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Les châteaux de cartes casablancais


Après les drames de Arsat Ben Slama, Derb Taliane et Bourgogne, un nouvel effondrement de maison au quartier Sbata fait plusieurs morts et blessés



Casablanca est encore une fois en deuil. Une maison de quatre étages s’est effondrée vendredi dernier faisant plusieurs morts et 25 blessés dont certains grièvement, selon un bilan provisoire.  Il s’agit du quatrième  drame en deux ans après ceux d’Arsat Ben Slama, de Derb Taliane et de Bourgogne.
Stupeur, consternation et effroi se lisaient sur les visages des hommes, des femmes et des enfants qui se tenaient le long du boulevard Driss El Harti à Sbata. Sur leurs lèvres une seule question : comment a-t-on pu en arriver là ? Ils ne comprennent pas encore comment une maison de quatre étages peut s’écrouler comme un château de cartes.  « On ne sait rien encore. Il fait attendre les résultats de l’enquête lancée par le Parquet pour déterminer les causes et les circonstances de ce drame. Le propriétaire de la maison a été arrêté et il est auditionné par le procureur du Roi», nous a confié un officiel. Et de préciser : « La maison en question est une bâtisse datant des années cinquante et il ne s’agit nullement d’une maison menaçant ruine. La surélévation  de cette bâtisse a été réalisée il y a deux ans dans le respect des lois en vigueur ».  Plusieurs témoignages évoquent des travaux de rénovation effectués par le propriétaire et  qui ont mal tourné,  mais rien n’est sûr.  
Tout a commencé vers 16H30. Un épais nuage de poussière a envahi la rue N° 10 du quartier Jamila 3. Des gens criaient, toussaient à couper le souffle et couraient dans tous les sens pour tenter de découvrir l’origine du sinistre. Juste à l’angle de la rue N° 10 avec  le boulevard Driss El Harti, une maison de quatre étages s’est effondrée sur elle-même. Le toit, d’abord, puis les planchers ont suivi avec un grand fracas.
« Que Dieu nous préserve, a lancé Fatima, une mitoyenne de la maison effondrée, Certes nous avons échappé de peu à la mort, mais on a eu une peur bleue. On a même commencé à réciter la chahada. Le vacarme assourdissant de l’effondrement nous a terrorisés».
Said, habitant du quartier, se souvient encore de cette scène macabre, horrible et difficile à oublier.  Il se souvient des corps maculés de sang tirés l’un après l’autre des décombres par des jeunes de quartiers, des familles affolées qui cherchaient désespérément les leurs, de cette femme dont les deux jambes ont été amputées, de ce jeune homme à la chevelure maculée de poussière porté sur un brancard les entrailles béantes et des ambulances qui manœuvraient dans la plus totale des  confusions.   « C’était l’horreur », nous a-t-il lancé. Mais, tout le monde se souviendra davantage de ce chauffeur de taxi de 60 ans qui va perdre la vie alors qu’il venait d’entrer au café pour chercher de l’eau ainsi que de cette adolescente de 13 ans qui  a été extraite des décombres le corps déformé. 
Said se souvient encore de ces scènes de panique et de confusion qui avaient régné lors de la course folle à l’évacuation des victimes de l’effondrement, des cris lancés ici et là en quête de brancards, d’eau ou de secours, ainsi que de la nervosité des membres de la Protection civile et des éléments des forces de l’ordre qui ont été, peu ou prou, gênés dans leur travail par les volontaires.    
Mais, il n’y a pas que les récits de décès qu’on narre, il y a également les histoires  des miraculés, ceux qui ont échappé de justesse à la mort. On raconte les histoires de ce serveur de café sorti fumer une clope et qui, se faisant, a échappé à une mort certaine, de ces dizaines d’hommes qui sont partis faire la prière ou de ce jeune assis  à la terrasse du café qui a vu une pierre tomber et couru vers l’extérieur. 
 

Le nombre total de victimes était difficile à établir samedi matin. Certaines sources ont fait état de trois morts et 25 blessés. Les recherches se sont poursuivies pour retrouver d’éventuels rescapés ensevelis sous les décombres.  Un bilan que beaucoup d’habitants du quartier remettent en cause. « Il est probable que les pertes  humaines soient plus importantes puisque la maison en question  hébergeait plusieurs familles sans oublier qu’elle abritait une étude de notaire, un cabinet médical et un café», nous a indiqué l’un des jeunes du quartier.   Un avis que partage un autre jeune homme: « Le café était bondé de gens venus suivre le match du WAC à la télévision», nous a-t-il précisé.      
Aujourd’hui, la zone du drame est un périmètre entièrement fermé. Seuls les éléments de la Protection civile, les policiers et les personnes chargées d’évacuer les débris ont le droit d’y accéder. Les badauds arrivés en masse sont obligés de rester derrière les barrières et regarder de loin les pelleteuses qui déblaient les lieux.  Une scène qui est devenue des plus banales ces dernières années pour les Casablancais. Les souvenirs de l’effondrement d’un immeuble en construction dans le quartier de Aïn Chock, de de trois maisons du quartier Arsat Ben Slama, des deux maisons de quatre étages sises à Derb Taliane et à Bourgogne sont encore vivaces. 
Les autorités locales de la capitale économique gardent jusqu’à présent le silence. Idem pour le ministère de l'Habitat et de la Politique de la ville. Mais jusqu’à quand? 


 

Hassan Bentaleb
Lundi 8 Août 2016

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