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Les migrants, une aubaine pour le Maroc ?


Les vérités escamotées par une enquête ministérielle



Le Maroc est-il un pays  de transit ou d’accueil des migrants subsahariens ? 26,5% de ceux-ci y ont séjourné pendant deux ans, 20,9% une année, 10,5% moins d’une année et 14,2% entre cinq et neuf ans, a révélé une enquête du ministère des MRE et Affaires de la migration présenté récemment à Rabat. Des résultats qui rappellent ceux de l’enquête réalisée en 2007-2008 par l’Association marocaine d’études et de recherches sur les migrations (AMERM) qui  a indiqué que la durée moyenne de séjour des migrants subsahariens au Maroc est d’environ 2,5 ans.
« La question de transit reste une étape dans le projet migratoire qui ne dure que quelques mois. Et du coup, est-il approprié de qualifier des personnes installées durant deux, quatre, dix ou douze ans au Maroc de migrants en transit ? », s’est interrogé Mohammed Khachani, professeur à l’Université Mohammed V Rabat et secrétaire général de l’AMERM. Et de préciser : « Le Maroc est devenu un pays de migration par défaut. On est condamné par la géographie. Les migrants cherchant à faire la traversée vers l’Europe sont obligés de passer par notre pays. Ceci d’autant plus que la fermeture des frontières européennes ainsi que la coopération maroco-espagnole ont rendu pratiquement impossible le franchissement du Détroit. Il faut noter également que l’option du retour de ces migrants vers leurs pays d’origine est exclue puisque le projet migratoire est devenu pour eux un projet économique dans ce sens  où toute la famille y a participé  et qu’elle a des attentes par rapport à ce projet. L’Organisation internationale de la migration a tenté d’organiser des retours volontaires pour ces migrants vers leurs pays d’origine mais ils ne veulent pas y retourner les mains vides. Il y a ceux qui préfèrent mourir que de le faire. C’est pourquoi la seule option qui leur reste est soit de s’intégrer au Maroc, soit attendre des jours meilleurs pour passer vers l’Europe ».
Mais qui sont ces personnes ? L’enquête du ministère révèle que les migrants en immigration ou en transit au Maroc appartiennent à 116 nationalités en majorité issues de pays subsahariens et que le nombre d’immigrés en situation irrégulière représente 21%. Leur âge moyen est de 27,7 ans. Les jeunes de moins de 36 ans représentent 95,4% alors que les mineurs âgés de 15-17 ans représentent 0,7%. 48,5% des migrants ont un niveau supérieur au primaire, 32,4% sont de niveau secondaire et 16,1% sont d’un niveau supérieur. Ceux qui sont sans niveau d’instruction représentent moins du tiers des migrants (31%). Des résultats étrangement identiques à ceux de l’AMERM.
«C’est une population plus instruite que la nôtre puisque le taux des diplômés marocains du supérieur ne dépasse pas les 16% alors qu’il est de 21% chez les migrants recensés dans le cadre de l’opération de régularisation menée dernièrement par notre pays», nous a expliqué notre source. Et d’affirmer : « C’est une aubaine dont le Maroc et les Marocains doivent être conscients. L’opinion publique nationale perçoit ces migrants comme des analphabètes et des mendiants mais la réalité est plus compliquée qu’il n’y paraît ».
L’enquête ministérielle en question a également indiqué que 59% de ces migrants n’ont pas de ressources financières, 2% ont un emploi régulier, 12% des emplois  saisonniers et 19% vivent de la mendicité.
«Je crois que le taux de 2% pour les emplois stables a  évolué dernièrement car beaucoup de migrants notamment diplômés ont travaillé au sein de la presse ou du secteur privé  et ils ont, quelquefois, réussi à créer leurs propres entreprises », nous a précisé notre expert.
Concernant les 59% de migrants subsahariens sans ressources financières, Mohammed Khachani a souligné que cette notion doit être appréhendée avec précaution. « Cette population ne vit pas dans la précarité totale puisqu’elle reçoit de l’argent, soit directement de son pays d’origine ou de l’Europe. Elle aussi consomme des biens (nourriture, logement, transports, etc.), et, par conséquent, le Maroc reçoit une masse de devises relativement importante via  ces migrants », nous a-t-il précisé. Et de poursuivre : « Quant aux 19% des enquêtés vivant de la mendicité, cela renvoit plutôt à l’épineuse question de l’intégration puisque le principal facteur d’intégration reste l’emploi ».
Mohammed Khachani estime également que cette population de migrants subsahariens constitue une chance pour l’économie marocaine. Notamment pour les secteurs qui ont des difficultés à recruter. « Les employeurs ont du mal à embaucher une main-d’œuvre dans le domaine  de l’agriculture, du bâtiment et des travaux publics et du personnel domestique.  Il y a une vraie demande mais l’offre manque. Beaucoup de jeunes Marocains refusent d’exercer ces métiers.  On est sur la même voie que l’Europe. C’est pourquoi je parle d’aubaine puisque ces migrants sont  une solution et non un problème », a-t-il conclu.

 

Hassan Bentaleb
Lundi 21 Mars 2016

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1.Posté par Malik le 20/03/2016 22:19
Et pensez vous que les migrants accepterons longtemps de recevoir un salaire de misère comme celui offert dans les secteurs qui manquent de main d'oeuvre étant donné que ces qu'ils vont vivre au Maroc ?

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