûlés, qui sont utilisés pour fragiliser la pierre avant de la casser.
Autour d'elle, aucun des jeunes travailleurs ne porte de gant ou de masque de protection.
Les travailleurs de la carrière risquent des maladies pulmonaires comme l'asthme ou la tuberculose dans les cas extrêmes, explique Dr Boureima Koumbem, du service de pneumologie du CHU Yalgado à Ouagadougou. "Ils sont exposés à une pneumoconiose, leurs poumons sont envahis par des poussières minérales. Ce sont des maladies silencieuses. Ces personnes sont sous-oxygénées toute leur vie, parfois sans le savoir..."
Un enfant sur quatre exerçant une activité économique dans le pays est assigné à des tâches dangereuses, selon l'ENTE.
Amy déverse son plateau de granit sur "sa" pyramide de pierres. Ici, chaque famille dispose d'une parcelle depuis des années, quand les Français ont quitté ce qui était à l'époque la Haute-Volta.
Les enfants viennent prêter main forte à leur mère, leur père ou leur tutrice pour augmenter les revenus ou subvenir à leurs besoins. C'est le cas de Némata, orpheline de père, et d'Amy, toutes deux scolarisées au collège. Elles aident leurs familles pendant les vacances scolaires "pour payer les cahiers", dit Némata. Pour "aider à payer l'école", renchérit Amy.
Seuls deux enfants sur cinq sont scolarisés au Burkina, selon le BIT (Bureau international du travail). Et quand ils le sont, la qualité de l'enseignement laisse souvent à désirer. Classes surchargées, conditions d'études difficiles... Les enfants qui quittent le système pour gagner un peu d'argent sont légion.
Avec son programme national de lutte contre le travail des enfants dans les sites d'orpaillage et les carrières artisanales, le ministère de l'Action sociale ambitionne de réinsérer 80% des enfants qui travaillent via des formations dans des ateliers, en les scolarisant ou en ouvrant des écoles proches des sites miniers.
Mais faute de financement, ce projet sur cinq ans, évalué à environ 26 milliards de Francs CFA (40 millions d'euros) et adopté en Conseil des ministres en septembre, est toujours au point mort.
Pour Alizetta Korgo, les raisons économiques n'expliquent toutefois pas à elles seules le travail des enfants. La pression sociale joue aussi, souligne cette membre de la Fondation pour l'étude et la promotion des droits humains en Afrique (FEPDHA): "Si tu es un enfant, que tu vas à l'école et que tu n'aides pas ta famille, tu es mal vu par la société, on te traite de paresseux", soupire-t-elle.

Libé
Mercredi 27 Juillet 2016

Lu 596 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toute circonstance, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Actualité | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Vidéo | Expresso | En toute Libé | L'info | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | High-tech | Vu d'ici | Scalpel | TV en direct | Chronique littéraire | Billet | Portrait | Au jour le jour | Edito










www.my-meteo.fr

Votre navigateur ne supporte pas le format iframe
Votre programme TV avec Télé-Loisirs