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Le retour béni du Maroc à l’Union africaine




Kigali  est devenue la capitale de l’espoir pour tous les panafricanistes. Kigali est devenue le symbole de la communion et des retrouvailles de toutes les filles et de tous les fils d’Afrique. L’histoire retiendra que le Rwanda aura  été la terre bénite qui a porté les  frémissements les plus soutenus,  les premiers  souhaits  les mieux  documentés pour le  retour du Maroc au sein de l’Union africaine.
Le Maroc a présenté la suspension de sa participation à l’Union africaine comme la conséquence d’une blessure  qui a mis plus de trente ans à cicatriser. Cette blessure a été vécue gravement parce qu'elle accréditait l'idée que les Africains pourraient s'accommoder durablement d'une situation qui enfreint à la règle primordiale de la charte de l’Organisation de l’unité africaine qui  établissait que pour en être membre, tout Etat africain devrait au préalable jouir de la souveraineté reconnue au plan international et avoir en conséquence la qualité de membre des Nations unies. Cette blessure a été occasionnée par la reconnaissance de la pseudo-RASD par l’OUA alors que les Nations unies ne lui ont jamais reconnu le statut d'Etat souverain.
L'acceptation de celle-ci au sein de l'OUA en contradiction avec les règles établies pour faire partie de l'organisation a été vécue à l'époque par plusieurs Etats membres comme une forfaiture, et ceux-ci se sont prononcés contre d’emblée. Mais il en est d'autres, qui, évoquant de manière rigide le principe de l'intangibilité des frontières héritées de la colonisation,  ont passé par pertes et profits l'histoire de la monarchie alaouite plusieurs fois séculaire, qui a vécu comme une déchirure le dépècement de ses provinces du Sud par les puissances coloniales. Quand on considère les promesses auxquelles tant de panafricanistes ont cru, notamment l'accélération de l'intégration du continent à travers la mise en place des communautés économiques régionales, dont notamment l'Union du Maghreb arabe, on ne peut que s'étonner de la crispation faite autour du maintien des frontières héritées de la colonisation, et ce d'autant qu'on n'a pas beaucoup entendu les mêmes personnes protester contre l'admission de l'Erythrée issue d'une scission de l'Ethiopie, ou du Soudan du Sud issu de la partition du Soudan. Comme qui dirait qu'ils sont plus à l'aise pour déconstruire que pour construire. Pour une fois, les Africains doivent montrer que l'intégration africaine quitte le domaine des proclamations de principe pour se matérialiser dans les faits. Oui osons relancer la dynamique de dépassement des frontières héritées de la colonisation à travers une relance véritable des communautés économiques régionales. La proposition du Maroc de réintégrer l'Union africaine offre l’opportunité d'expérimenter, plus d'un demi-siècle après les indépendances, la capacité des Africains à refaçonner l'histoire de ce continent, non plus en continuité de ce qui leur a été imposé par la Conférence de Berlin, mais par leur volonté à rendre crédible la vision 2063 proposée par l'Union africaine. Nous devons cela à nos jeunes, que la gestion chaotique des affaires du continent, dans la poursuite de la logique coloniale, désespère. Que les membres de l'Union africaine doivent, plus d'un demi-siècle après les indépendances, continuer à se déterminer en fonction de la langue coloniale adoptée comme langue officielle, montre à quel point il est urgent de libérer nos esprits de l'héritage colonial, et de nous réapproprier notre histoire et notre géographie. Les promesses de 2063 ne seront réalisées qu'à ce prix.
En cette année 2016 où les Nations unies bouclent la formulation des agendas mondiaux qui vont structurer l'agencement des politiques de développement et de coopération pour les 20 à 30 prochaines années, et où en même temps les risques de dissolution des perspectives du futur n'ont jamais été aussi élevés, il est très important que l'Afrique porte le message de l'espoir. Les hasards du calendrier ont voulu qu'en cette année 2016 l'ensemble des Etats du monde se soient donné rendez-vous justement à Marrakech au Maroc, pour discuter des nouvelles priorités à définir et des actions à entreprendre pour opérationnaliser l'accord de Paris conclu en décembre 2015 sur l'Agenda du climat. Marrakech marque ainsi un nouveau départ pour les Nations du monde soucieuses de sauvegarder ce que nous avons de plus cher en partage, notre planète Terre.
