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Une application pour traquer la corruption en Ouganda




Une application pour traquer  la corruption en Ouganda
Douglas Buule, enseignant à l’école primaire Kiwenda, à l’extérieur de la capitale ougandaise Kampala, a un problème récurrent : l’argent pour acheter des craies arrive toujours en retard.
“Continuer d’écrire sur un tableau noir relève du casse-tête, dit-il. Parfois, le principal achète les craies à crédit, ou paie de sa poche.”
Mais dans son école, l’argent ne manque pas que pour les craies.
Parce que les fonds affectés à l’établissement n’arrivent jamais à l’heure, les 529 élèves ne passent la plupart du temps que deux examens par an, au lieu d’un tous les mois, explique l’enseignant.
“Dans beaucoup d’institutions gouvernementales, il y a un manque de transparence sur les fonds alloués et utilisés”, poursuit M. Buule, dénonçant la corruption endémique dans son pays. “L’absence de transparence affecte notre enseignement au quotidien.”
Mais une nouvelle application pour smartphones, “Action pour la transparence” (A4T d’après son nom en anglais Action for transparency) pourrait changer les choses.
Cette application, à l’essai pour l’instant dans trois districts ougandais, donne à la population des informations sur les fonds censés être alloués dans des centres de santé ou des écoles près de chez eux.
S’ils voient qu’ils ne correspondent pas aux dépenses effectives, si par exemple de l’argent est alloué à l’achat d’une ambulance que personne ne voit jamais arriver, ils peuvent appuyer sur la touche alerte de l’application et envoyer un message sur le site internet de A4T ou sa page Facebook.
L’information est alors transmise aux autorités concernées : police, ministère... explique Moses Karatunga, chargé de programme pour la branche ougandaise de l’ONG anti-corruption Transparency International (TI).
Selon TI, partenaire du projet avec le Fojo Media Institute de l’Université suédoise Linnaeus, la Fondation ougandaise de développement des médias et le Centre africain pour l’excellence des médias, le phénomène de la corruption s’est encore aggravé l’an dernier en Ouganda.
Pour Gerald Businge, coordonnateur du projet, les Ougandais n’osent pas encore vraiment dénoncer les cas de corruption.
“Ils pensent que ça pourrait leur retomber dessus, dit-il. Il y a aussi cette crainte de dénoncer quelque chose et que personne ne bouge derrière.”
Mais il espère qu’avec l’application, financée par l’agence suédoise de développement SIDA, les détournements de fonds publics diminueront.
“Quand les gens savent qu’ils sont surveillés, ils sont moins susceptibles de gaspiller ou de détourner l’argent”, estime encore M. Businge.
Twahah Musoke fait lui aussi partie du projet. Il a pour mission, avec d’autres, de se rendre dans les écoles et centres sanitaires de sa zone au moins deux fois par trimestre et a déjà inspecté cinq établissements scolaires, dont l’école primaire de Kiwenda, et trois établissements de santé dans son district, Wakiso.
Parmi les problèmes qu’il rencontre : le faible pouvoir des comités financiers des écoles et hôpitaux, qui ne connaissent même pas toujours avec précision les montants qui leur sont alloués.
“Nous devons donner plus de pouvoir aux gens, pour qu’ils réalisent qu’il est de leur responsabilité de recueillir les informations”, estime-t-il.
Twahah Musoke regrette aussi que l’argent ne soit souvent géré que par une seule personne dans les établissements, et non par une équipe.
Les responsables du projet A4T ont choisi de développer une application téléphonique car “de nombreux Ougandais ont des téléphones portables”, au moins un par famille, dit encore M. Businge.
“Nous disons aux gens que leurs téléphones peuvent leur permettre de faire beaucoup plus que ce qu’ils font déjà avec”, dit-il. 

AFP
Mercredi 1 Octobre 2014

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