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Recrutées au Maroc et surexploitées en Arabie Saoudite

Des domestiques victimes d’arbitraire dans l’indifférence des autorités marocaines




On ne connaît pas leurs noms
mais on connaît leur histoire.
Elles font souvent le buzz
sur les réseaux sociaux
via des vidéos diffusées
de temps à autre. Les larmes aux yeux et des trémolos dans la voix, elles racontent leurs mésaventures, leurs souffrances et leur calvaire.
Ce sont les  domestiques marocaines en Arabie Saoudite qui prétendent être victimes de servitude
et d’exactions de la part de certains de leurs employeurs. Les données chiffrées officielles ou non
officielles confirmant
ou infirmant ces violations
n’existent pas.  Seuls les récits
des prétendues victimes font foi.
Qui sont ces Marocaines?
Comment sont-elles recrutées
et par qui ?
Dans quelles conditions
exercent-elles leur métier ?
Qu’en est-il de leur calvaire ?
Et qu’en est-il également
des lois censées les protéger
et de la position des autorités
marocaines et saoudiennes
à leur égard ?



Leur nombre exact reste inconnu même si elles débarquent quotidiennement par dizaines en Arabie Saoudite.  Les registres des consulats marocains dans ce pays disposent de peu de données sur cette migration. Car rares sont celles qui estiment utile de s’enregistrer auprès des services consulaires. Seules celles qui retournent au Maroc sont recensées.  Même les statistiques des services du ministère marocain des Affaires étrangères peuvent être d’un grand secours. Si les effectifs des MRE résidant en Arabie Saoudite s’élève  à plus de 35.724 personnes dont 15.153 femmes, soit  42,41%, ces chiffres ne révèlent rien sur leurs activités professionnelles puisque la main-d’œuvre marocaine ne se limite pas uniquement au travail domestique. Ces femmes seraient également recrutées comme infirmières ou  baby-sitters.   
Elles sont la plupart du temps jeunes et âgées entre 22 et 40 ans. Et rares sont celles qui dépassent cette tranche d’âge. Les filles destinées à alimenter les réseaux de prostitution sont souvent âgées entre 20 et 22 ans et procèdent parfois à la falsification de leurs dates de naissance. Une grande majorité d’entre elles sont des analphabètes. Les femmes scolarisées sont rares et débarquent en Arabie Saoudite après avoir été bernées par  des intermédiaires. On compte un grand nombre d’ouvrières et de sans-emploi. Il y a également des filles qui n’ont jamais travaillé comme domestiques mais viennent avec la volonté de se marier et repartir après quelques semaines.  Les femmes divorcées avec ou sans enfants représentent 90%.  Les mariées et les veuves représentent un faible taux.
Cette main-d’œuvre provient en grand nombre de Casablanca, Rabat, Tanger, Meknès, Fès, Marrakech, Sidi Kacem, Safi et Agadir. Des villes où il y a une forte concentration de réseaux d’intermédiation.  

