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Ouafa Hajji, présidente de l'Internationale socialiste des femmes : “Il faut s'investir pour contrecarrer la lame de fond conservatrice”




Ouafa Hajji, présidente de l'Internationale socialiste des femmes : “Il faut s'investir pour contrecarrer la lame de fond conservatrice”
Le couronnement d’une
brillante carrière, une avancée dans un long parcours.
Des expressions toutes aussi fortes les unes que les autres
mais qui ne traduisent pas
assez le parcours atypique
de Ouafa Hajji. Il n’y  a pas
de miracle, le travail,
la crédibilité, la persévérance finissent par payer.
Ouafa Hajji en est l’exemple vivant. Cette militante dans l’âme a été propulsée
au-devant de la scène pour
présider aux destinées d’une
des organisations les plus
prestigieuses sur le plan
international.
Depuis près d’un mois,
elle est devenue la nouvelle
présidente de l’Internationale socialiste des femmes.
Une mission ardue et un défi qu’elle est prête à relever 
d’autant plus que c’est
la première fois qu’une telle
fonction est occupée par une
Arabo-africaine. Un profil qui
est loin d’être habituel.
«Ma candidature à la présidence de l'Internationale socialiste des femmes, de par mon engagement au sein de l'ISF, s'inscrit dans
ma volonté de relever les défis
de grande ampleur qui nous
attendent».
Une élection accueillie par un vibrant hommage au sein de l’USFP et avec beaucoup  de fierté par les femmes. Un bol d’air frais en somme. L’occasion pour la nouvelle présidente de démontrer que les femmes sont dignes de la confiance qu’on daigne leur accorder. Ce qu’elle n’aura pas de mal à faire puisqu’elle évolue  avec aisance dans les centres
de décision de Bank
Al-Maghrib en qualité
de directrice de succursale.
Le qualificatif de chef de file lui sied à merveille.
La question de la femme
a toujours été son cheval de bataille en tant que
militante d’abord au sein de l’USFP et puis en intégrant l’ISF. Deux casquettes qui  l’aident à mieux  mener son combat.
A travers elle, on peut prendre le pouls du mouvement féministe. Des retombées du  Printemps arabe sur la condition des femmes en passant par leur statut avant d’arriver finalement au rôle
que peut jouer l’ISF
pour promouvoir le mouvement féminin, un large éventail
que Ouafa Hajji a ouvert
à nos lecteurs.


Libé : Votre candidature et votre désignation constituent une véritable avancée pour la cause féminine. Elle vient à point nommé dans une conjoncture assez morose

Ouafa Hajji : Disons que c'est une candidature qui  est un peu naturelle parce que je me suis énormément investie au cours des dernières années, à travers de nombreuses contributions. Plusieurs organisations ainsi que la présidente sortante et  les responsables de l'USFP m'ont encouragée à mettre  mes compétences à contribution à la tête de l'Internationale socialiste des femmes. Ma candidature a été déposée en mai dernier sans pour autant savoir s'il y avait d'autres candidatures prévues. Les candidates potentielles se sont toutes désistées et ont préféré me soutenir. Finalement, à Cap Town, ma candidature à été votée à l'unanimité. C'est une grande avancée vu que c'est la première fois qu'une femme africaine et arabe de surcroît,  est à la tête de  cette institution. Un profil différent de ceux dont on a l'habitude. C'est un signal fort pour le Maroc qui  se distingue dans la région par la marche vers la démocratie qu'il a entamée. C'est aussi un message pour la Méditerranée dans toutes ses composantes. Et c'est surtout un message fort pour l'USFP et les femmes ittihadies


Un vent de changement a soufflé sur la région arabe à travers le Printemps arabe. Ses retombées ont-elles été bénéfiques pour les femmes ?

Le Printemps arabe a effectivement suscité beaucoup d'espoir au sein des pays arabes avec tous les événements qu'il a  engendrés et qui ont été concrétisés par l'avènement d'une démocratie. Les femmes y ont beaucoup contribué. Elles étaient présentes dans les manifestations et ont porté haut et fort leurs voix. Aujourd'hui, elles sont plutôt désorientées parce que tous leurs acquis risquent  d'être remis en question. Pourtant, les élections ont bien eu lieu dans ces pays. Mais en même temps, on n'a pas mis en place les mécanismes nécessaires pour une contribution des femmes.  Il  va sans dire qu'une démocratie ne peut être complète si elle ne repose pas sur ses deux pieds, à savoir l'homme et la femme. La lame de fond conservatrice qui traverse ces pays peut constituer une menace pour l'avancée des femmes. Il faut donc trouver les moyens les plus adéquats pour contrecarrer ces mouvements. Mener la bataille avec beaucoup de solidarité entre les femmes de ces pays.  Ce sera sans doute l'un des axes de travail de l'ISF. Soutenir et appuyer les mouvements progressistes dans la région et faire en sorte que la femme ne soit pas l'oubliée de ce Printemps arabe. C'est un combat qui concerne toutes les femmes qui doivent s'organiser et être solidaires. Elles devraient installer un réseau.

