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Liquidation SAMIR : Grandeur et décadence




Le verdict rendu par le tribunal de commerce de Casablanca le lundi 21 mars est tombé tel un couperet: la mise en liquidation judiciaire de la Samir, seule et unique raffinerie de produits pétroliers du Maroc, avec un démarrage de la procédure prévu d’ici juin prochain.
Ainsi, ce sont des milliers d’employés qui se retrouveront sur le pavé. C’est la ville des fleurs, en l’occurrence Mohammedia où grouillaient commerce et échanges, qui fanera forcément et ce, sans parler de l’économie nationale qui en pâtira incontestablement…En effet, la liste des conséquences de la situation de la Samir est loin d’être exhaustive.
En effet, à Mohammedia, le marché de l’emploi est déjà mal en point avec un taux de chômage urbain qui est de 14,2%, soit quatre points de plus qu’à Casablanca. Pis encore, c’est le taux le plus élevé dans tout le Grand Casablanca. «L’entreprise a mis fin aux contrats avec plusieurs sous-traitants, de facto, des milliers d’emplois ont été perdus à Mohammedia», avait annoncé officiellement Houssine Yamani, du collectif syndical à la Samir, en ouverture du meeting organisé dans la ville des fleurs, le 13 février dernier par le Front local pour le suivi de la crise de la Samir. Et ce n’est pas tout. La mise en liquidation d’une entreprise porteuse d’une dette estimée à plus de 40 milliards de dirhams (MMDH), capitale aussi sur le plan industriel national et cotée à la bourse de Casablanca, est, sans contexte, un cataclysme pour l’économie et les finances nationales, fussent-elles privées ou publiques. En clair, la Cour, qui a considéré que la situation de l’entreprise est tellement critique qu’elle ne peut plus être sauvée, a opté pour une décision, apparemment logique suite à la banqueroute financière de l’entreprise dont l’actionnaire est le groupe saoudo-suédois Corral en sus de l’arrêt de l’activité de la raffinerie depuis août 2015, mais qui demeure aux répercussions considérables.
Néanmoins, même s’il est vrai que le tribunal de commerce de Casablanca a tout de même autorisé le raffineur à poursuivre son activité pendant trois mois et que le secteur des hydrocarbures ne devrait pas être impacté par cette opération vu les capacités des distributeurs à importer les produits de l’étranger, il n’en demeure pas moins que l'effet domino sur les créanciers du raffineur semble, pour sa part, inévitable. En décodé, d’un côté, l’on a tous les créanciers de la Samir qui seront dans la panade en subissant la perte sèche de leurs créances et de l’autre, il est évident que la Samir étant liquidée, le lobby des importateurs de carburants emporte automatiquement la mise en attendant que celui de l’immobilier prenne le relais.
En effet, sur le plan financier, le secteur bancaire souffrira, eu égard, primo, à son  exposition aux risques de la SAMIR, d’ores et déjà, évalués à plusieurs milliards de DH et secundo, l’éventualité de ne jamais récupérer son dû, vu que les créances envers l’Etat sont déjà très douloureuses puisque ce dernier est un créancier de première main…
Pavé dans la mare, cette liquidation renseigne sur un flop patent d’une privatisation très mal conduite à coups de malversations et intrigues de toutes sortes, dénoncées en temps opportun par la presse nationale certes, mais qui ont tout de même débouché sur un désastre incommensurable. Assurément, l’actuel Exécutif se doit d’essayer de prendre les mesures idoines afin de sortir de l’ornière, toutes les malheureuses victimes de cet état de fait, tout en évaluant les dégâts réels que cet arrêt risque de provoquer sur l’économie nationale.
Dans une réaction à chaud, le député USFP de Mohammédia, Mehdi Mezouari, a qualifié le jugement du tribunal de commerce de Casablanca de «mise à mort de la ville» puisqu’il «jettera plus de 6.000 cadres et employés à la rue et fera du pays une proie facile pour les nouveaux spéculateurs du secteur des hydrocarbures ». Et de souligner que cette décision de justice a condamné à mort ce symbole qu’est la SAMIR sans  inquiéter outre mesure les responsables de ce désastre qui ont accumulé des fortunes colossales qu’ils ont détournées vers l’étranger au vu et au su de tout le monde. Il a également annoncé qu’il demandera au gouvernement de s’excuser de ne pas avoir tenu ses engagement et de faire accroire que la SAMIR ne sera pas liquidée, que les droits de ses  employés seront garantis et que le raffinage du pétrole constitue un choix stratégique pour le Maroc.