Un départ si facile

Le départ vers l’Arabie Saoudite se fait souvent via des intermédiaires. Des Marocains et des Saoudiens des deux sexes qui se chargent des recrutements et des procédures administratives. «Les intermédiaires se divisent en deux catégories. Il y a  d’abord des individus qui travaillent pour leur propre compte et qui ont fait de ces recrutements une source de revenus. Ensuite, il y a des petits réseaux composés de Marocains et de Saoudiens qui ciblent les jeunes filles, belles, étudiantes universitaires et qui ont leurs ramifications dans d’autres pays du Golfe. Ils achètent  des visas à des prix qui oscillent entre 10.000 et 20.000 riyals pour les refiler à des groupes de filles destinées à s’adonner à la prostitution», nous a indiqué une source proche du dossier en Arabie Saoudite, qui a requis l’anonymat. Et de préciser : «Certains de ces réseaux relèvent de la traite humaine puisque ces femmes sont frauduleusement recrutées et transférées vers l’Arabie Saoudite pour être exploitées sexuellement. Elles sont hébergées dans des maisons closes et privées de leurs passeports. Certaines annonces circulant sur les médias sociaux en disent long sur cet esclavage moderne. On y trouve souvent des messages relatifs à des « domestiques marocaines à louer ou à vendre à des prix non négociés » avec des descriptions détaillées (jeunes, belles, minces, blanches de peau, sachant cuisiner à la marocaine, faire de massages et prêtes à tout)».
Le visa pour les domestiques est délivré par le Bureau de recrutement relevant du ministère saoudien de l’Emploi.   Il est établi sans des conditions préalables ni exigences particulières hormis  une demande de recrutement et un relevé de compte bancaire. Chaque ménage saoudien dont le salaire dépasse les 5.000 riyals a le droit de faire venir de l’étranger un ou deux domestiques. Pour y arriver, ce dernier doit payer 2.000 riyals pour les frais de visa et 3.000 à 4.000 riyals aux recruteurs en plus d’un billet d’avion. En somme, le recrutement et le voyage coûtent 20.000 (équivalant de 50.000 DH). Les filles recrutées ne paient rien ni frais de visa ni transport vers l’Arabie Saoudite ni analyses médicales. « Je n’ai rien déboursé. Mon kafil (parrain) m’a informée qu’il a envoyé 5.000 DH  à la femme qui m’a recrutée pour me faire faire des analyses médicales et payer mon billet d’avion », nous a indiqué Salwa, 22 ans, fraîchement installée en Arabie Saoudite.
L’embauche de ces femmes passe également par un autre canal, celui  du Bureau de recrutement des domestiques à Riyad qui exige pour chaque visa délivré 12.000 riyals et qui accorde à la fille recrutée une période d’essai de trois mois. Pendant cette durée, l’employeur a le droit de changer l’employée de maison que cette institution lui propose s’il n’est pas satisfait de son travail ou si cette dernière veut retourner chez elle. « Certaines femmes viennent en tant que domestiques pour camoufler leur  relation conjugale avec un Saoudien », nous a précisé notre source.   
Les domestiques marocaines sont embauchées partout en Arabie Saoudite même dans les villages et les régions éloignées. Mais, elles sont fortement concentrées à Djeddah, Dammam, La Mecque, Médine, Ryad, Abha et Najran. Elles sont recrutées en tant que femmes de ménage ou de nounous  via des contrats qu’elles signent au Maroc sans avoir un droit de regard sur ses clauses, encore moins d’en avoir une copie.  Ainsi elles ignorent tout de l’emploi qu’elles vont occuper ainsi que sa description détaillée, des horaires de travail, de l’identité du parrain, du salaire de base, de la durée du contrat, du logement, des congés payés, des termes et conditions liés à la démission, au renvoi ou au licenciement.

L'heure du
désenchantement.


