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Reportage : Le marché des volailles de Hay Mohammadi fait encore des siennes : Le calvaire des habitants de La Villette perdure




Reportage : Le marché des volailles de Hay Mohammadi fait encore des siennes :  Le calvaire des habitants de La Villette perdure
A peine arrivé à La Villette, l’un des quartiers les plus anciens de Casablanca, on est happé par les odeurs nauséabondes qui proviennent de différents endroits, et par l’insalubrité des lieux. Des éléments qui donnent un avant-goût de l’état des lieux, mais la réalité est encore plus choquante.
Les ordures qu’on voit s’entasser partout dans ce quartier, font l’objet des discussions quotidiennes des habitants du quartier Al Khalil à Hay Mohammadi qui sont les plus concernés, ainsi que tous les habitants de Hay Mohammadi.
Le récit quotidien de ces habitants continue durablement d’être alimenté par les contours de leur vécu « hors normes » dans cette zone. Ils sont cloisonnés entre l’insalubrité du marché des volailles de Hay Mohammadi-Roche Noires, les nuisances sonores et les odeurs  qui remplissent l’air, émanant des ateliers de réparation de carrosserie et de tôlerie (four d’application, cuisson et séchage) fortement implantés dans ce quartier, et l’accumulation des ordures, déchets, plumes, et les cadavres des volailles jetés par-ci et par-là qui favorisent la prolifération des maladies infectieuses.  
Se situant à proximité du fameux marché de volailles de Hay Mohammadi-Roche Noires, dénommé « chapo», ce quartier est l’un des plus sales de la métropole.  L'odeur infecte de ce marché agresse les gens venus s'approvisionner au marché-abattoir des volailles, situé dans les anciens locaux de la fabrique de ciment Lafarge. Qu’en est–il des résidents qui sont exposés chaque jour à cette odeur ? En principe, ce marché, qui n’est autre qu’une bâtisse en ruine datant du protectorat, n’était que provisoire. Le temps que le problème des abattoirs en général soit réglé en aménageant de nouvelles structures adéquates, installées à proximité de Casablanca. Cela fait aujourd'hui plus de 15 ans que ce marché existe.
«L’état d’insalubrité du marché des volailles de Casablanca nécessite vraiment une décision courageuse. Pourvu que les responsables résistent à la pression et que cette décision touche également les tueries traditionnelles fortement implantées aux alentours du marché», nous a déclaré un habitant du quartier Al Khalil. Et d’ajouter : « Il faut qu’il y ait,  en plus du ravalement et de l’asphaltage, le débouchage des conduites d’assainissement liquide et la restauration des murs ainsi que la plantation d’arbres autour pour purifier un petit peu l’atmosphère ».
En face du « marché » des volailles, se trouve un immense terrain qui est devenu, au fils du temps, une décharge d'ordures ménagères. De loin, on découvre la rue Jaâfar Al Barmaki, avec ses trottoirs couverts de plumes blanches. Les volailles malades égorgées sont dispersées n’importe comment. Ce qui a donné naissance à un grand amoncellement  constitué d'un mélange de viscères, tripes, pieds, têtes et de cadavres. Une  benne à ordures est disponible au fond du marché, conçue justement pour contenir les déchets, mais elle est  insuffisante du fait que  le  ramassage ne s'effectue qu'occasionnellement. On peut donc facilement imaginer l'atmosphère régnante.
A cela s’ajoutent les ateliers de réparation de carrosserie et de tôlerie. Avec ce grand nombre d’ateliers, ce quartier résidentiel est devenu comme un grand  atelier ou chantier ! Bien qu’il soit loin du centre-ville, ses habitants peinent à trouver une place où garer leurs voitures, même devant leurs résidences. Pire, ils n’arrivent même pas à stationner devant leurs maisons ou encore respirer de l’air pur. Outre l’absence d’espaces de divertissement, les enfants de ce quartier de Casablanca, inconscients des effets néfastes de ce milieu quasi-industriel,  se sont habitués à se faufiler entre les véhicules en réparation et à subir leurs odeurs.
