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Matjaz Gruden : Des menaces planent sur la liberté d’expression




Quelque 300 participants, conviés à une conférence organisée à Strasbourg au mois
d’octobre dernier – ouverte aux médias,  ont  examiné les graves implications des récents
événements tels que l’assassinat des journalistes de Charlie-Hebdo, commis à Paris en
janvier dernier sur la liberté d’expression.
Ont pris part à cette conférence des avocats, des  juges de la Cour européenne des droits
de l’Homme, des juges des tribunaux nationaux, des journalistes et des représentants
d’organisations de défense de la liberté des médias, de gouvernements et d’organisations
internationales.
Les participants se sont demandés si l’Europe n’est pas en train de glisser vers
la criminalisation de la liberté d’expression en réponse aux discours de haine.
Ils se sont interrogés aussi sur les moyens de lutter contre le terrorisme tout en respectant
la liberté d’expression sur Internet, et sur les incidences de la surveillance de masse
sur la liberté d’expression.
Ci-dessous un entretien avec Matjaz Gruden, directeur de la plateforme politique
du Conseil d’Europe.
 
Libé: La plateforme pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes a été créée récemment par le Conseil de l'Europe pour faciliter la diffusion rapide d’alertes sur les menaces visant des journalistes et permettre ainsi une action préventive efficace. Quel bilan faites-vous de votre action après 6 mois d’existence ?

Matjaz Gruden : On peut dresser un premier bilan même si la mise en place de cette plateforme est récente.  On a atteint les premiers objectifs, mais on a encore des ambitions à accomplir : mettre en œuvre la plateforme et le  partenariat avec la société civile en vue de rassembler les informations concernant les menaces qui pèsent sur la liberté d’expression. C’est inédit  dans le fonctionnement des organismes intergouvernementaux.
Est-ce que la plateforme a constaté de graves violations dans les pays du Conseil de l’Europe ou dans les pays voisins?
Rien que pour l’année 2015 qui n’est pas encore finie, on a constaté avec regret le décès de 11 journalistes en Europe. C’est une situation très grave et d’autres menaces pèsent encore sur la région.
La tendance qui émerge est qu’il y a encore des difficultés et des menaces quant au fonctionnement et à la liberté d’expression dans certains pays membres. Je crois que le tableau n’est pas rose et nous avons  de nombreuses raisons de nous inquiéter. C’est la conclusion du secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorbjørn Jagland. Cette situation est derrière la création de cette plateforme et la question de la sécurité n’est pas satisfaisante pour la moitié des pays membres.

La plateforme alerte-t-elle  le Conseil d’Europe sur cette situation alarmante de la liberté d’expression dans la région ?

La plateforme nous permet de recueillir les informations d’une façon rapide et efficace et de les mettre en lumière. Mais il y a aussi  le manque de réponse soit par le Conseil d’Europe ou d’autres organisations partenaires. Dans un premier temps, on diffuse l’information sur un lieu accessible à tout le monde. Cela est important, car grâce à cela nous pouvons parfois exercer une certaine pression pour régler des situations.

La protection des données personnelles sur Internet a été soulevée lors de votre conférence à Strasbourg au Conseil de l’Europe. Cette menace sur les données personnelles est-elle exercée par les grandes entreprises d’Internet ou par les Etats, comme les révélations faites par Snowden? Que proposez-vous au Conseil de l’Europe pour faire face à cette nouvelle menace et aux incidences de la surveillance de masse sur la liberté d’expression?

On vit dans une société qui a parfois des difficultés à ajuster ses attitudes et ses règles de conduite avec un développement de plus en plus rapide de la technologie. Les règles sont acceptées et respectées par tout le monde, mais tout cela a été bouleversé par l’avancée rapide de la technologie. Il faut qu’on travaille au niveau du Conseil de l’Europe sur notre arsenal normatif de protection de la vie privée, afin de  l’adapter à cette nouvelle situation imposée par Internet et les nouveaux moyens technologiques.

Est-ce que les Etats et le Conseil de l’Europe aujourd’hui sont en mesure de préserver la vie privée des personnes et leurs données personnelles ?  La  suite des révélations de Snowden montre pourtant que cela est devenu impossible. Est-ce que les Etats sont aussi capables d’imposer et de faire respecter la loi à des entreprises universelles comme Google et Facebook ?

Les capacités, on peut les développer. La coopération internationale est indispensable, un Etat tout seul ne peut pas faire face à ces défis. Si chaque pays agit individuellement, c’est voué à l’échec. Les efforts qui sont déployés par des organisations comme le Conseil de l’Europe sont essentiels. Avec une coopération très étroite au niveau international, on peut très certainement  avancer.

Comment évaluez-vous la situation de la liberté de la presse dans la rive Sud de la  Méditerranée,  surtout au Maroc, pays qui a le statut de partenaire démocratique du Conseil de l’Europe ?
Avec le Maroc, nous avons  une coopération très étroite dans le cadre de notre politique de voisinage. Nous avons mis en place un grand nombre de programmes comme dans le domaine des droits de l’Homme. Mais nous n’avons pas les moyens de vérifier ou de constater l’avancement des choses sur place, comme on le fait pour les pays membres du Conseil de l’Europe.

Les pays membres du Conseil de l’Europe sont entourés par un voisinage instable. On connaît la situation en Syrie, en Egypte, en  Libye, en Algérie, en Ukraine et en Turquie. Comment la plateforme suit-elle les questions de la liberté de la presse dans cette région ?

Vous avez mentionné des pays où nos capacités d’action  sont très différentes. La Turquie et l’Ukraine sont membres du Conseil de l’Europe et ces pays sont liés par la convention des droits de l’Homme.
A ce titre, ils sont obligés de respecter  tous les articles de la convention et la protection de la liberté d’expression. Cela nous donne un outil efficace  pour que ces  droits soient respectés grâce notamment à la  Cour européenne des droits de l’Homme. Pour les autres pays de la région que vous avez cités,  cette possibilité n’existe pas, parce qu’ils ne sont pas concernés par cette  convention.
Pour avoir une influence positive, nous pouvons nous engager dans des opérations précises,  comme nous le faisons par exemple avec le Maroc, la Jordanie et la Tunisie dans des domaines comme la démocratie et les droits de l’Homme. Grâce à cette coopération,  on peut jouer un rôle positif.

Propos recueillis par Youssef Lahlali
Mercredi 30 Décembre 2015

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1.Posté par petite touffe ensolleillé le 15/01/2016 15:39
j'aime beaucoup la politique et les biscottes

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