Dès leur arrivée en Arabie Saoudite, ces femmes sont appelées à rendre leur passeport à leur kafil ou garant. Une mesure qui est considérée par les autorités de Riyad comme un délit passible d’une amende de 2.000 riyals saoudiens par an. Le kafil endosse la responsabilité légale de son employée pendant la durée du contrat. C’est lui qui décide, comme bon lui semble, de l’endroit où celle-ci sera logée, de son lieu de travail, de quitter le pays ou pas, etc. Dans la majorité des cas, cette relation de dépendance se déroule dans les meilleures conditions. Cependant, il arrive que les choses se gâtent. Comme lorsque certains kafils réclament de percevoir un pourcentage du salaire touché par le salarié migrant ou céder un employé, sans son consentement, à d’autres kafils.
Souvent ces femmes domestiques sont recrutées pour travailler dans de grandes maisons et des villas immenses.  Elles sont appelées à faire le ménage, la cuisine, le linge, à s’occuper des enfants...  Elles commencent leur travail à l’aube et finissent souvent vers minuit ou 2h00 du matin soit 18 heures de dur labeur par jour. Elles n’ont droit ni à une journée de repos ni à la rémunération des heures supplémentaires. Certaines demeurent cloitrées chez leur employeur tout au long de la durée de leur contrat et privées de tout contact avec l’extérieur y compris avec leurs familles. Même leurs salaires peuvent être gelés.   « La plupart du temps, ces femmes sont effarées par leur situation en Arabie Saoudite et leurs conditions de travail. Elles n’ont pas de liberté de mouvement et elles sont appelées à travailler dure.  Une domestique marocaine m’a raconté qu’elle travaillait de  6H00 du matin jusqu’à 2h00. Un témoignage que je n’ai pris au sérieux qu’une fois qu’elle m’a envoyé des photos de ses jambes boursoufflées », nous a indiqué Aziz Anas, un bénévole marocain qui réside à Damman et qui a fait vœu de venir en aide à ces victimes. Et d’ajouter: «Ces femmes signent des contrats sans avoir la moindre idée de leur contenu alors que les intermédiaires leurs promettent monts et merveilles ».
Mais il n’y a pas que le non-respect des dispositions du Code du travail saoudien, ces femmes n’ont pas droit à l’intimité et souvent elles sont logées dans de mauvaises conditions. « J’avais droit à une petite chambre de 2m2 sans porte avec des toilettes à l’intérieur », nous a confié Monia. «Je ne peux pas prendre de douche ou faire ma toilette sans que tout le monde me regarde. Cela va sans dire que j’avais l’obligation d’être couverte de la tête au pied, de jour comme de nuit, dans un climat très chaud». Le harcèlement sexuel fait également partie du lot des souffrances subies par ces femmes. Fatima en sait quelque chose.  Elle a débarqué un certain jour de mai 2015 à La Mecque comme domestique chez un couple marié et ses enfants. Une intermédiaire l’a convaincue que ce voyage serait l’occasion idéale de se faire un peu d’argent et d’accomplir le Hajj et la Omra. A son arrivée, elle s’est trouvée dans l’obligation de s’occuper de toutes les tâches ménagères de 6h00 du matin jusqu’à minuit et parfois plus tardivement sans disposer de la moindre journée de repos. Pis, elle a été appelée à supporter, dans le silence et la peur au ventre, les abus sexuels de son employeur. «Il a pris l’habitude de me harceler presque chaque jour. Il a même osé et, à plusieurs reprises, m’embrasser et toucher mon corps. Il lui arrive de venir me chercher dans ma chambre la nuit. Et à chaque fois que j'étais en contact avec lui j'étais terrifiée, j'avais peur de ce qui allait se passer», nous a-t-elle confié. Et de préciser : «Quand la nuit tombait, j’étais envahie par une angoisse inexorable même si mon employeur était absent de la maison. Je suis devenue hystérique et je voyais sa silhouette partout. Et il a fallu l’intervention de certains jeunes Marocains qui m’ont conseillée d’enregistrer ces abus avant de lui coller un procès pour que je puisse sortir de ce calvaire».
Une réalité que confirme Aziz Anas qui nous a indiqué que les cas de harcèlement sexuel et des viols sont récurrents et qu’ils sont difficiles à prouver. « En cas d’absence de preuves tangibles comme des enregistrements vidéo ou audio, il est difficile de poursuivre l’employeur. Ceci d’autant plus que ces affaires sont souvent vite enterrées. Les filles présumées victimes repartent vers le Maroc et évitent un procès puisque les procédures sont longues et qu’elles n’ont plus ni ou se loger ni titre de séjour valide», nous a-t-il expliqué.
Pis, les Marocaines qui travaillent dans ce pays font  l’objet depuis 2013 d’une campagne de dénigrement notamment de  la part des Saoudiennes. Le cliché sur la «sorcière» marocaine  qui serait une «voleuse d’hommes mariés» est omniprésent dans les médias et sur les réseaux sociaux.  Certains articles et comptes Twitter ou Facebook n’ont pas hésité à parler d’«invasion» des domestiques marocaines. Même la page média de Yahoo s’est laissée séduire par ces stéréotypes et elle est même allée jusqu’à conférer un caractère pseudo-scientifique à ces assertions en précisant qu’en 2012, 600 actes de mariage ont été conclus entre des Marocaines et des Saoudiens dont 18 ont provoqué la dislocation de plusieurs familles saoudiennes suite au départ des  maris.  
 Des violations à la pelle que le Code de travail saoudien ne soutient pas. En fait, il stipule clairement que chaque employé étranger a le droit de garder une copie de son contrat de travail et qu’il doit effectuer 8 heures de travail par jour ou 48 par semaine tout en précisant qu’il a le droit de toucher  des indemnités sur les heures supplémentaires,  les journées de repos et les congés annuels.  Le Code édicte également qu’un salarié étranger a le droit de ne pas travailler chez un employeur non mentionné dans le contrat ou exercer un métier non précisé par ce même document.    
En cas de litige, le législateur saoudien demande aux salariés et employeurs en conflit qui n’arrivent pas à résoudre leur problème à l’amiable de s’adresser au Bureau de travail relevant de la région où ils résident. Le Royaume compte 37 bureaux répartis sur le territoire national. Ils sont chargés d’informer les salariés de leurs droits et de leurs devoirs ainsi que d’accueillir les plaintes des ouvriers. Ils examinent également les litiges entre employeurs et employés et tentent de les régler à l’aimable. En cas de désaccord, les affaires sont souvent soumises à la justice.          