2016 doit également être l'année où l'Union africaine retrouve la plénitude de ses membres et initie un nouveau départ en vue de tourner le dos aux errements  du passé. L'Afrique doit construire une stratégie et une trajectoire nouvelles lestées des pesanteurs de l'héritage colonial et postcolonial, pour  prendre en mains son développement, en comptant d'abord sur son immense potentiel en ressources naturelles et humaines. L'Afrique doit montrer au monde qu'elle peut surmonter les obstacles conjoncturels auxquels la région est confrontée pour se focaliser sur l'essentiel: l'amélioration continue du cadre et des conditions de vie des populations, dans le respect de leurs droits et de leur dignité. 
La réintégration du Maroc au sein de l'Union africaine doit produire un électrochoc salutaire pour remobiliser les énergies, surtout des plus jeunes, qui faute de perspectives crédibles en Afrique, entreprennent de traverser le Sahara et la Méditerranée, souvent malheureusement au péril de leur vie, à la recherche d'une vie qu'ils croient meilleure hors d'Afrique. Et le drame, c'est que cela se passe sans qu'apparemment l'Union africaine n'en prenne l'exacte mesure. 
Il est plus que temps pour que l'Union africaine sorte de la torpeur et de l'immobilité littérale dans lesquelles l'a tenue la division de ses membres entre ceux qui soutiennent la pseudo-RASD (et dont le nombre a très largement diminué au fil des années) et ceux qui sont pour la position du Maroc (qui sont aujourd'hui la majorité). Il faut se rendre compte que cette question divise l'Afrique depuis plus d'une génération. Il est plus que temps que l'Afrique se montre mature et sache dépasser un conflit artificiel où quelques milliers d’Africains prennent en otage 1 milliard d'autres. Le retour du Maroc offre l'occasion de cette prise historique de responsabilité. 
Pour tout panafricaniste convaincu, l’annonce du retour du Maroc au sein de l’Union africaine est une bonne nouvelle qui conforte notre organisation et notre continent. Il est du devoir de tout panafricaniste convaincu de prendre au sérieux et de prendre la mesure de l'offre du Roi du Maroc. Il faut que les adeptes de l'unité du continent réalisent qu'en dehors de l'intégration africaine, il n'y a point de salut véritable pour les différents Etats africains pris individuellement face aux contraintes que la mondialisation exerce sur chacun d'eux. Le temps des retrouvailles est venu, et avec lui celui du redémarrage du travail sérieux de construction de l'avenir de ce continent par et pour nous-mêmes, nos enfants et les générations à venir. Le temps est venu de redonner espoir à nos jeunes pour qu'ils croient que leur avenir s'inscrit d'abord au sein de l'Afrique. Ce temps n'a que faire de vaines querelles post coloniales et politiciennes qui ont jusqu'ici occupé l'essentiel de l'agenda de l'Union, au point que celle-ci ne s'est guère préoccupée de l'application des textes qu'elle adopte ou même de se donner les capacités d'une vraie souveraineté et autonomie en prenant elle-même en charge le financement de son fonctionnement et de ses activités. Disons le tout net: il faut retrouver le sérieux et la foi en l'avenir des pères fondateurs de l'Organisation de l'Unité africaine. Il faut que la quête de la dignité pour les filles et les fils de ce continent soit désormais le guide de l'action de l'Union africaine. Et cette quête n'a que faire des déclarations et pétitions de principe sans lendemain. C'est le temps de l'Afrique, si les Africains réalisent enfin qu'ils sont forts seulement s'ils sont ensemble, et qu'ils ne sont rien dans le monde d'aujourd'hui et encore plus de demain s'ils continuent de se recroqueviller dans la myriade de mini-Etats sans réelle capacité de peser sur les affaires du monde. 
 C'est la raison pour laquelle la sagesse dicte à notre continent de suspendre la participation de la pseudo-RASD au sein de l'Union africaine dans l'attente de la solution définitive de la question du Sahara en cours de discussion au niveau des Nations unies et de son Conseil de sécurité.
Telle est, nous semble-t-il, l'urgence de l'heure. Nous espérons beaucoup que cette sagesse sera entendue et qu'elle va inaugurer des temps nouveaux qui demanderont certes beaucoup d'efforts de compromis de la part des uns et des autres. Mais l'avenir de nos enfants vaut largement la peine d'oser ces sacrifices et ce sens supérieur du compromis.
Vive l’Union africaine, vive le Maroc au sein de l’Union africaine.
 

Par Papa Mor Ndiaye Consultant, Coordonnateur Afrique, Synergies Systèmes, Membre de Center for Citizens Participation in the African Union (CCPAU)
Vendredi 22 Juillet 2016

Lu 3132 fois


1.Posté par Klein le 22/07/2016 06:25 (depuis mobile)
Que l''Afrique se prenne en charge
... on en rêve et en rêvera encore longtemps !

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