Tout un symbole...

L’histoire de la SAMIR est indissociable de l'histoire de la décolonisation politique et économique du Maroc.
En 1958, Abderrahim Bouabid, alors ministre de l'Economie nationale et de l'Agriculture au gouvernement Ahmed Balafrej, signe un accord qui allait, par la suite, permettre la mise sur pied de la SAMIR.
Celle-ci a été créée en 1959 par l'Etat marocain, représenté par le Bureau des études et des participations industrielles (BEPI) et l'Office italien des hydrocarbures (Ente Nazionale Idrocarburi (ENI) en joint-venture avec la compagnie AGIP.
Sa création répond ainsi à une volonté politique d'émancipation de l'économie marocaine et elle a pu voir le jour notamment grâce à la volonté de l'industriel italien Enrico Mattei alors dirigeant d’ENI, qui a offert un partenariat à 50/50, très différent des formes de concession normalement proposées par les grandes compagnies pétrolières (15/85).
En 1997, l'entreprise est privatisée.
En août 2015, elle croule sous les dettes et suspend ses activités.

 

Meyssoune Belmaza
Mardi 22 Mars 2016

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1.Posté par Malik le 21/03/2016 22:19
Lorsqu'on privatise une société de cette taille , il ne faut pas prendre en considération uniquement le cash apporté par les nouveaux actionnaires mais aussi leur aptitude à gérer. Et les saoudiens ne sont pas les mieux placés. Encore un problème de mauvaise gouvernance et contrôle interne défaillant qui a permis des maversation et une gestion opaque d'une grande société marocaine. Quand l'incompétence cotoie le copinage et le clientélisme , voilà ce qui arrive!

2.Posté par hamadi le 22/03/2016 11:55
Puisque la cour de justice demande la liquidation il faudrait au préalable, vue le montant des créances et le centaines de familles des travailleurs menacées de précarité, déterminer les raisons de la faillite par des structures de contr^le de l'Etat dont c'est la mission, en premier lieu la Cour des Comptes et l'inspection générale des finances.Je suis étonné qu'il ne soit pas posés les questions sur les raisons et les responsables, le cas échéant, de cette faillite, avant de condamner cette firme à disparaître .Ce phénomène des faillites subites n'est pas récent ces 5 dernières années ( on se rappelle le cas de la COMANAV causé par des passes- droits et détournements voire pillage de ses biens). Les causes de l'effondrement sont dû certainement à la mauvaise gestion mais aussi à la responsabilité de certaines administrations qui ont laissé trainer leur créances entrainant une accumulation de la dette de SAMIR.la mauvaise gestion est d'autant plus vraisemblable que les prix des carburants pratiqués au Maroc ces 5 dernières années ont connu des hausses faramineuses et normalement à samir de de faire des marges.la rentabilité de samir sur les 10 dernières années est donc à éplucher par la cour des comptes et les entités étatiques chargé de la question stratégique de l'énergie - est donc responsable de la samir en tant qu'instrument essentiel de la couverture du pays en produits pétrolier, gaz butane et produits dérivés pour l'immobilier. L'Etat doit donc intervenir pour clarifier les causes à la faillite de samir, récupérer les capitaux et créances, et mettre en place un plan de restructuration à moyen terme pour refaire de samir,qui plus qu'un l'instrument de raffinage et un outil de préservation de l'indépendance énergétique de notre pays.

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