 

Arrête-moi si tu peux

Un souhait louable qui est malheureusement peu suivi et peu connu. En fait, nombreux sont les simples litiges de travail qui se terminent dans les postes de police ou devant les tribunaux.  Parfois, ils  prennent des voies dramatiques. « Les femmes domestiques recrutées par un bureau de travail trouvent aisément une solution à leurs problèmes via l’intermédiation des agents de ces bureaux. Le grand drame reste celui des filles embauchées par des intermédiaires privés. Souvent, les filles qui quittent leur lieu de travail en cas de problème, sont considérées comme des déserteurs et la police se lance à leur recherche pour les retrouver. Certains employeurs sans scrupules accusent ces domestiques de vol, de harcèlement sexuel ou autres», nous a expliqué Anas.  Et de poursuivre: «On conseille souvent  aux filles qui ont des problèmes de prendre la fuite et de s’adresser au premier poste de police rencontré sur leur chemin. Car elles seront en bonne position par rapport à leur employeur si elles déposent plainte les premières. Si l’employeur arrive le premier à un poste de police, il peut les accuser de fuite ou de vol ». Anas se souvient encore du cas d’une domestique marocaine violée et violentée par son employeur, qui s’est sauvée et qui a été accueillie par une famille marocaine qui a alerté les services consulaires marocains. Ces derniers n’ont pas trouvé mieux que de conseiller au chef de cette famille de prendre la fille dans sa voiture et de la lâcher devant le premier poste de police.
Parfois, les choses prennent une autre tournure. Une fille pourra fuir la maison de son employeur et s’adresser au consulat qui contacte le kafil pour trouver un arrangement à l’amiable. Des initiatives qui échouent souvent puisque le garant réclame l’argent qu’il a versé pour le recrutement de la fille (frais de visa, des intermédiaires, billet d’avions…). Dans ce cas, le consulat  renvoie le dossier devant le bureau du travail qui finit souvent par rendre justice à la fille. Le hic, c’est que cette procédure est longue. Elle durera entre six et huit mois et pose la question de la prise en charge de la fille concernée durant le temps imparti au déroulement du procès. « Parfois, certains kafils ne préfèrent pas poursuivre leurs employées pour délit de fuite, car ils savent que ces dernières risquent  l’emprisonnement ou l’extradition vers leur pays d’origine, ce qui ne servira en rien leurs intérêts », nous a indiqué notre source.

