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Le grand oral de Benkirane ne convainc pas les conseillers : «Présentez des excuses aux Marocaines M. le chef du gouvernement!»




Le grand oral de Benkirane ne convainc pas les conseillers : «Présentez des excuses aux Marocaines M. le chef du gouvernement!»
Les conseillers ont-ils trouvé réponse à leurs questions? Pas vraiment, à en croire les  parlementaires de l’opposition. Mercredi 8 août, le deuxième grand oral du chef du gouvernement  devant la Chambre haute a  laissé un gout amer, un sentiment d’inachevé, une immense déception. A la thématique  pointue où seul compte le langage des chiffres qui sied à tout bilan –les Objectifs du millénaire pour le développement-, Abdelilah Benkirane apportera des réponses venues de nulle part. Ou presque.
 « Monsieur Benkirane, ces séances qui consistent à  vous interpeller sur les questions de politique générale de votre gouvernement ne sont plus qu’un fourre-tout où vous parlez de tout sauf des sujets sur lesquels vous êtes interrogé», lance Hakim Benchemass, président du groupe parlementaire du Parti authenticité et modernité à la Chambre des conseillers. L’interpellation est cinglante mais elle résume la prestation du patron de l’Exécutif sous la Coupole. Abdelilah Benkirane est probablement un bon tribun. Il est aussi un excellent communicateur qui sait s’adresser au Maroc d’en bas –« 5 milliards de dirhams dépensés en achat de voitures et des Marocains qui n’ont pas les moyens de faire la harira!» lâche-t-il depuis la tribune, se situant loin, très loin de la thématique du jour, les Objectifs du millénaire pour le développement mais incapable de ne pas flatter les plus bas instincts. Mais le chef du gouvernement et  leader des islamistes du PJD est-il un homme de dossiers, de chiffres et de statistiques ? Un homme politique, arrivé au sommet du pouvoir en présidant les destinées du gouvernement, peut-il se contenter du seul discours où le populisme n’est jamais loin? A l’évidence non et  les conseillers de l’opposition sont prompts à critiquer la posture d’un chef de gouvernement qui continue de se comporter en secrétaire général d’un parti politique.
On grince des dents jusque dans la majorité. Abdellatif Ouamou, parlementaire du PPS, n’a pas manqué lors de cette séance consacrée aux questions posées au chef du gouvernement, d’appeler Benkirane et son Exécutif à trouver de vraies solutions aux problèmes graves qui se posent au Maroc et de critiquer la lenteur de son action. «Où est la loi des Finances 2013? On n’a même pas eu droit aux grandes orientations du futur budget? Où est la loi organique portant sur la loi de Finances?» s’est interrogé ce conseiller dont la famille politique fait partie de la majorité gouvernementale avant de marteler que «la lutte contre la mauvaise gouvernance se fait par des mesures et non par des querelles politiciennes». «C’est en temps de crise M. le chef du gouvernement,  que l’on mène des réformes», conseillera-t-il au patron de l’Exécutif.

Une lecture erronée de l’Histoire du pays

Ce mercredi chez les conseillers, Abdelilah Benkirane n’a pas convaincu. La séance était consacrée au bilan d’étape des huit Objectifs du millénaire pour le développement et sur lesquels le Maroc s’est engagé devant la communauté internationale. On attendait des réponses concrètes inspirées de dossiers maîtrisés et de situation sous contrôle. Les Conseillers les plus patients auront droit à quelques chiffres et quelques statistiques  -exemple : 380.000 élèves quittent tous les ans le primaire et le collège, quelques commentaires sur ce qui reste à faire, des satisfecit aussi sur le mode de «nous ne sommes pas si mauvais, nous avons fait des progrès». Mais pas un mot sur les stratégies, les mesures, les moyens de lutter contre la pauvreté, la mortalité infantile, la santé reproductive des femmes, l’égalité entre les hommes et les femmes,etc. En lieu et place,  du discours mais surtout une lecture erronée de l’histoire de ce pays. «A vous entendre, on dirait que la démocratie a commencé au Maroc avec votre arrivée au pouvoir. Le combat pour la démocratie a débuté bien avant l’indépendance avec cette alliance entre la monarchie et le mouvement national. Les partis démocratiques se sont ensuite battus au nom de la démocratie et leurs militants l’ont payé au prix fort. C’est cela qui a immunisé le Maroc contre le Printemps arabe et non pas vous», signifie au chef de l’Exécutif  un conseiller du groupe fédéral qui a du mal à cacher son indignation devant «une histoire détournée» et répliquant à un Abdelilah Benkirane qui n’a pas hésité à affirmer du haut de la tribune que « le Maroc d’aujourd’hui n’est pas celui d’il y a un an ».

