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Réfugiés syriens : Pressions de Madrid sur Rabat et Alger


​Les chiffres avancés par l’Espagne jugés fantaisistes



Le Maroc a-t-il subi des pressions diplomatiques de la part de Madrid pour arrêter le flux de réfugiés syriens vers l’Espagne ? Oui, à en croire le dernier rapport du Centre espagnol de recherche sur l’intégration et la formation des migrants (CeiMigra). D’après ce document, la diplomatie espagnole a effectivement fait pression sur l'Algérie et le Maroc pour entraver le passage des demandeurs d’asile syriens vers  la péninsule Ibérique. Elle a ainsi  demandé à Alger d’imposer le visa aux demandeurs de la protection internationale et  exigé de Rabat un renforcement des contrôles des lieux de passage entre le Maroc et les présides occupés. 
Mais peut-on parler d’un flux massif des Syriens vers l’Espagne ? Oui, à en croire Madrid qui semble avoir été  effrayée  par le nombre de demandes d’asile qui a augmenté en deux ans. Selon des statistiques présentées lors  d’un atelier organisé dernièrement à Nador par l’AMDH sur l'expérience espagnole et européenne en matière d'asile et la situation des réfugiés et demandeurs d'asile à Mellilia, 6.000 demandes d’asile ont été déposées en 2014 sur tout le territoire espagnol dont 1.700 par des Syriens et 6.500 enregistrées en 2015 dans le seule ville de Mellilia (dont 5.000 par des Syriens). 
Des chiffres qui n’ont rien d’alarmant puisque les Nations unies ont affirmé que les 6.000 demandeurs d'asile enregistrés en Espagne en 2014 ne représentent que moins de 1% du total des demandes qui l’ont été dans l'Union européenne (625.000).  Ceci d’autant plus que l’Espagne était  censée accueillir   15.000 réfugiés en deux ans dans le cadre du programme de relocalisation des 160.000 réfugiés qui se trouvaient déjà en Europe. La Commission espagnole d'aide aux réfugiés n’a, en effet, accordé le statut de réfugié qu’à  384 personnes. A titre de comparaison, le Portugal a offert d’en accueillir 5800, en sus de son quota de 5.400 alloué par Bruxelles.  Les chiffres présentés par HCR Maroc démontrent eux aussi que le nombre de Syriens en quête de protection internationale reste limité. En effet, le nombre de ceux d’entre eux qui ont été  enregistrés au HCR entre janvier 2015 et mars 2016 s’est élevé à 3.011 personnes. En 2014,  672 Syriens ont été enregistrés auprès des services du HCR Maroc. 
En 2015, 2.542 demandes ont été enregistrées. Les derniers six mois de cette même année ont été la période qui a  été la plus marquée par l’augmentation du nombre de demandes disposées. Le pic a été atteint en novembre avec 445 dossiers. 
En 2016, seuls 469 dossiers au total ont été enregistrés.   Les statistiques du HCR Maroc démontrent que 221 dossiers ont été déposés en janvier, 170 en février et 78 en mars. 
A noter que le bureau du HCR Maroc a également procédé à la désactivation de 1.192 dossiers de Syriens. Une procédure déclenchée  lorsque le réfugié n’a plus de contact avec le HCR suite à l’expiration de son certificat de demandeur d’asile. Ainsi, le nombre de dossiers actifs  jusqu’au 31 mars 2016 concerne uniquement 2. 927 Syriens.
Pour beaucoup de militants des associations œuvrent dans le domaine de la défense des droits des migrants au Nord du Maroc, les Syriens sont de plus en plus nombreux à renoncer à leur ambition d’accéder à Mellilia ou à Sebta. Et ce après avoir été bloqués des mois durant au niveau du poste douanier de Béni Ansar.  Ceci d’autant plus que la situation de ceux qui ont réussi à intégrer les centres d’accueil espagnols pour les demandeurs  d’asile (CETI) en a découragé plus d’un à poursuivre sa quête d’Europe.   Les conditions de vie lamentables dans ces centres (surpopulation, mauvaises conditions d’hygiène, proximité…) ainsi que les temps d’attente jugés longs ont  découragé plusieurs familles syriennes à poursuivre leur route vers l’Espagne et elles ont donc décidé de rester au Maroc. Selon des chiffres de l’AMDH section Nador, les CETI abritent actuellement moins de 500 personnes. 
Le document de CeiMigra a aussi révélé que le renforcement de la pression sur les demandeurs d’asile syriens par l’Espagne et les autorités marocaines ont eu des conséquences directes sur les familles syriennes qui se sont souvent trouvées séparées par les frontières maroco-espagnoles. Il y a eu également une augmentation notable du nombre de mineurs non accompagnés par leurs parents qui ont réussi à franchir les frontières.  Une situation qui expose ces enfants à un « niveau élevé de risque». Ceci d’autant plus que les familles en question se trouvent souvent dans des situations d’incapacité à prouver leur paternité une fois réunies à Mellilia. Elles sont souvent contraintes de faire des analyses d'ADN pour prouver leurs  liens de parenté en l’absence de documents administratifs l’attestant. 
 

Hassan Bentaleb
Vendredi 15 Avril 2016

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