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« Mouatamid Bnou Abbad » renaît de ses cendres : A Larache, un ancien élève réhabilite son école en ruine




« Mouatamid Bnou Abbad » renaît de ses cendres : A Larache, un ancien élève réhabilite son école en ruine
Au quartier Kilito, à Larache, l'école  est devenue un motif de fierté.  L'établissement scolaire « Mouatamid Bnou Abbad » jaillit comme une lueur d'espoir.
Ici, entre des maisons de fortune et les logements sociaux, on vit dans la précarité. Ou presque. On travaille dur, et la vie est loin d'être facile. Le quartier a changé de nom. On l'appelle « Hay Al jadid ». Mais, au fond,  rien n'a changé. Depuis toujours, ce sont les familles démunies qui y vivent.  Entre chômage et pauvreté, on a appris à vivre d'expédients et de petits boulots. Les enfants sont livrés à eux-mêmes, le savoir n'est pas exactement une priorité. « De toutes les façons, que feront-ils plus tard ? Diplômés chômeurs devant le Parlement.» La fatalité est souvent appelée à la rescousse. Une manière déguisée et voilée de baisser les bras, de ne plus se battre, de laisser la médiocrité prendre le dessus.
L'école primaire Mouatamid Bnou Abbad a pendant longtemps, trop longtemps souffert de cette fatalité. L'établissement scolaire, qui a accueilli ses premiers élèves en 1933, menaçait ruine. Pas de latrines, des salles de cours insalubres et sans lumière, pas de terrain de sport et des instituteurs forcément démotivés dispensant les cours à des élèves pas vraiment enthousiastes.
En 2006, le directeur de l'établissement tire la sonnette d'alarme. Il choisit, lui,  de ne pas baisser les bras et alerte un ancien élève de « Mouatamid Bnou », qui y a obtenu son certificat d'études en 1964,  aujourd'hui célèbre chirurgien à Rabat.  L'homme fait le voyage à l'envers et  retourne sur les lieux de son enfance. La visite de  son ancienne école est un véritable choc. « Je n'arrivais pas à réaliser que l'établissement était dans un tel état de vétusté. Comment pouvait-on en arriver là ? Je n'arrêtais pas de me poser la même question : comment des enfants peuvent poursuivre une scolarité normale, apprendre valablement dans un tel environnement ? »
Très vite, sa décision est prise. Il faut sauver l'école Mouatamid Bnou Abbad. L'ancien élève multiplie les contacts tous azimuts pour retaper la bâtisse. « Il fallait construire les toilettes, réparer les fenêtres, repeindre, bref redonner un minimum d'humanité à cette école. J'ai pris attache avec les entrepreneurs de Larache. Je les ai sensibilisés. Ils ont accepté de m'accompagner dans cette aventure ».
L'écrivain Choukri y a fait ses premières classes
Les mois passent. L'école change petit à petit. C'est un travail de longue haleine. Il faut tout le temps appeler, relancer, sensibiliser. Pour que des enfants s'en sortent et surtout, sourient à la vie. « Aimer l'école, son école, est un vrai début pour s'en sortir », a coutume de dire ce mécène de Larache, lui-même issu d'un milieu défavorisé. A la rentrée scolaire 2007, enfants et instituteurs découvrent une école presque neuve. « Avec des toilettes et des salles de cours peintes en blanc », se souvient, presque émerveillé, un gosse du quartier Kilito.
L'année suivante, l'ancien de « Mouatamid bnou Abbad » devenu blouse blanche installe une salle multimédia. Des entreprises ont été appelées à contribution en plus de son apport personnel, sonnant et trébuchant. Les élèves découvrent, un an avant le lancement du programme « génie » du ministère de l'Education nationale, les mystères de l'informatique. Une bibliothèque est également montée. Elle porte le nom de Mohamed Choukri. L'auteur du «Pain nu» a fait, lui aussi, ses premières classes au sein de cette école.  Une petite salle a été réaménagée en bibliothèque et salle de lecture et est régulièrement approvisionnée en livres. « Il faut donner goût à la lecture, dès le plus jeune âge. Les livres m'ont permis de voyager, d'apprendre, et aussi de ne pas rester accroché à la misère économique et intellectuelle », répète à l'envi notre interlocuteur.
Quelques mois plus tard, un terrain de sport est aménagé après que la cour, jusque-là en terre battue, a été dallée. Des équipes de foot-ball, de volley-ball et de hand-ball, dûment équipées ont été constituées. Le conseil municipal est sollicité par cet ancien élève bien introduit dans les arcanes de l'édilité. Des arbres sont plantés. Les enfants de Kilito ont droit, enfin, à la verdure.
« Il faut réhabiliter le mérite et l'ascenseur social »
Puis il y a le plus important. C'est-à-dire inculquer la culture du mérite voire de l'excellence chez ces élèves de l'école « Mouatamid bnou Abbad », citoyens de demain. Celui qui a décroché son certificat d'études primaires ici-même a instauré la tradition des prix de fin d'année. Une cérémonie est organisée. Les parents d'élèves sont conviés. Des prix sont décernés aux plus méritants. « Cette cérémonie qui est préparée des mois à l'avance parce que les élèves donnent un spectacle est un vrai rendez-vous. Aujourd'hui, des familles dont les élèves sont inscrits dans d'autres écoles veulent nous rejoindre ici. Juste pour vivre ce moment de fierté, disent-ils, de voir l'un de leurs gosses recevoir un prix. Il y a une vraie compétitivité non seulement entre les élèves mais aussi entre les parents », témoigne le directeur de l'école qui rappelle non sans fierté que le taux de réussite au certificat d'études primaires de ses élèves a doublé, passant de 48% en 2004 à près de 86% en 2008.  
Cette année, 789 filles et garçons poursuivent leurs études primaires dans cette école qui compte 24 profs et 15 salles de cours dont deux dédiées à l'informatique. Depuis 2006, c'est-à-dire depuis que cet établissement scolaire est revenu  à la vie, le nombre de nouvelles inscriptions n'en finit pas d'augmenter. Si en 2002, 72 nouveaux élèves ont rejoint l'école, en 2009, ils sont 142. « Le système de la carte scolaire a fort heureusement fixé le nombre de nouvelles inscriptions à 137 », rappelle le directeur.  « On peut être issu d'une famille défavorisée, vivre dans la précarité et réussir. J'en suis la preuve. Je crois à l'ascenseur social, au mérite, à l'effort. C'est ce que je voudrais que ces enfants retiennent par-dessus tout », renchérit l'ex-gosse de Kilito.
Lieu de savoir mais aussi espace ouvert à l'apprentissage de la vie, les élèves de « Mouatamid bnou Abbad » ont adhéré aux clubs de l'école. Citoyenneté, environnement et santé, ce sont là autant de causes dans lesquels ils s'investissent désormais et donnent leur avis qu'ils publient dans des journaux muraux.
En mars prochain, l'école rend hommage à cet ancien qui a fait revivre « Mouatamid bnou Abbad ».  Une commémoration qui s'inscrit dans le cadre du programme d'urgence du ministère de l'Education nationale pour que les générations passées servent de modèles à celles de demain. Il est toujours dangereux que des enfants  grandissent sans modèle ni héros.

Reportage réalisé par Narjis Rerhaye
Mardi 16 Février 2010

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