Finalement, la question de la femme est d'abord politique

Bien sûr. Il faut une volonté politique. Les organisations peuvent intervenir et essayer de plaider la cause des femmes pour que les mécanismes de la parité et de l'égalité soient inscrits dans les Constitutions de leurs pays. En Tunisie, dans l'assemblée constituante, on en est à parler de la complémentarité. Un vrai retour en arrière. Le soutien de l'Union européenne voire l'aide au développement devraient être conditionnés par une meilleure prise en charge de la question de la femme. Mais cela demeure un soutien et le principal combat devrait être mené par les femmes. Il faut une solidarité active entre les sociétés concernées. Les femmes doivent s'investir pour contrecarrer cette lame de fond conservatrice pour œuvrer à la mise en place de projets de société modernes. C'est un combat long qui s'annonce difficile et qui ne peut être mené que si nous sommes organisées et que toutes les forces vives de la nation s’y investissent. Il ne faut pas que les femmes soient seules. Personnellement, je considère que la question de la femme est au cœur de la démocratie. C'est au champ politique de prendre les choses en main. Pour le cas du Maroc, nous avons une Constitution très avancée en la matière et qui parle d'égalité et de la marche progressive vers la parité. Il incombe au gouvernement et aux partis politiques de veiller à la mise en œuvre de la Constitution dans son esprit.  Les partis politiques devraient donner l'exemple en instaurant la parité à l'intérieur de leurs instances.

Il en a été de même lors de la formation du gouvernement...

C'est une erreur politique due à des négociations mal menées et on n'a pas fait attention à cet aspect de la question. Un retour en arrière dans la région pouvait  être mal interprété et ça l'a été aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. J'espère qu'il y aura moyen de se rattraper surtout que c'est un gouvernement qui vient juste après la nouvelle Constitution. Le message est en fait très négatif. Je reviens aux partis politiques qui devraient donner ce même message dans leurs congrès voire leurs instances qu'ils soient au gouvernement ou dans l'opposition. Le mouvement féministe est très actif au Maroc, il y a une organisation, beaucoup de recommandations. Un combat est mené pour que l'Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination  voient le jour. C'est une grande attente de la société, c'est clair. Si cette mobilisation ne se fait pas, nous risquons d’étouffer de tuer dans l'œuf le processus qui a été amorcé avec la mise en place de la nouvelle Constitution.

C'est la mise en application qui pose justement problème. Il y a eu beaucoup d'hésitations, des couacs.

C'est une période de transition  qui s'annonce cruciale. Il est normal que pour bien faire les choses l'on prenne du temps. Mais à côté, il y a des  deadline. Les  élections de 2013 approchent et nous n'avons pas le droit de les rater. D'ici la fin de l'année donc beaucoup de chemin devrait être fait. Il faut être vigilant. Nous avons besoin de la formation d'un grand front de progressistes ; un front uni pour que le projet de société tracé depuis plusieurs années continue.

Donc vous êtes plutôt optimiste de nature ...

De nature, je suis optimiste tout en restant très réaliste. Il est sûr que dans ces premiers pas, nous n’allons pas tout réussir. Il faut réussir l'essentiel. Une démocratie est une construction de longue haleine. Il est possible qu'il y ait des ratages, réadaptés par la suite. Par contre, il y a des sujets sur lesquels il faut être très exigeant comme la question de la femme.

De quelles femmes parle-t-on ? N'oublions pas celles qui sont touchées par l'exclusion, et l'analphabétisme et l'éloignement.

Ce n'est pas parce qu'on est analphabète ou qu'on vit dans le monde rural qu'on ne connaît pas ses droits. Ce n'est pas systématique. Quand on dit qu'avec la mondialisation le monde est devenu un village planétaire, c'est une réalité. Maintenant, c'est vrai que l'analphabétisme voire l'éloignement peuvent provoquer un décalage dans la connaissance. Là, c'est encore une fois la responsabilité du gouvernement. Il faut une politique publique susceptible de répondre à ces attentes. Une politique publique à même de transmettre et d'informer sur les nouveautés. Quand vous voyez nos médias, ce n'est pas forcément le cas. Ils ne jouent pas le rôle qui leur incombe. C'est aussi la responsabilité des partis politiques dans leur encadrement de la société à travers une politique de proximité. Une présence régulière auprès des comités de quartiers s'impose afin qu'ils puissent accentuer leur rôle de sensibilisation. Sinon le taux de participation aux prochaines élections  en pâtira. En fait, il n'y a pas de secret. La proximité, la légitimité, la crédibilité paient. C'est une construction qui prend du temps. Maintenant peut-être que nous en tant que pays, nous n'avons pas beaucoup de temps et nous devons l'optimiser et être rationnels dans la manière de l'utiliser. Notre gouvernance politique a besoin d'aller plus vite afin de dépasser cette conjoncture un peu morose.