  Les habitants, dont la majorité sont des adhérents de l’Association Lina pour l’environnement et le développement, refusent l’implantation de ces  ateliers  de carrosserie et de tôlerie  dans leur quartier résidentiel.
Dans une lettre adressée aux autorités de la ville et de leur arrondissement, les habitants protestent contre leur silence  car elles tardent à prendre des mesures contre les propriétaires des ateliers.  « Ces ateliers nous inquiètent à plus d’un titre. D’une part, c’est une menace pour l’environnement et d’autre part, notre quartier ne semble pas un endroit adéquat pour ce genre d’activité à cause des nuisances sonores et menaces sur la santé de nos enfants et des citoyens, en plus de l’occupation de l’espace public», est-il souligné dans une pétition adressée au préfet de la wilaya du Grand Casablanca, au gouverneur de la province Ain Sebaa-Hay Mohammadi, au président de la commune urbaine de Hay Mohammadi et au président de l’arrondissement de Hay Mohammadi.
« Ces tôliers ne se contentent pas de leurs locaux, mais étalent leurs activités tout au long des différentes rues du quartier, entravant ainsi l’entrée et la sortie des habitants», a précisé l’un des résidents et membre de l’Association Lina.
« Un tôlier dans l’une des rues de cette résidence avait même placé  une cheminée d’aération. Il fait d’ailleurs l’objet d’une opposition par le voisinage puisqu’il mène une activité illégale, et ce, au cœur d’un quartier résidentiel consacré, normalement, à l’habitation», a ajouté un autre membre en soulignant, par ailleurs, que cette cheminée a été érigée sans autorisation ni respect des normes de sécurité et de santé requises en la matière.
« Elle se trouve juste au-dessus des câbles d’alimentation électrique avec le risque d’effondrement si une tempête frappe la région », a-t-il indiqué. Et d’ajouter : « Cette cheminée se trouve en infraction directe avec les lois relatives à l’aménagement et l’urbanisme ».
Après avoir frappé à toutes les portes pour solliciter les responsables concernés, les habitants de ce quartier dénoncent le  silence des autorités et insistent sur le fait que « pendant tout ce temps, aucun responsable de l’administration ou des services sanitaires et de sécurité ne semble se soucier de notre sort, malgré les nombreuses plaintes ».
Un grand nombre de propriétaires des ateliers se trouvent dans une situation d’irrégularité flagrante puisqu’ils ne disposent d’aucune autorisation d’exploitation alors que les services communaux et sécuritaires sont au courant de cette situation, comme il est dénoncé par les associations des habitants  qui  sont dans l’incompréhension totale du fait que l’on applique la loi sur certaines personnes uniquement alors que d’autres ont été contraintes de fermer pour moins.
 En attendant que leurs  plaintes soient prises en compte, les habitants interpellent les autorités pour trouver une solution à ce problème qui nuit à leur santé et à celle de leurs enfants. « Nous subissons tous les jours les nuisances de ces ateliers qui ont compromis notre quiétude. Nombreuses sont les familles qui quittent le quartier le jour pour revenir tard le soir, par peur de voir leurs enfants, surtout en bas âge, souffrir des odeurs des produits hautement toxiques » nous a déclaré un résident.
« J’ai un enfant qui souffre d’allergie, et bien sûr la cause est connue », s’insurge un autre. Et d’ajouter : «Mon pauvre voisin a deux enfants qui ont été victimes de cet environnement ; l’un d’entre eux a été atteint il y a deux ans par la tuberculose ; malgré sa guérison,  il est allergique à ces odeurs, et l’autre est devenu asthmatique ».  
Un autre membre de l’Association Lina nous a déclaré que «  plusieurs personnes ont eu des allergies et des maladies oculaires à cause de l’état nocif du souk, et du fait que le rythme d’évacuation et de ramassage est inapproprié ».

Mohammed Taleb
Jeudi 1 Novembre 2012

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