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Les femmes ittihadies appellent à la mise en place d’une Constitution démocratique consacrant l’égalité pleine et entière entre les deux sexes

Il est impératif de contrer l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques




Les femmes ittihadies appellent à la mise en place d’une Constitution démocratique consacrant l’égalité pleine et entière entre les deux sexes
Le VIIème Congrès des femmes ittihadies a rendu publique la déclaration 
finale dont voici 
la traduction du texte 
intégral: 
 
Le VIIème Congrès des femmes ittihadies se tient sous le thème « L’Etat de droit, pilier pour une citoyenneté pleine et entière ». 
Les changements survenus aux niveaux  international, régional et national, ont connu des tensions à la fois politiques, sociales et culturelles et une régression du mode de l’édification d’une société moderne et égalitaire. Lesquels changements ont induit un rétrécissement des perspectives en vue de consolider  les acquis, les libertés, les droits et de renforcer les conditions de la citoyenneté pleine et entière, après que les urnes ont porté au pouvoir, suite au Printemps arabe, des courants politiques et intellectuels  qui n’ont pas estimé à leur juste valeur les luttes des forces démocratiques et civiles pour  suivre la voie vers la consolidation des droits et des libertés et  l’établissement des valeurs de justice et d’égalité. 
Le congrès se tient également alors que notre parti commémore l’anniversaire de l’assassinat du martyr Omar Benjelloun, victime des obscurantistes et du despotisme politique et intellectuel. Un assassinat prémédité pour contrer la lutte pour la liberté, la démocratie, le socialisme ainsi que pour l’instauration d’une vraie justice sociale fondée sur l’équité et l’égalité des chances entre les citoyens, et ce dans le cadre d’un projet d’une société de démocratie, de modernité et des droits et libertés.  De ce fait, la demande de dévoiler toute la vérité sur l’assassinat du martyr Omar Benjelloun  il y a quatre décennies de cela,  reste d’actualité et au cœur des revendications des femmes ittihadies et des Ittihadis et des forces progressistes et démocratiques, toutes tendances confondues.  
Le VIIème Congrès des femmes ittihadies s’inscrit dans le cadre de la dynamique organisationnelle et politique  que connaît l’USFP après son IVème Congrès qui a mis l’accent sur le rôle primordial de la femme marocaine qui est au cœur des rivalités entre les différents projets sociétaux.  Car tout projet socialiste et démocratique ne saurait avancer et investir d’autres domaines sans l’adhésion massive des femmes  et leur accession,  au sein du parti et des masses, à des postes d’avant-garde. 
 Sur le plan national, si la mise en œuvre de la Constitution 2011 a constitué un pas important dans le processus des réformes institutionnelles, politiques et juridiques de notre pays, il n’en demeure pas moins que les attentes du peuple marocain et des forces progressistes et démocratiques relèvent la non opérationnalisation des dispositions de la Constitution, devenues otages de l’orientation du courant conservateur et indécis du parti majoritaire et de ses partisans au sein du gouvernement actuel. Ce qui a contribué à affaiblir le contenu démocratique de la Constitution, à entraver la réelle transition démocratique avec tous ses fondements juridique, civil et de droit, à consolider la régression politique, économique, sociale, culturelle et des droits. Un état des lieux ponctué de  projets sociétaux conservateurs qui renforcent l’hégémonie de la pensée unique, entravant toute action participative au nom de positions et de lectures rétrogrades du concept de l’exercice institutionnel stipulé par la Constitution, ainsi que l’instrumentalisation politique de la religion qui transforme le legs religieux en sujet de polémique et de lutte politique.
Le VIIème Congrès national des femmes ittihadies a procédé à l’évaluation de son expérience depuis le Congrès extraordinaire de 1975 au cours duquel les droits des femmes au Maroc ont été établis. Un parcours qui a franchi de grandes étapes, menées par des femmes ittihadies aux côtés du mouvement féminin politique et associatif, de même que  des acquis du militantisme féminin  se sont succédé sous le gouvernement d’alternance consensuelle sous la direction de notre ex-Premier secrétaire, Abderrahmane El Youssoufi. Un parcours couronné par la constitutionnalisation de l’égalité, de la parité et l’interdiction de toutes les formes de discrimination par la Constitution 2011.