Passées par la case prison

Aujourd’hui, nombreuses sont les domestiques marocaines qui croupissent dans les prisons saoudiennes pour vol, délit de fuite, prostitution et la liste est longue. Le centre pénitentiaire Dahhban, situé dans la périphérie de Djeddah, compte à lui seul près de 121 Marocaines.  Plusieurs témoignages recueillis dans cette prison  rapportent que ces femmes ont été victimes de procès expéditifs et jugées pour des délits et crimes qu’elles n’ont pas commis.   
Fatima de Tanger, installée en Arabie Saoudite depuis 2015, prétend être l’une des victimes de ce genre de procès. Elle purge encore les deux ans de prison dont elle a écopé  pour prostitution. Une accusation qu’elle nie totalement. Arrêtée dans une maison par le Hay’ah (Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice), son procès a duré plus de 7 mois. «Ce procès a été fabriqué de toutes pièces. J’ai été arrêtée seule dans une maison où je devais préparer des gâteaux marocains à une Saoudienne avant d’être surprise par des éléments du Hay’ah qui m’ont arrêtée avant  de me mettre avec d’autres filles que je ne connaissais pas. Le tribunal nous a poursuivies pour constitution d’un réseau de prostitution. Ni le procureur ni le juge n’ont voulu m’entendre. Je les ai suppliés de vérifier au moins mon portable pour s’assurer que les filles qui comparaissaient avec moi ne faisaient pas partie de mes contacts, mais en vain. En outre, il n’y a pas eu d’enquête ni d’arrestation et d’audition des clients supposés, ni rien du tout. Pis, je n’ai pas eu d’avocat pour me défendre parce que je ne disposais pas des 50.000 riyals saoudiens (l’équivalent de 150.000 DH) pour le payer et que le tribunal n’en a pas commis un d’office», a-t-elle témoigné. Et d’ajouter: «Nombreuses sont celles qui sont dans mon cas; elles ont été arrêtées par le Hay’ah dans la rue, à l’intérieur des maisons ou sur les marchés et poursuivies dans le cadre d’un simulacre de procès».   
Mais dans ces prisons, il n’y  a pas que les domestiques qui purgent leurs peines, il y a également des femmes qui ont été mises en détention sans jugement ou celles qui ont purgé leur peine et qui attendent leur extradition. Le centre de détention Chimisi regroupe aujourd’hui des dizaines d’entre elles. « On y trouve de nombreux cas de femmes innocentées par les tribunaux mais qui croupissent toujours dans les prisons saoudiennes ou celles qui ont été jugées et qui ont purgé leurs peines respectives mais à qui l’ambassade ne veut pas délivrer de laissez-passer. On compte 80 Marocaines travaillant comme domestiques dont les procès sont en instruction depuis un an et demi et qui sont toutes poursuivies pour prostitution sans être jugées», nous a précisé notre source. A. Khadija, 30 ans, de Benslimane, en fait partie. Elle attend son procès depuis sept mois. « Un jour, je suis sortie avec une amie pour aller chez le dentiste et j’ai été arrêtée en plein boulevard par  le Hay'ah à la suite d’une accusation de délit de fuite déposée par nos kafils. Une absurdité puisque c’est mon kafil qui m’a donné de l’argent pour aller chez le dentiste. Une fois arrêtées, on a passé plus de huit heures dans un poste relevant du Hay’ah avant d’être livrées au service de police qui nous a transférées à la prison de Dahban», raconte-t-elle. Et d’ajouter: «Le parquet nous a poursuivies par la suite pour prostitution. Notre procès a débuté en mars dernier et dure jusqu’au jour d’aujourd’hui». Mais le cas de Loubna et Rabab reste le plus édifiant. La première est  incarcérée depuis deux ans alors qu’elle devait être libérée il y a fort longtemps. Elle est aujourd’hui la plus ancienne détenue marocaine à Djeddah. Le deuxième cas est identique à celui de la précédente. Elle attend depuis deux ans qu’elle soit récupérée par les services consulaires marocains.      
Une situation qui trouve son explication, selon notre source, dans le manque d’effectifs des services consulaires marocains. «Une femme étrangère ou pas purgeant sa peine doit à sa sortie de prison être accueillie soit par son kafil, un mahram (une personne avec qui le mariage est interdit de façon définitive) ou par les autorités de son pays. Le personnel de l’ambassade marocaine à Riyad et le consulat de Djeddah ne couvrent pas l’ensemble du territoire saoudien. Le service social comptait  uniquement deux fonctionnaires et il en reste un seul qui est mal payé et qui ne dispose pas de moyens pour mener à bien sa mission», nous a-t-elle indiqué.
Ces femmes sont aujourd’hui à bout de souffle. Certaines n’ont plus la force d’endurer toutes ces souffrances. Plusieurs ont tenté même de se suicider. « C’est dur à supporter; je ne mange plus et je dors de moins en moins. Je pense à ma famille restée au Maroc et dont je suis responsable, notamment de ma mère malade, de ma sœur qui prépare son bac et de ma fille de 8 ans. Le comble est que j’ai été emprisonnée pour rien», nous a confié Khadija.