En parlant de conjoncture morose,  la crise économique qui s'est invitée dans notre pays n'a pas épargné les femmes plus touchées par la précarité. Que faut-il entreprendre pour mieux les préserver ?

Cette crise devrait être une opportunité pour être plus ferme et adopter des politiques publiques à même de diriger le Maroc vers une évolution plus positive, et partant se positionner sur d'autres marchés.  C'est vrai que le Maroc a subi l'impact de la crise à travers les équilibres fondamentaux, les finances publiques et  la balance publique. Il faut cependant avouer que par rapport à d'autres pays, il dispose d'une situation économique plus florissante ; le taux de croissance n'étant pas négatif et l'inflation maîtrisée. Encore faut-il saisir tous ces atouts pour donner une nouvelle dynamique au pays.  Généralement, les périodes de crise sont toujours des opportunités. Il ne faut pas les vivre de manière négative. Il faut s'investir aujourd'hui pour remettre les indicateurs au vert. D'un autre côté, force est de constater qu'il y a une féminisation de la pauvreté. Les inégalités touchent de ce fait beaucoup plus les femmes parce qu'elles sont moins formées. Là aussi des politiques sociales doivent être adoptées  pour éviter que les personnes sombrent dans la pauvreté  totale. La société civile a mis en place des mécanismes selon les moyens dont elle dispose. Il y a aussi l'INDH qui a installé des projets de lutte contre la précarité.

… Et puis l’Internationale socialiste des femmes est là !

Oui à travers l'appui qu'elle apporte aux différentes organisations nationales. C'est un cadre d'échanges au niveau international sur des pratiques qui ont été mises en place pour la lutte contre la précarité des femmes dans d'autres pays. Il y a donc  possibilité de les tester chez nous.

Quels sont les défis que l'ISF s'apprête à relever?

Il y a la crise économique et son impact et il y a des défis qui remettent en cause les droits des femmes même dans les pays développés. La nécessité s'impose de trouver des réponses à cette vulnérabilité grandissante. Ce sont  aussi les défis de la diversité du monde, ceux de la compréhension de la tolérance, de l'acceptation de l'Autre. Il y a toute une réflexion à ce niveau pour faire de la diversité une richesse et non un handicap. Et bien sûr la violence contre les femmes constitue une préoccupation mondiale qui se manifeste de façon plus accentuée en période de crise. Avec l'austérité et la perte d'emploi, l'agressivité est plus grande.

Un autre aspect de la violence prend la forme de l'excision pratiquée au nom de la religion.

L'excision est condamnée de façon ferme par l'ISF et qui ne correspond en fait à aucune pratique religieuse. C'est plutôt une coutume. Il faut qu'on parvienne à mettre en place une approche des aspects religieux qui soit apaisée et qui se fasse dans la sérénité et non dans le conflit et la violence. C'est un long travail de société qui doit être mené par tous les intellectuels. Comment aborder les questions ayant trait à la religion de manière zen et dans un cadre de dialogue. Partout dans le monde, il faut qu'il y ait des institutions à même de rendre à la religion la place qui lui revient dans un respect total de la liberté d'expression. Personnellement, je considère que la religion est un acte de foi personnelle.

Que pouvez-vous nous dire d'autre à propos de l'ISF?

L'ISF existe depuis 1907, c'est une référence au niveau international. Elle est à l'origine de beaucoup de réalisations qui  ont été reconnues au niveau international. Elle a servi à mettre en place le quota dans plusieurs partis à commencer par l'USFP qui a appliqué le tiers sur sa recommandation. Aujourd'hui, nous avons décidé au sein du Congrès de passer à la vitesse supérieure et de demander la parité par les partis membres. C'est un combat avec des hauts et des bas et que nous menons ensemble dans une période difficile.

Propos recueillis par Nezha Mounir
Jeudi 20 Septembre 2012

Lu 1416 fois


1.Posté par chagneau le 22/09/2012 23:50
J'adhère à votre combat pour l'émancipation des femmes , intégré au Maroc ou j'ai une maison dans une ville ordinaire et non pas de baufs style marrakech ou agadir je peu vous dire que les femmes aspirent à une vraie autonomie .Sans me vanter nous avons réussis dans la famille qui nous acceuillie à faire évoluer les mentalités et réunir hommes et femmes aux repas.Par contre à l'extérieur nous nous plions aux contraintes tradionnelles ,Hélas.

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