Après examen des rapports présentés par les différentes commissions, le VIIème Congrès national des femmes ittihadies placé sous le thème «l’Etat de droit, un pilier pour une citoyenneté pleine et entière», confirme ce qui suit :
-Le projet sociétal démocratique et moderniste affronte un grand défi suite au flux conservateur actuel, ce qui consiste un défi culturel et idéologique, imposant aux élites culturelles, partisanes et nationales, d’une part, de ne pas instrumentaliser politiquement le discours religieux, et d’autre part, de ne pas faire dans les interprétations conservatrices et irrationnelles qui sont contre les valeurs universelles et humaines.
-La nécessité d’immuniser l’acquis d’un ensemble de droits humains et universels et ce, en reconnaissance des  revendications sociales défendues  par le mouvement féminin aussi bien politique qu’associatif. Mais, la réconciliation politique, économique, sociale et culturelle en faveur des femmes ne peut se concrétiser  qu’à travers l’instauration d’un Etat de droit comme mode fondé sur la séparation nette entre le religieux et le politique et l’édification d’un Etat de droit en vue de propager une culture citoyenne structurant les relations au sein de la société, ainsi que la relation entre la société et l’Etat.  
Les femmes ittihadies appellent à la mise en place d’une Constitution démocratique qui insiste sur l’égalité entre les deux sexes dans tous les domaines et sans réserve, sur la suprématie des conventions internationales des droits de l’Homme, sur la législation nationale en tant que prélude à l’harmonisation, et insistent notamment sur la séparation de façon nette entre la religion et la politique. Elles appellent également à la reconnaissance de l’universalité des droits de l’Homme de sorte qu’il ne faudrait pas utiliser les spécificités religieuses et culturelles pour restreindre les droits de l’Homme du citoyen marocain quel que soit son genre.
Il est impératif de contrer l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques ; ceci est une mission qui incombe à toute l’élite culturelle et tous les partis et les forces politiques et civiles, démocratiques et progressistes. C’est également une mission de l’Etat par la gestion rationnelle et institutionnelle du champ religieux qui est à même de produire un discours ouvert pour contrecarrer le discours rétrograde et passéiste. Une lecture ouverte de notre tradition religieuse et civilisationnelle devient une nécessité urgente, pour que notre religion soit un dominateur commun pour un progrès sociétal.
Il est également indispensable d’assurer l’ancrage des valeurs de modernité intellectuelle et politique et en premier lieu la valeur de la citoyenneté, du respect de la diversité et la différence sans exclusion ni discrimination sur la base du genre, de la race ou de la religion.
Le Congrès national des femmes ittihadies affirme son attachement à l’intégrité territoriale que le peuple marocain a exprimé spontanément et avec patriotisme, et l’accomplissement de cette unité par la libération de Sebta et Mellilia et les Iles Jaârfarines. Il exprime son entière solidarité avec les femmes marocaines séquestrées dans les camps de Tindouf hors de tout cadre classique d’un conflit politique. Le congrès appelle la communauté internationale à intervenir d’urgence pour lever le blocus sur ces femmes et les réhabiliter.
Le VIIème Congrès national des femmes ittihadies insiste sur le fait que l’édification d’une égalité économique, sociale et politique en faveur des femmes constitue un prélude essentiel pour l’opérationnalisation de la Constitution, de la parité et l’abolition de toutes les formes de discrimination. Cela passe obligatoirement par l’adoption de profondes réformes dont :
- l’opérationnalisation démocratique des dispositions de la Constitution, l’élaboration des lois organiques et des lois ordinaires stipulées par la Constitution qui est à même de conduire vers la monarchie parlementaire, la réforme de l’Etat dans le cadre de l’application du principe de reddition des comptes. De même que la méthode de cette opérationnalisation est aussi importante que son bien-fondé. Notre combat essentiel est l’application de cette Constitution dans un esprit démocratique, ouvert et moderniste. 
