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Pompes à fric et vaches à traire

Le calvaire des citoyens face à certains édiles locaux au-dessus de la loi




Dans la capitale économique du plus beau pays du monde en particulier et dans les autres villes du Royaume en général, régler une petite affaire équivaut, pour certains, à essayer d’escalader le mont Everest et pour d’autres, cela s’apparente à une vraie mission impossible.
C’est carrément le parcours du combattant. Car, entre une administration dont les couloirs sont pleins à craquer et où il est quasi-impossible de se frayer un chemin, voire inimaginable de demander son chemin et entre l’anarchie qui prévaut dans les ruelles la jouxtant, tout administré se retrouvera, inéluctablement, face à d’indicibles affres. Une situation révélatrice qui aura le mérite de lever le voile sur des aspects patents, certes, mais qui dépassent l’entendement avec l’extrême latence de leur résolution s’impose : un homme, qui devait gérer une affaire des plus banales dans un tribunal de la place s’est vu, tout d’abord, perdu dans les coulisses de cette Cour, ensuite, balloté, de salle en salle pour finalement, trouver sa voiture subitement réquisitionnée via un acte totalement illégal ! Et par qui ? Par, la non moins valeureuse commune urbaine de Casablanca !
La première remarque qui coule de source et qui est tout aussi consternante : une administration publique au Maroc en l’an 2016 ressemble plus à un souk dans lequel foisonnent badauds et chalands et où, hélas, l’on est loin de l’informatisation du système judiciaire escomptée et tant espérée pour voir la justice prendre finalement le train en marche des nouvelles technologies de l’information. Pourtant, elle a été miroitée récemment, pour pallier la gestion archaïque, le manque de transparence et de communication, la rédaction manuscrite des jugements ainsi que la complexité des affaires…C’est dire que moult maux rongent l’appareil judiciaire et rien n’a été fait jusqu’au jour d’aujourd’hui pour y remédier sérieusement. Parce qu’au Maroc justement, les ministères traînent la savate à l’instar de celui de la Justice et des Libertés qui voulait moderniser son système de fonctionnement afin de le rapprocher davantage des justiciables en fixant un plan d’action dans ce sens en 2014. Ce dernier devait commencer par le remplacement de l’archivage papier en optant pour le numérique, dans l’objectif d’optimiser la gestion de tout type de documents tout en simplifiant les échanges entre administrations. Et pour son financement, il était prévu qu’il soit puisé dans le budget du ministère, qui, pour rappel, s’élevait à 3,9 milliards de dirhams (MMDH) en 2014 contre 3,7 en 2013, soit une hausse de 5,4%.
D’aucuns sont tentés de réaliser enfin, que dans notre pays, il s’agit  en cas de l’identification d’un problème, de tenir d’abord une réunion, d’inviter ensuite les médias pour leur faire croire qu’ils sont incontournables et, in fine, de détourner leur attention de la problématique réelle. Résultats des courses, des contrats-programmes sont lancés par presque tous les départements ministériels. Et tandis que certains seront enterrés dans des tiroirs, d’autres ne réaliseront pas les objectifs arrêtés et plusieurs se transformeront en flops.
Décidément, dans l’empire du Soleil couchant, il ne s’agit pas d’appliquer l’adage : «C’est réglé comme une lettre à la poste», mais plutôt de verser dans celui de tenir la dragée haute aux Marocains.
Ceci étant, la deuxième remarque qui saute aux yeux dans ce feuilleton  a trait à l’illégalité de l’acte d’immobilisation des véhicules stationnés dans les rues et avenues via la pose de sabots.
Pis encore, l’administré en question, qui a payé 3 DH pour une heure et demie dans la ruelle Laymouna, limitrophe à l’annexe la Cour d’appel de Casablanca, n’a pas prêté attention au ticket qui a glissé du tableau de bord de son véhicule pour se poser sur le siège. Du coup, il a été victime de la pose du fameux sabot bien qu’il ait été en règle et ce, sous le prétexte fallacieux du «On n’a pas vu le reçu».
Après une prise de bec, le citoyen n’avait pas d’autres choix que de payer sans coup férir pour pouvoir vaquer à ses occupations après avoir galéré à fond.
Contacté par Libé, l’avocat Hassan Annouassi nous a expliqué que «légalement le fait d’exploiter les places de stationnement sur des zones spécifiques en contrepartie du versement d’un montant d'argent par les propriétaires de véhicules ou encore de mettre sous séquestre des voitures tout en imposant un paiement en échange de l'enlèvement du sabot, ne relève absolument pas des prérogatives de personnes morales de droit privé mais plutôt de la police administrative communale».
De quel droit, alors, l’actuel Exécutif permet à la commune urbaine de Casablanca, à titre d’exemple, de déléguer une prestation aussi saugrenue? Disons-le tout net, les contribuables en ont marre de payer les pots cassés. Ils ne sont pas non plus dupes, ils savent pertinemment que c’est dans le but de leur soutirer plus d’argent qu’ils ont trouvé cette panacée. Au grand dam des Marocains, ils vivent dans un système de corruption généralisé qui a été mis en branle depuis belle lurette. Primo, des gardiens, portant aussi la casquette d’indic, ont été éparpillés un peu partout dans les grandes villes. Pour rétribuer ces derniers, l’Etat a jugé opportun d’impliquer les citoyens à travers les deux, trois et même cinq dirhams ou davantage à verser au sortir de tout lieu stationnement non payant. Cependant, la présence de ces gardiens est tout aussi illégale car leurs autorisations spécifient, en général, qu’ils sont «gardiens de nuit » alors qu’ils sévissent en plein jour.
Secundo, comme si ce n’était pas déjà assez, les collectivités locales ont jugé nécessaire de mettre en place des horodateurs et de déléguer ce service à des sociétés privées pour qu’elles puissent, à leur tour, presser comme une orange tout citoyen désireux de parquer sa voiture. Mais quid donc du paiement de la vignette auto (Taxe spéciale annuelle sur les véhicules automobiles) ? Cette dernière n’est-elle pas censée permettre aux automobilistes de circuler et de stationner à leur guise, mais tout en respectant le Code de la route bien évidemment ? Une autre question s’impose : où vont les recettes de ces nouvelles formes d’exploitation des citoyens ?
Pavé dans la mare, le Marocain se fait racketter au vu et su de tout le monde et n’a pas le droit de piper mot. Il voit les décisions de justice foulées aux pieds par les édiles locaux et ne peut faire de même. Mais ce n’est pas par peur que le citoyen obtempère mais plutôt parce qu’il est blasé par tous ces malheurs et cette espèce d’injustice exagérée. Pas étonnant qu’il soit si dégoûté.  

Meyssoune Belmaza
Samedi 4 Juin 2016

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