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Le stepping, danse emblématique de l'identité noire, secoue le monde de la mode




Le stepping, danse emblématique de l'identité noire, secoue le monde de la mode
Les pieds frappent le sol en cadence. Les danseuses claquent leurs mains et leurs cuisses en serrant les dents. Le  stepping est une danse qui plonge au coeur de l'histoire noire américaine et secoue depuis un an le monde de la mode. 
Une de ses représentantes, LeeAnet Noble, a conquis le couturier américain Rick Owens à Paris l'automne dernier. Elle revient à New York vendredi à l'occasion de la Fashion week.
Dans le studio de Washington où elle répète son spectacle, la jeune femme de 30 ans joue des percussions mais parfois il n'y a pas de musique. Les claquements des mains et des pieds qui font vibrer le sol suffisent à rythmer les mouvements.
Le stepping est né aux Etats-Unis au début du XXe siècle au sein des fraternités étudiantes noires comme un chant de ralliement, pour "exprimer leur unité, l'esprit de leur organisation", selon Elizabeth Fine, professeur en  sciences humaines et auteur d'un livre sur cette danse.
"Tous ensemble, tous ensemble", martèle aux jeunes filles essoufflées la mère de LeeAnet, l'artiste Lauretta Malloy, qui a conçu avec elle la chorégraphie.
 Ses racines remontent au temps des plantations, quand les propriétaires (blancs) interdisaient aux esclaves d'utiliser des tambours. "Ça a permis de trouver un moyen créatif de faire revenir les rythmes. D'où les claquements de mains, les pas frappés, les mouvements de pieds", explique LeeAnet.
Pour Mme Fine, "c'est une manière de célébrer l'identité noire aux Etats-Unis, la communauté noire".
 En Afrique du Sud, le stepping a pris la forme de la "gumboot dance", danse des bottes que portaient les mineurs. Comme ces derniers n'avaient pas le droit de communiquer entre eux, ils frappaient leurs bottes dans une sorte de langage codé.
 Danse intense par sa cadence et ses mouvements brusques, elle n'a pourtant pas vocation à véhiculer un message politique.
"Les fraternités se sont énormément impliquées dans les mouvements des droits civiques mais le stepping n'était pas au coeur" de cette lutte, explique le fondateur de la compagnie de danse Step Afrika, C. Brian Williams.
 
Dignité
 
"Il y avait un mouvement dans le mouvement (...) Il représentait l'émancipation, montrant la dignité et la fierté", résume LeeAnet, qui a appris à danser dans les rues de Cleveland (Ohio, nord), et dont les grands-parents  appartenaient à des fraternités.
Confiné aux campus, le stepping s'est fait connaître au grand public après la sortie en 1988 du film "School Daze" de Spike Lee, qui y évoque ses propres années étudiantes.
 Et depuis un an, cette danse s'est même immiscée dans le monde feutré de la mode.
 Une association qui peut sembler curieuse entre "le mannequin qui dit «regardez-moi, je suis unique» et les danseurs de step qui disent «regardez-nous comme un groupe, nous sommes des sœurs»", relève Mme Fine.
Lors du défilé de Rick Owens en septembre 2013, 40 danseuses de toutes tailles et couleurs de peau ont porté les vestes en cuir du couturier. Visages sombres, mâchoires serrées, elles ont dansé sur un rythme quasi militaire, une allusion au fait que beaucoup d'étudiants noirs servaient dans l'armée. Elles ont fait sensation.
"Des gens pleuraient", raconte LeeAnet, très sollicitée depuis et qui va collaborer prochainement avec le styliste Joshua Liebman. Son spectacle a détonné aussi dans un milieu dénoncé pour son manque de diversité. Le mannequin noir Bethann Hardison avait à l'époque nommé publiquement les couturiers fautifs. "Ça aide à changer les choses sur les podiums", reconnaît LeeAnet.
Le show de Rick Owens a aussi inspiré le Britannique Gary Pugh, qui a présenté jeudi à New York un défilé hors normes, utilisant danseurs et vidéos. Vendredi, LeeAnet se produira avec une dizaine de danseuses pour inaugurer l'exposition "Danse et mode" au musée du Fashion Institute of Technology à New  York.
 Avec le stepping "vous montrez que vous avez confiance" et pendant un  défilé "vous montrez que ces vêtements vous donnent à nouveau confiance",  souligne LeeAnet. C. Brian Williams rappelle que "ce que vous portez (quand  vous dansez le step) est très important. Vous voulez vous montrer sous votre meilleur jour". 

AFP
Mercredi 10 Septembre 2014

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