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Le livre: Théocratie populiste, L’alternance, une transition démocratique?




Le livre: Théocratie populiste, L’alternance, une transition démocratique?
Les militants en faveur de la séparation des pouvoirs ne doivent pas espérer aboutir dans l’immédiat. Qu’ils travaillent inlassablement jusqu’à ce que cette exigence politique devienne concrète. Pour le moment, les démocrates ne font pas le poids ni devant le Makhzen ni devant les islamistes. Le but est de constituer une élite politique partisane de la séparation des pouvoirs et qui agisse en vue d’influencer la société en ce sens. Sachons être modestes et patients. L’Amérique latine passa plus d’un siècle à nourrir de faux espoirs de libération sous la grimace des dictatures. 
Le monde musulman en fera-t-il de même avant de prendre le chemin de la démocratie? Faut-il s’atteler à la séparation des pouvoirs en amont ou en aval ? En commençant par les pouvoirs du Monarque dans le sens de leur restriction ou de leur stricte codification ou en luttant d’abord contre la corruption? Faut-il penser à un réaménagement général pour aller vers cette séparation des pouvoirs et donc envisager les deux options à la fois? Le débat sur la séparation des pouvoirs se prête aisément à la personnalisation: on penserait qu’il n’y a qu’à restreindre les pouvoirs du Roi et le tour est joué; pourtant, les données sociopolitiques du problème sont considérables. 
Il ne faut donc pas subsumer tous les problèmes sous le pouvoir Royal. Ce n’est ni objectif ni pragmatique. Les démocrates rejettent la constitutionnalisation de la Commanderie des croyants en tant que califat normatif et ne l’acceptent que dans son contenu éthique, et dans sa dimension contributive à l’identité nationale. Ils s’opposent à la théocratie, qu’elle soit populiste ou oligarchique, mais entendent bien maintenir selon une nouvelle forme la centralité du monarque. 
C’est une Constitution basée sur la séparation des pouvoirs qui définirait les attributions du monarque et la portée de la Commanderie des croyants. Nous en sommes loin pour le moment. De puissantes forces (islamisme et Makhzen) antagoniques veulent maintenir le primat de la Commanderie des croyants sur le plan politique et institutionnel. 
Il ne faut pas que les militants démocrates, partis de la séparation des pouvoirs à réaliser dans le cadre de la monarchie existante, se retrouvent avec un pouvoir islamiste. La séparation des pouvoirs n’est pas la fin ultime du droit mais l’introduction au domaine du droit. 
En la réalisant, on peut commencer à légiférer pour la nation. La séparation des pouvoirs, ce n’est pas chaque groupe, clan ou parti prend un pouvoir ; ce n’est pas non plus un partage d’influence entre les puissances d’argent. Aujourd’hui, il y a une élite démocrate plus évoluée que ne l’étaient les Jeunes ottomans et qui peut être assimilée aux Jeunes Turcs dans ses demandes, même si dans sa stratégie elle n’est pas en rupture avec la monarchie. Cette élite qui ne renie pas son identité, c’est l’espoir pour un Maroc ancré dans le libéralisme politique avec des institutions qui garantissent scrupuleusement les droits individuels. 
L’élite existante au Maroc est-elle suffisante pour permettre une évolution démocratique ? La réponse est oui : l’élite éclairée au Maroc se compte par centaines de milliers. On peut aussi estimer que le Maroc a une infrastructure économique qui a permis une certaine industrialisation et l’émergence d’une classe moyenne : enseignants, professions libérales, petits et moyens entrepreneurs, commerçants, etc; élite épaulée par certains membres non-frileux de la grande bourgeoisie. 
Entre le modèle turc et le modèle iranien, le Maroc pourra-t-il avoir le sien propre ? Les Alaouites seront-ils capables de faire ce que les Ottomans ne purent réaliser ? C’est souhaitable. Cette dynastie qui donna au Maroc des rois libérateurs peut guider le pays vers une monarchie constitutionnelle. Cette monarchie exécutive acceptera-t-elle, comme le souhaite N. Akesbi, de «régner un peu plus et de gouverner un peu moins?»
En élargissant l’espace politique, le pouvoir s’est prémuni contre des convergences déstabilisatrices, mais il peut être sûr que le renforcement de l’Etat de droit doit être perpétuellement sur l’agenda jusqu’au consensus national véritablement libéral sur l’ordre politique. Comme mot d’ordre, ce n’est pas islam ou Occident mais islam et Occident et si les Occidentaux se font forts d’apprécier nos Aḥwash, gnaoua et autres musiques andalouses, nous aussi, nous pouvons nousapproprier leur Mozart, Beethoven ou Stravinsky. Notre thèse est que la mémoire sert la séparation des pouvoirs; notre ignorance du passé, de notre histoire et de celle de l’humanité ne peut qu’enraciner encore plus profondément l’arbitraire et nous exposera à d’autres formes de cet arbitraire. 
La séparation des pouvoirs nous permettra aussi d’aborder notre histoire avec sérénité, sans tabous et sans amertume. 
Libéralisation du monde musulman et Occident 
Les libéraux des pays islamiques sont perçus par les Occidentaux comme des musulmans moyenâgeux malgré tout. C’est le phénomène de scotomisation : le déterminant qui prévalut pendant des siècles l’emporte sur celui qui est d’acquisition récente. 
Même lorsqu’il y avait une importante élite occidentalisée et qui avait commencé à modifier les institutions, l’Occident n’en tint aucun compte. Après la Première Guerre mondiale, l’Anatolie fut envahie et destinée sans succès à la colonisation. On n’a pas besoin d’en vouloir à l’Occident : nul n’est responsable des bêtises d’autrui et si un adversaire plus retors nous aide à commettre les nôtres, nous en demeurons responsables. L’Occident ne jugea pas bon d’aider les libéraux d’Afghanistan non plus : le commandant Massoud fut ignoré. On préfère laisser la situation se dégrader pour organiser des expéditions colossales. 
Les libéraux des pays musulmans sont aussi un obstacle à la mainmise de certaines puissances sur ces pays: on comprend qu’elles ne les encouragent pas. Il est beaucoup plus confortable de n’avoir affaire qu’à des « musulmans fanatiques », contenus brutalement par des dictatures pro-occidentales. Cela permet d’utiliser un jour les grands moyens et de relancer des économies essoufflées. L’attentat du 11 Septembre avait semblé d’abord plaider en faveur de la démocratisation du monde musulman dans le sens d’une adoption résolue d’une politique en ce sens par l’Occident. 
La réponse américaine fut malheureusement entièrement sécuritaire, violemment antidémocratique et même d’esprit colonial ; elle augmenta le terrorisme dans le monde. Les peuples musulmans furent mis entre parenthèses : on craignit leur islamisme et on les livra à des régimes autoritaires qui ne réglèrent aucun problème. Le réservoir d’où partaient les militants terroristes devenait intarissable. Pourquoi avoir démocratisé l’Allemagne et le Japon et non l’Irak, destiné au confessionnalisme, et non l’Afghanistan? Pourquoi avoir seulement (?) bombardé la Serbie et avoir occupé l’Irak? Pourquoi avoir une alliance avec les régimes autoritaires alors qu’il n’y a plus de Guerre froide? 
Pourquoi les Américains ont-ils des relations privilégiées avec les régimes qui les feraient trembler s’ils en étaient les citoyens ? De toutes les façons, si les Etats-Unis avaient promu la démocratie dans les pays musulmans entre 1970 et 2000, les deux tours du World Trade Center se dresseraient toujours. Qui peut le nier?  

Mustapha Hogga
Lundi 1 Septembre 2014

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