Benkirane lâche Daoudi

M. Benkirane a bien du mal avec les petites fiches que ses équipes ont dûment préparées. Au grand dam de ses collaborateurs –de certains de ses ministres également- il s’en échappe, improvise, s’adresse les yeux dans les yeux au citoyen cathodique. Le chef du gouvernement se fait alors tribun, oublie qu’il est au Parlement dans une séance constitutionnelle axée sur la politique générale de son Exécutif, se laisse aller comme dans un meeting politique organisé à l’adresse de ses militants, à Had Soualam. Alors forcément, les dérapages peuvent être au rendez-vous. «M. Benkirane, c’est bien vous qui êtes le chef du gouvernement. Les partis démocratiques se sont battus pour que la séparation des pouvoirs soit enfin une réalité chez nous  et pour que vous remplissiez pleinement vos attributions», lui rappelle Zoubida Bouayad, la présidente du Groupe parlementaire de l’USFP à la Chambre haute faisant allusion à la déclaration du chef de l’Exécutif, prononcée quelques minutes plus tôt devant les conseillers, et selon laquelle «la première responsabilité incombe au Souverain. Nous, nous sommes là pour l’aider», histoire de mieux minimiser le rôle d’un gouvernement entièrement responsable devant le Parlement.
L’exercice du chef du gouvernement devant la Chambre des conseillers n’aura pas été complètement inutile ce mercredi 8 août. La séance aura au moins servi à confirmer la cacophonie d’un Exécutif friand de sorties médiatiques. Et  ceux et celles qui avaient encore quelque espoir  sur la cohérence gouvernementale le perdront définitivement lorsque A. Benkirane se désolidarisera en direct de son ministre de l’Enseignement supérieur et la Recherche scientifique, l’islamiste Lahcen Daoudi. « Il n’y a pas de remise en cause de la gratuité de l’enseignement. C’est seulement une déclaration de M. Daoudi», dira celui qui est aux commandes du gouvernement tout en précisant qu’il était le seul habilité à faire des déclarations annonçant mesures et réformes.
Une séance qui enfoncera enfin le clou sur la vision que portent le chef du gouvernement et ses ministres sur les femmes de ce pays.  Il y a quelques jours, dans un entretien  accordé à la télévision qatarie, Al Jazeera, M. Benkirane avait osé une comparaison portant atteinte à la dignité des Marocaines en affirmant à son interviewer qu’il n’était pas comme «ces femmes qui se disputent dans les hammams». Mercredi sous la Coupole, la présidente du Groupe parlementaire socialiste lui a conseillé de présenter des excuses publiques aux femmes de ce pays dont il a réduit les compétences à des disputes de hammam. Abdelilah Benkirane n’aura pas un mot de regret, ne présentera pas d’excuses aux Marocaines.  L’égalité des femmes et des hommes est portée par le troisième Objectif des objectifs du millénaire pour le développement. Un objectif aujourd’hui gravement menacé au Maroc.

Narjis Rerhaye
Vendredi 10 Août 2012

Lu 910 fois


1.Posté par Berhoc le 13/08/2012 16:58
Libe joue bien son rôle d'opposition, pas plus !

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