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Témoignages accablants sur la situation des Marocains du monde

Ces consuls aux abonnés absents




Ces jeunes résidents en mal de repères

Il est 12 h 30. Le débat semble vif et un peu tendu. De loin, on voit les bras qui s’agitent et on entend des voix qui s’élèvent. Que l’on ne s’y trompe pas : ces hommes et femmes réunis dans la “ Salle marocaine” de la Chambre des représentants ne sont pas des députés. Ce sont des dizaines de Marocains du monde venus d’Espagne, de France, des Pays-Bas, d’Italie, de Belgique, des Etats-Unis, du Sénégal et d’ailleurs pour parler de leur vécu, de leurs problèmes, de leurs attentes et  de leurs aspirations.

Ils en ont gros sur le cœur…
L’heure est à la confession et  au franc parler. Les Marocains du monde ont, en effet, tellement de choses à dire, à raconter et à partager. Chacun veut prendre la parole le premier pour parler de tout et de rien mais en toute franchise et transparence. Au menu des discussions, il y a le dernier discours du Trône, la représentativité politique, l’éduction des enfants, les documents administratifs, le transport, les consulats, les droits de douane, les expulsions, le rôle des partis politiques, l’immobilier, le transfert des morts et la liste est longue.   
Abdelmaksoud Rachdi, membre du Bureau politique et modérateur de la journée d’étude organisée à l’initiative du Groupe parlementaire socialiste, tente bien que mal de faire respecter le temps consacré à chaque intervention. Avec un large sourire et quelques plaisanteries, il essaie d’encadrer le débat, calmer certains esprits qui commencent à s’échauffer et dissuader ceux qui veulent monopoliser la parole.
 « Qu’en est-il de la prorogation de l’admission temporaire des véhicules des MRE de six mois actuels à douze mois ? Toujours rien», s’interroge un MRE établi en Belgique. « Les procédures administratives sont toujours lourdes et contraignantes. On souffre le martyre pour avoir un simple document administratif. On a toujours entendu parler de simplification des procédures administratives mais rien ne semble venir», lâche un autre venu d’Espagne. « Aujourd’hui, de plus en plus de Marocains établis à l’étranger hésitent à pouvoir acquérir des biens immobiliers  dans leur pays d’origine de peur de se faire arnaquer par des bandes criminelles capables de tout faire pour mettre la main sur leurs biens. Ces dernières années, plusieurs familles de MRE ont vu leurs terrains ou maisons spoliés », avance une Marocaine de France. « Pour l’heure, peu nombreux sont les enfants qui s’inscrivent dans les cours de langue arabe et de culture d’origine. Pis, la tendance est à la baisse », s’alarme un MRE d’Italie.

Des consuls et des consulats out
L’heure tourne vite. Il est 14h00. L’atmosphère est plus tendue à cause d’une climatisation qui ne fonctionne pas. Au fond de la salle, Boubker Mohamed Lmokhtar, coordinateur de l’Alliance Tadamoun des Pays-Bas, tente de prendre la parole. L’homme semble pressé et agité. Il manipule le micro posé devant lui avec énervement. Il a beaucoup de choses sur le cœur qu’il veut partager avec les autres. Elles concernent notamment l’action du consulat du Maroc dans l’une des régions néerlandaises. D’après lui, cette  représentation consulaire brille par son manque d’initiative.  « On n’a rien vu venir du consulat établi sur place. Ni soutien ni même une simple écoute de la part de ses responsables. La communication est presque coupée entre les Marocains établis en Hollande et leurs consulats. A contrario, l’Etat hollandais nous aide et nous soutient même quand il s’agit d’activités destinées uniquement à la communauté marocaine », a-t-il lancé.

Une jeunesse à la dérive
Pourtant, pour cet élu néerlandais, les problèmes des MRE des Pays-Bas n’ont pas uniquement trait aux affaires consulaires. « On a un problème d’addiction aux drogues notamment parmi les jeunes de la deuxième et la troisième générations. Il y a aussi le problème des femmes divorcées puisque le pays compte 3.500 Marocaines qui ont du mal à trancher leur situation car elles sont divorcées aux termes de la loi hollandaise et pas au regard du droit marocain. Et il y a également la question des femmes victimes de violence qui sont livrées à elles-mêmes ou qui sont prises en charge par des familles d’accueil en déconnexion avec les spécificités culturelles marocaines», a-t-il précisé avant d’ajouter : « Il y a également la question identitaire qui suscite de vrais drames pour les générations nées sur le sol hollandais et qui sont d’origine marocaine. L’une des manifestations les plus palpables de ce problème est celle  de l’adhésion  de ces jeunes aux thèses extrémistes comme celles de Daech qui a réussi à coopter des dizaines d’entre eux en tirant profit de leurs problèmes socio-économiques puisqu’un grand nombre d’entre eux est au chômage et se sent mal intégré».
Boubker ne mâche pas ses mots. « Si problème identitaire il y a, cela est dû au fait que l’Etat marocain ne fait pas bien son bulot », a-t-il lancé. Il a également pointé du doigt le Conseil des oulémas qui ne semble pas assumer ses responsabilités comme il faut. « Nous avons des imams incompétents et qui ignorent tout de la société néerlandaise alors que la jeunesse a besoin de savoir religieux et pas n’importe lequel. Elle cherche celui qui répond à ses propres questions existentielles. Une jeunesse qui est aujourd’hui une proie facile pour les intégristes et leurs discours qui circulent facilement sur le net sans parler du chiisme qui prend de plus en plus de place parmi les Marocains établis aux Pays-Bas », a-t-il souligné.  « Qu’a-t-on fait donc pour ces jeunes et comment comptons-nous maintenir vivaces leurs liens avec la mère patrie? Mon fils préfère aujourd’hui passer ses vacances en Grèce à 500 euros au lieu de les passer au Maroc où cela  coûte cher et où il doit respecter certains conventions sociales et légales dont il ne connaît absolument rien », a-t-il lancé avec colère.  Pas le temps de dire plus. Le voilà coupé  par le modérateur qui donne la parole à Ikij Abdelaziz, expert juridique auprès des tribunaux italiens. D’une voix douce et calme, il a dressé un état des lieux de l’ensemble des problèmes vécus par les MRE établis en Italie.

Un silence qui dure depuis 60 ans
« Les MRE ont souvent des problèmes d’ordre administratif.  On constate beaucoup d’erreurs au niveau des cartes d’identité et des passeports. Il y a également l’absence d’une  bonne information et le manque de coordination entre les consulats et leur ministère de tutelle et le site de ce dernier n’est pas d’une performance exemplaire. Pis, ces citoyens ont parfois du mal à accéder aux services consulaires ». Notre homme va plus loin. Il estime que si la situation des Marocains du monde est moins réjouissante qu’elle n’y paraît, c’est que la première génération n’a pas assumé ses responsabilités. « Les premiers migrants ont gardé le silence pendant près de 60 ans et il est difficile de changer cette situation en un seul clic », a-t-il conclu.   Un constat qui est tombé à pic puisqu’il était temps de lever la séance pour aller déjeuner.

Hassan Bentaleb
Jeudi 13 Août 2015

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