Services consulaires
et ministère aux abonnés
absents


Une situation dure à supporter. Ceci d’autant plus que les services consulaires marocains sont aux abonnés absents. Les concernées se sentent souvent abandonnées par leur pays et doivent se débrouiller seules. « Le kafil a contacté les services consulaires marocains et pris ma défense mais les fonctionnaires du consulat se sont contentés de lui demander une copie du passeport mais n’ont rien fait depuis.  Le consulat nous a confié par la suite qu’il ne peut intervenir qu’après la fin du procès et des peines », nous a affirmé Fatima.
Mais il n’y a pas que les services consulaires qui sont pointés du doigt, le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération, celui des MRE et des Affaires de la migration, celui de l’Emploi, le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger, etc. sont également mis à l’index. « Les dossiers des domestiques, de la retraite ainsi que celui de scolarisation des enfants des MRE en Arabie Saoudite ont été à maintes reprises déposés sur le bureau d’Anas Birou, ministre des MRE. On lui a même présenté en chair et en os une domestique marocaine qui a été violemment tabassée par son kafil, et qui ne se déplace plus que sur une chaise roulante et une autre femme qu’on a fait venir de l’hôpital. On lui a montré également les messages postés sur les réseaux sociaux concernant la vente ou la location de femmes marocaines.  Mais, le ministre s’est contenté d’un sourire débile sans plus. Pis, il a quitté la salle de conférence en prétextant avoir un dîner ailleurs alors qu’il était en mission pour communiquer avec les MRE d’Arabie Saoudite et qu’il était de son devoir d’examiner ces dossiers et d’y répondre», nous a expliqué notre source.  Et d’ajouter : « On n’a rien à reprocher aux Saoudiens, c’est nos ministres qui sont censés prendre la défense de ces femmes en négociant et en signant des accords et conventions avec les Saoudiens dans l’objectif d’encadrer cette migration et de défendre ses droits. Ils doivent également augmenter les ressources humaines de nos consulats. Deux fonctionnaires au service social ne peuvent visiter toutes les prisons, suivre les dossiers d’extradition, s’occuper des problèmes des pèlerins, accompagner les salariés dans leurs démarches devant la justice sans oublier les problèmes des résidents. Ceci d’autant plus que ces fonctionnaires se sentent pieds et poings liés car leur marge de manœuvre se trouve largement limitée par les pays tiers».
Pour notre source, les Saoudiens traitent les travailleurs étrangers, toutes nationalités confondues, comme des serviteurs. «Du coup, l’employeur saoudien a toujours raison, mais il faut préciser que la justice saoudienne rend souvent justice en faveur des Marocains et ces derniers sont bien respectés et ont un statut privilégié par rapport à d’autres nationalités.  Nos compatriotes sont considérés comme des travailleurs que l’on ne doit pas insulter ou violenter. Ils sont mieux traités et plus  respectés que les Syriens, les Libanais ou autres».
Même son de cloche de la part d’Aziz Anas qui fustige le manque d’intérêt pour les domestiques marocaines.  «Il n’y a pas de responsables auxquels on peut s’adresser directement. Ceci d’autant plus qu’il n’y a pas de permanence la nuit. Je ne sais pas pourquoi les Marocains ne prennent pas exemple sur les Indiens qui suivent de très près les dossiers de leurs concitoyennes domestiques qui sont toutes enregistrées, ont un numéro de téléphone et dont ils prennent la défense chaque fois que  problème il y a », a-t-il lancé.

