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Un an après les soulèvements : Le Printemps arabe entre islamisme, démocratisation et tensions




Un an après les soulèvements : Le Printemps arabe entre islamisme, démocratisation et tensions
L’An II du Printemps arabe débute avec des transitions démocratiques encore précaires et la consécration de l’islam politique dans plusieurs pays d’une région toujours en proie à de vives tensions, soulignent des experts.
De Tunis au Caire, de Tripoli à Damas ou Sanaa, la physionomie de cette partie du monde a été profondément bouleversée, avec en plus des défis communs une mosaïque de situations politiques, sociales, sécuritaires ou religieuses localement très différentes.
Ce véritable «tsunami» a «déplacé les plaques tectoniques et va provoquer des répliques avant de déboucher, un jour, sur des Etats pré-démocratiques dans la meilleure des hypothèses», estime Antoine Basbous, qui dirige l’Observatoire des pays arabes à Paris. Faire partir des dictateurs comme le Tunisien Zine El Abidine Ben Ali ou l’Egyptien Hosni Moubarak «aura peut-être été la partie la plus facile du changement. La transition vers une société démocratique s’avère bien plus compliquée et aléatoire que renverser le régime lui-même», estime de son côté Ibrahim Sharqieh, du centre basé à Doha de l’Institut américain Brookings.
La Tunisie, qui a connu le premier soulèvement en décembre 2010, semble aujourd’hui le pays le plus avancé dans sa transition, après l’élection en octobre 2011 d’une assemblée constituante où le parti islamiste Ennahda est arrivé en tête. L’Egypte a connu des législatives dominées de manière écrasante par les islamistes mais reste dirigée par des militaires très contestés, et est régulièrement secouée par des troubles meurtriers. Une présidentielle est attendue en mai ou juin. La Libye, un an après le début du soulèvement mi-février, est toujours dans une zone de fortes turbulences malgré la victoire des insurgés et la mort du dirgeant Mouammar Kadhafi en octobre 2011. La Syrie, plongée dans la tourmente depuis mars de l’an dernier, ne parvient pas à sortir de l’engrenage de la violence. «La situation critique de la Syrie risque de se répercuter sur la stabilité de nombreux pays voisins comme le Liban, Israël, l’Irak, la Turquie ou la Jordanie», estime Nabil Abdel Fattah, du Centre d’études Al-Ahram au Caire.
Le Yémen doit connaître le 21 février une élection présidentielle, avec un candidat unique pour remplacer le chef de l’Etat sortant Ali Abdallah Saleh, contesté dans la rue depuis plus d’un an.
A Bahreïn, la révolte qui avait débuté en février 2011 a été étouffée, mais la tension demeure dans ce petit Etat à la population majoritairement chiite, dirigé par une monarchie sunnite.
«Les révolutions ne sont achevées dans aucun des pays où elles ont eu lieu», constate Samer Shehata, spécialiste du Moyen-Orient à l’Université de Georgetown, à Washington.
Souvent lancées par des mouvements de jeunes utilisant toutes les ressources d’Internet, les révoltes se traduisent aujourd’hui par le triomphe de mouvements islamistes autrefois réprimés ou tenus en lisière du système politique. «Le premier acteur du changement est la jeunesse. Le premier bénéficiaire sont les islamistes parce qu’ils sont structurés et ont des racines profondes dans la société, contrairement aux jeunes qui n’ont pas eu le temps de s’organiser», relève Antoine Basbous.
La capacité, ou la volonté, de ces partis islamistes de consolider la démocratisation reste l’une des grandes questions.
Pour Ibrahim Sharqieh, cette poussée «ne doit pas être vue comme une menace pour la démocratie, au moins pour l’instant, car ces partis se sont montrés capables de travailler avec d’autres, et de se plier aux règles démocratiques».
D’autres experts s’inquiètent toutefois du double discours de certains mouvements islamistes, selon qu’ils s’adressent à un auditoire extérieur ou à leur électorat local. «On entend un discours tolérant et modéré quand il s’agit d’encourager le tourisme et les investissements, mais la réalité peut être différente, avec une base plus conservatrice que la direction du parti», estime M. Abdel Fattah.
«Pour réussir, les islamistes doivent pratiquer le «réal-islamisme» et abandonner le slogan: ‘l’islam, c’est la solution’», dit Antoine Basbous.

Libé
Samedi 18 Février 2012

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