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Quand un diplomate marocain caricature les réformes menées dans le Royaume




Quand un diplomate marocain caricature les réformes menées dans le Royaume
Les réformes initiées par S.M le Roi Mohammed VI s’apparentent au vaccin contre la grippe qu’on administre chaque année à la population pour mettre le Maroc à l’abri des soulèvements sociaux. C’est ce qu’affirme l’ambassadeur du Maroc en Thaïlande, au Cambodge, au Laos et en Birmanie, avec siège à Bangkok, Abdelilah El Housni.
Dans une interview à « BigChilli », une revue anglophone paraissant en Thaïlande, M. El Housni, en poste à Bangkok depuis avril 2013, déclare : « Chaque année, beaucoup de gens se font vacciner contre la grippe. On ne peut pas savoir qui sait qui va attraper la grippe, mais le vaccin vous donne une protection. De la même manière, les réformes sans précédent entreprises par S.M le Roi du Maroc dans les domaines de l’égalité des sexes et du développement humain, la mise sur place de la l’Instance équité et réconciliation, le nouveau concept de l'autorité, l’instauration de l'ombudsman, le droit de la famille, la nouvelle Constitution et les réformes électorales par exemple, ont toutes eu un impact sur la société marocaine et lui ont donné une protection contre les soulèvements sociaux. Alors que le Printemps arabe se répandait dans les pays voisins, le Maroc en avait été protégé et mis à l'abri».
Selon l’ambassadeur, les réformes entamées au Maroc ne découlent donc pas d’une stratégie de développement voulue et initiée par S.M le Roi Mohammed VI, mais ne seraient qu’une simple opération ponctuelle destinée à assurer la survie du régime suite au déclenchement dudit Printemps arabe.
Le Souverain avait pourtant, dès son accession au Trône, clairement affirmé sa détermination à réaliser toutes les attentes du peuple et concrétiser les objectifs auxquels il aspire et appelait à « se mobiliser et s’engager sur la voie menant à la prospérité économique et à la solidarité sociale » (discours à la nation, en juillet 2000, à l’occasion du 1er anniversaire de l’intronisation du Souverain).
Des initiatives telles que l’Instance équité et réconciliation, mise en place en avril 2004, la réforme de la Moudouwana, promulguée par le Souverain six mois plus tard, en octobre 2004, ou l'Initiative nationale pour le développement humain, lancée en 2005, équivaudraient donc, selon l’ambassadeur, à des injections d’un sérum prophétique destiné à prémunir le Royaume des méfaits du Printemps tumultueux qui allait jeter son dévolu sur le monde arabe 6 à 7 ans plus tard.
Dire, au vu de tout ceci, que les réformes au Maroc ont été dictées par le Printemps arabe, c’est tordre le cou à la réalité. De même, ramener une stratégie de développement à une simple opération ponctuelle destinée à faire perdurer le régime discrédite grandement le pays.
Dans cette même interview, M. El Housni indique également que l’une des priorités dans les activités Royales est de promouvoir le Maroc comme destination touristique pour les Thaïs. Donner la priorité au tourisme dans la coopération avec la Thaïlande, c’est malheureusement faire fausse route. C’est très mal connaître le pays. Le Thaï n’aime pas faire du tourisme. Il n’aime pas quitter son pays. Et si jamais l’envie d’en sortir le prend, ce n’est certainement pas pour aller aussi loin. Tous les diplomates présents en Thaïlande le savent. Tous, sauf l’ambassadeur du Maroc.
D’ailleurs, pour attirer des touristes, il faut nécessairement faire connaître son pays. Or, aucune manifestation, aucune activité sur le Maroc n’a jamais eu lieu en Thaïlande, du moins au cours des dernières années. Le Maroc reste un pays inconnu en Thaïlande.
Prenez le quotidien anglophone le plus influent du pays, «Bangkok Post». Faites une recherche avancée sur «Morocco» sur la période allant d’avril 2013, soit au moment de la prise en fonction de M. El Housni, jusqu’au jour d’aujourd’hui, vous verrez apparaître le nom du Maroc neuf fois. Mais seulement dans des dépêches de l’AFP portant sur des compétitions de football (CAN et Coupe du monde des clubs). Le Maroc en tant que pays millénaire est inexistant.
En l’espace de vingt mois de présence à Bangkok, on ne connaît à M. El Housni qu’une seule activité hors protocole : une conférence sur le Maroc devant les étudiants de la Siam University de Bangkok (qui ne peuvent même pas s’offrir un week-end en demi-pension dans leur propre pays…) et un petit stand dans un salon culinaire où on présentait le couscous (vendu à près de 30 DH l’assiette) et le thé à la menthe (vendu à 1 DH le verre) sous l’œil bienveillant d’un imposant fanion …suédois.
Pendant ce temps, la coopération économique entre le Maroc et la Thaïlande reste, selon les indications même de M. El Housni à la revue « BigChill », limitée à quelques boîtes de sardines vendues dans quelques surfaces commerciales de la seule ville de Bangkok.
Pourtant, les créneaux de coopération ne manquent pas. Avec moins de ressources naturelles que le Maroc, la Thaïlande est beaucoup plus performante. Elle pointe à la 103ème place dans le classement des pays via l’indice de développement humain (IDH) des Nations-unies, alors que le Maroc y traîne à la 130ème, non loin du Laos et du Cambodge, 138ème ex aequo. Il y a beaucoup de choses à apprendre du pays du Siam. Mais, apparemment, cela semble fatiguer ceux qui doivent y penser. On préfère la natation, le golf et la collection de radios et de gramophones antiques…
On le comprend, M. El Housni. C’est son premier poste à l’étranger en tant qu’ambassadeur. Et à 56 ans, c’est probablement aussi son dernier. Autant en profiter. Il lui faut oublier les dures années du «Quai d’Oursins» - comme certains cadres aiment à qualifier notre ministère des Affaires étrangères. Et se préparer à une retraite dorée.
Le passage de M. El Housni à Bangkok ne passera toutefois pas inaperçu. Il entrera certainement dans les annales diplomatiques de la Thaïlande. C’est le seul ambassadeur qui a dû attendre neuf mois (le temps d’une gestation humaine) pour pouvoir présenter ses lettres de créances au Prince héritier du royaume.
C’est également le seul ambassadeur qui possède une aussi riche collection de radios et de gramophones antiques. Il en a 32 au Maroc, clame-t-il fièrement à la face du monde.
On ne peut que l’en féliciter. C’est déjà quelque chose de réussi. Mais on peut aussi le plaindre. Sa collection demeurée dans le pays doit lui manquer terriblement…

Abdellah Abbadi
Vendredi 26 Décembre 2014

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