- L’harmonisation du cadre référentiel juridique national avec les conventions internationales.
- L’application du principe d’égalité en prenant en compte les différents besoins dans les politiques et les dépenses publiques.
- L’abolition de toutes les lois discriminatoires à l’égard des femmes.
- Changer d’approche concernant le Code de la famille en le considérant comme une  affaire publique, en l’amendant sur la base de l’égalité entre les femmes et les hommes,  en interdisant clairement  la polygamie et en incriminant le mariage des mineures ;
- Instaurer une équité judiciaire pour les femmes et promulgation d’une loi-cadre relative à la violence faite aux femmes ;
- Ouvrir un débat sérieux pour la réforme de la question de l’héritage et le principe d’égalité ;
- L’Etat marocain doit reconnaître le travail non rétribué des femmes en prévision de son indemnisation ;
- Adopter une politique d’emploi destinée aux femmes pour lutter contre la féminisation du chômage ;
-Instaurer une politique à même de conforter l’économie sociale en faveur d’une indépendance économique des femmes ;
-Faciliter l’accès à la scolarisation des jeunes filles en particulier dans le monde rural et garantir sa pérennité;
-Développer le cadre juridique lié à la santé procréative en garantissant la gratuité et l’accès ;
-  Réviser  les critères pour faire bénéficier les femmes nécessiteuses de l’assistance médicale ;
- Droit à l’avortement ;
-   Garantir aux ayants droit l’accès aux pensions  des adhérentes en cas de décès ;
-Incriminer l’inégalité au niveau des salaires entre les ouvrières et les ouvriers dans le secteur privé et adopter les outils appropriés pour l’inspection du travail ;
-Réformer la loi organique des finances en adoptant une approche genre dans des dépenses publiques afin de garantir l’égalité en matière des  subventions publiques et réformer le Code des impôts dans le sens d’une équité fiscale en faveur des femmes, en sus de l’obligation d’adopter un budget genre concernant les finances locales ;
-Soutenir la participation politique et syndicale des femmes et élargir leur représentation au sein des centres de décisions politiques et économiques  en appliquant  le principe d’équité à travers la révision des lois électorales.
Etant donné que le secteur de l’information et de la communication représente à notre époque un front vital impactant la formation et l’orientation des opinions, idées et courants politiques de l’opinion publique, les femmes ittihadies insistent sur l’obligation de défendre ce secteur contre  l’abus, l’hégémonie et  l’ostracisme, et ce en le démocratisant et en le restructurant sur des bases de l’égalité, de la liberté, du pluralisme, de la diversité et de la bonne gouvernance pour garantir à notre pays et nos citoyens un système d’information démocratique ouvert et instructif consolidant l’égalité et les principes des droits de l’Homme.
Le congrès réitère son soutien constant à la lutte des femmes palestiniennes contre le colonialisme sioniste et exprime également son appui aux femmes des pays post-Printemps arabe dans leur lutte contre les projets des courants conservateurs visant à attenter à leurs droits et les priver de leurs libertés ainsi qu’aux femmes syriennes qui endurent le martyre dans les camps de réfugiés. 
Le congrès a été marqué par une réelle cohésion et par un engagement de haut niveau, grâce aux militantes de différentes générations. Les résolutions du congrès ont d'ailleurs  été prises à l'unanimité par les militantes résolues à poursuivre et à consolider les réalisations faites par la femme ittihadie au cours de quatre décennies de travail et de sacrifices. Et ce, dans le but de promouvoir la cause de la femme et de s'ouvrir à de nouveaux horizons, particulièrement dans le cadre de l'Organisation socialiste des femmes ittihadies. Les congressistes ont par ailleurs réaffirmé leur ferme volonté de collaborer avec toutes les forces vives pour la défense de la liberté, de la démocratie, de la paix et de la cohabitation.  

Libé
Mercredi 25 Décembre 2013

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