S’inspirer de l’expérience
des Philippines  


Mais il n’y a pas que l’expérience indienne que nos sources aiment citer, celle des Philippines est, également, mise en avant.  «Les domestiques philippines avaient elles aussi trop de problèmes par le passé. Plus graves que ceux subis aujourd’hui par les Marocaines. Mais les autorités philippines ont décrété l’interdiction d’envoi de bonnes vers l’Arabie Saoudite en 2011 et, entre-temps, elles ont procédé à une révision totale de l’arsenal juridique encadrant cette migration.  Ainsi, des bureaux officiels de recrutement ont vu le jour, les contrats ont été révisés, les salaires réévalués et des cours de sensibilisation et d’information en matière de droits ont été même dispensés», nous a indiqué notre source. Et d’ajouter: «Ces mesures ont permis à ces domestiques  de jouir du droit à une journée de repos par semaine, de celui de quitter leurs lieux de travail, sortir et de recevoir des visites, d’être payées trois mois à l’avance avant de quitter leur pays à destination du Royaume, de disposer de congés annuels, de contrats de travail de deux ans, d’être logées dans des chambres individuelles et de  ne travailler que huit heures par jour ».
Aujourd’hui, les domestiques en provenance de Manille ne sont recrutées que par les familles aisés, les princes et les personnes qui en ont les moyens.  Ces familles paient en tout entre 15.000 et 20.000 riyals avant que le domestique n’arrive chez elles.  Ces domestiques sont celles qui touchent les plus gros salaires et en dollars. Ils avoisinent les 2.500 riyals versés chaque mois sur un compte bancaire. S’il y a rétention de salaire pendant trois mois, la domestique s’adresse au bureau en charge de son dossier.
« Le vrai problème réside dans la facilité avec laquelle on accorde des visas de travail pour l’Arabie Saoudite. Notamment celui des domestiques. Tout Saoudien peut aujourd’hui avec un salaire de 5.000 riyals embaucher une femme de ménage marocaine. Mieux, toutes les femmes marocaines voulant se rendre en Arabie Saoudite peuvent se procurer leur visa via le net ou par des intermédiaires. Certaines n’y vont pas seulement pour travailler mais pour s’adonner à la prostitution ou contracter des mariages coutumiers avant de se trouver confrontées à de graves problèmes, tels que ceux des enfants non reconnus par leurs pères, celui de leurs mariages qui ne sont pas reconnus par les autorités locales, celui de devenir des femmes aux statuts juridiques si ambigus que ni l’ambassade marocaine ni les autorités saoudiennes ne savent traiter et elles deviennent un fardeau pour tout le monde … Le fait d’augmenter les salaires de 1.500 riyals à 2.500 peut décourager plus d’un à recruter des domestiques marocaines», analyse notre source. Et de conclure : «Plusieurs accords encadrant l’entrée de la main-d’œuvre en Arabie Saoudite ont été signés mais leur application en vue de l’amélioration de la situation de ces travailleurs migrants restera encore un tabou parce que  peu de responsables n’osent s’aventurer à la remettre sur le tapis».
 

Hassan Bentaleb
Mardi 11 Octobre 2016

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1.Posté par Naima le 11/10/2016 05:08
Autant vivre au Maroc dignement que d être humilier chez les autres...
Dans les pays du golf,Des immigrés venant de l Asie appelés a travailléa dans le secteur du bâtiment se voient confisqués leurs passeport a l entrée de ses pays,l aucun échappatoire ,ni secours auprès de la justice ni couverture sociale ,l enfer pour ses gens ne fait que commencer....En général,ce que l on vous aura promis avant votre venus ne sera pas jamais tenus....même les salaires sont dérisoires.
Les animaux vivent mieux que l émigrés installés dans les pays du golf....

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