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Les dommages collatéraux de l’absence d’une politique publique fondée sur l’égalité

Officiellement malade, la gouverneure de la  préfecture des arrondissements de Ben M'Sik n’a toujours pas rejoint son poste




Les dommages collatéraux de l’absence d’une politique publique fondée sur l’égalité
 
Au ministère de l’Intérieur, la nouvelle est encore commentée à voix basse et sous le sceau de l’anonymat. Entre étonnement et admiration, les commentaires ne sont pas encore sortis de l’enceinte de l’ancienne résidence qui abrite les nombreux locaux du département aux destinées duquel préside le tandem Mohamed Hassad et Cherki Draiss. Dans cette autre grande muette, on n’a pas l’habitude de parler. Pourtant,   l’information est de taille.  Une gouverneure nouvellement nommée n’a toujours pas rejoint son poste. Najat Zarrouk fait partie des 44 walis et gouverneurs qui ont été nommés le 21 janvier par le Roi. Plus exactement, l’ancienne directrice de la formation des cadres administratifs et techniques qui a déjà le grade de gouverneur fait partie, avec Zineb El Addaoui et Hanane Tajani, des trois femmes qui ont accédé au Panthéon de l’autorité. Et celle qui a été nommée gouverneure de la   préfecture des arrondissements de Ben M'sik n’a toujours pas été installée dans ses fonctions alors que la valse des passations des pouvoirs est bel et bien achevée.
Dissidence, rébellion ou protestation ? Pour quelle raison  Najat Zarrouk n’a-t-elle toujours pas rejoint son commandement ?  Officiellement,  elle est souffrante, un certificat de maladie adressé à son administration en faisant foi. On parle même de son hospitalisation. Et pour l’heure, c’est le secrétaire général de la préfecture de Ben M’sik qui assure son intérim.
Officieusement, c’est une toute autre raison qui  est avancée pour expliquer l’absence  de Mme Zarrouk. La gouverneure aurait vécu, dit-on,  sa nomination comme une véritable dégradation. Certains de ses pairs n’hésitent pas à parler d’humiliation. Bardée de diplômes –elle est  docteur d’Etat en droit public, option Relations internationales, diplômée du cycle supérieur de l’Ecole nationale d’administration publique de Rabat et de l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne- la directrice de la formation des cadres administratifs et techniques a derrière elle une longue expérience dans l’administration. Ban Ki-moon,  le secrétaire général des Nations unies, l’a à ce titre nommée membre du comité des experts de l’administration publique de l’ONU, faisant d’elle l’un des 24 membres de ce comité restreint chargés d’assister le SG de l’ONU sur les questions relatives à l’administration à travers le monde.
A la 12ème session du Comité des experts de l'administration publique de l'ONU (CEPA), elle avait d’ailleurs  été confirmée dans son poste de présidente de cette structure relevant du département des Affaires économiques et sociales de l'Organisation des Nations unies. Le parcours de cette native des Doukkala est un quasi sans fautes. Haut cadre du ministère de l’Intérieur, elle fait partie de ces universitaires qui produisent sans jamais vraiment quitter le monde de l’université. Il y a quelques mois, Najat Zarrouk publiait un énorme pavé de 900 pages, «Commerce et développement», un ouvrage volontiers présenté comme «une analyse à la fois historique et radioscopique des différentes périodes d’édification, de revirement  ou de remise en cause du traitement préférentiel en matière de commerce international».
Que s’est-il donc passé? Najat Zarrouk a-t-elle réellement fait l’objet d’une dégradation? Et quelle lecture faut-il faire de cette dissidence qui ne dit pas encore son nom, la non prise de fonction de la gouverneure étant offciellement imputée à des raisons de santé?
En fait, et en plus de l’épineuse promotion interne, c’est toute la question de l’accès des femmes aux postes de responsabilité qui est au cœur de cette affaire.  En l’absence d’une politique publique favorisant l’égalité –en attendant la parité- la discrimination  sera toujours au rendez-vous. 
Prévue par la Constitution, l’Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination est l’instrument essentiel pour la protection contre les discriminations et la promotion de l’égalité. Plus de deux ans après l’accession au pouvoir du gouvernement Benkirane, cette autorité n’a toujours pas vu le jour. Bassima Haqqaoui, la ministre islamiste  de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du développement social, a choisi et installé en février 2013 les membres d’un comité scientifique chargé «d’étudier les propositions relatives à l’Instance de la parité et contre la discrimination à l’égard des femmes». Un an plus tard, le comité scientifique que le mouvement féminin marocain a refusé de cautionner  au nom de l’indépendance à l’égard du pouvoir politique n’a toujours pas présenté sa copie. 
L’égalité cessera de poser problème en terre marocaine le jour où l’on n’arrêtera  de célébrer la première femme wali et que l’on acceptera, comme l’écrivait Françoise Giroud, de désigner une femme incompétence à un poste de responsabilité. 

Narjis Rerhaye
Lundi 3 Février 2014

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