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Tanger sous haute tension : Benkirane fait dans le bricolage




Les mots employés ont été mal choisis. Le timing aussi. Un mois après le déclenchement de la révolte des bougies contre Amendis, Benkirane a qualifié les protestations des Tangérois contre la  société chargée de la distribution d’eau et d’électricité  de fitna (sédition), un terme à forte connotation politique et symbolique puisqu’il renvoie à la guerre civile, aux dissensions et aux divisions parmi les musulmans, en particulier durant les périodes caractérisées par des épreuves touchant à la foi. 
Lors d’une réunion de crise tenue dimanche dernier avec les élus et le wali de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima,  le chef du gouvernement  a mis en garde contre la poursuite de ces protestations tout en assurant, dans des déclarations rapportées par les JT du soir d’Al Oula et 2M, qu’«elles n’ont plus lieu d’être et qu’elles nuisent au citoyen et à la nation ».
Le chef de l’Exécutif  n’est pas le seul à avoir considéré la révolte des bougies comme une menace pour l’ordre social et public, le ministre de l’Intérieur  le pense également. Le département de Mohamed Hassad a, en effet, demandé aux Tangérois de «ne pas répondre aux appels susceptibles d’entraîner des désordres ». Mais à quoi joue l’Exécutif ? De quoi son chef, Abdelilah Benkirane a-t-il peur ?  Avec ses formules chocs, n’est-il pas en train de dénigrer les protestations légitimes et pacifiques contre la cherté des factures d’eau et d’électricité ? 
Autres questions et non des moindres, pourquoi Benkirane est-il resté bouche cousue  tout au long de cette crise, lui qui sait pertinemment que, pour renflouer les caisses de l’ONEE obérées par une mauvaise gestion patente, un contrat-programme a été signé le 26 mai 2014 par les ministres de l’Intérieur, de l’Economie et des Finances, de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, ainsi que le ministre délégué auprès du chef du gouvernement, chargé des Affaires générales et de la Gouvernance  instituant de nouvelles modalités de facturation et dispositions tarifaires pour l’électricité, l’eau potable et l’assainissement liquide au niveau national sur la période 2014-2017 et induisant, par ricochet, une hausse des factures ? Pourquoi a-t-il attendu les instructions Royales pour daigner se déplacer à Tanger? Que cache  son déplacement ? Est-ce que la situation est plus grave qu’il n’y paraît? Le gouvernement soupçonne-t-il des mains invisibles d’être derrière la Révolte des bougies ou manœuvre-t-il pour ôter tout caractère légitime à ces protestations? Et last but not least, qu’en est-il du travail de la commission censée avoir étudié les revendications des Tangérois créée préalablement par le ministère de l’Intérieur et les séries d’initiatives qui ont été prises auparavant ?
En attendant une réponse à toutes ces  interrogations, que propose le chef du gouvernement pour sortir de la crise ?  Tout simplement une révision de l’ensemble des factures de consommation domestique à compter du mois de juillet 2015, l’adoption d’une procédure de notification du compteur, la distribution des compteurs individuels supplémentaires et la mise en place de «bureaux de réclamations dans toutes les agences d’Amendis». Des dispositions qui rappellent étrangement celles proposées  le vendredi 30 octobre par le nouveau maire de la ville qui  a annoncé une série de mesures destinées à faire tomber la colère des Tangérois contre le délégataire portant particulièrement sur une « révision des factures au cas par cas », la mise en place de « compteurs individuels », de « bureaux de réclamations dans toutes les agences d’Amendis » et l’interdiction de priver d’alimentation en eau potable et en électricité les abonnés avant tout envoi de deux avis les annonçant.
Et qu’en est-il de la demande des Tangérois qui exigent qu’Amendis plie bagage ? Pas question, a répondu  Benkirane qui a écarté une telle éventualité vu le coût financier de la rupture unilatérale du contrat avec la société française et ses retombées politiques et diplomatiques sur les relations maroco-françaises. La réponse du berger à la bergère, en quelque sorte.
Une réponse qui est tombée dans les oreilles d’un sourd puisque les Tangérois sont déterminés à poursuivre leur mouvement malgré les menaces implicites de l’Exécutif. Ils ont déjà tracé le programme de la semaine avec de nouvelles formes de protestation. Au menu, il y aura une campagne d’affichage dans tous les quartiers de la ville où on peut lire «Amendis dégage ! » et un boycott du règlement des factures tout au long de la semaine. Il y aura également une manifestation pacifique samedi prochain.

Hassan Bentaleb
Mardi 3 Novembre 2015

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