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Le ftour en dehors de la maison fait tourner plusieurs business

Plusieurs hôtels et restaurants proposent des menus «spécial ftour»




Il y a plusieurs années, les Marocains sortaient manger dehors pour des occasions bien définies comme les Moussems ou encore les souks hebdomadaires mais pour le Ramadan c’était différent, car rompre le jeûne en dehors de la maison, c’était inconcevable pour un Marocain sauf s’il était invité chez un membre de sa famille.
Cette pratique était réservée aux ouvriers qui travaillent loin des leurs et aux SDF ou encore aux voyageurs qui prennent une longue route et se retrouvent obligés de s’arrêter pour rompre le jeûne dans des cafés ou des stations-service. Et en général, il y avait une grande solidarité entre voisins. Pour un démuni, un veuf ou un célibataire, qui ne pouvait passer le Ramadan avec les siens, la famille d’à côté lui envoyait un plateau de ftour. Une générosité qu’on retrouve encore dans les familles marocaines envers les gardiens de rue ou les ouvriers en bâtiment s’il y a un chantier à proximité.

Une pratique qui nous vient d’ailleurs
Mais les temps ont changé et un usage nouveau s’est installé. La rupture du jeûne  en dehors de la maison est devenue une pratique  répandue chez les Marocains et même une mode dont l’origine serait l’Europe et plus exactement des restaurateurs de France, de Grande Bretagne ou encore d’Italie qui ont eu l’idée d’allier le commercial au culturel. En général, ces restaurants gardaient leur activité normale le jour pour répondre aux besoins de leur clientèle. Et en parallèle, ils ont commencé à proposer pendant le Ramadan des menus de ftour aux musulmans et surtout aux Maghrébins. L’offre leur permet ainsi de manger de la harira, chorba, chabbakya, mssemen et pâtisseries orientales alors qu’ils sont à des milliers de kilomètres de chez eux. L’idée s’est installée au Maroc pour répondre à ce même besoin pour certains et pour d’autres, c’est tout simplement pour sortir ou encore permettre à la mère de famille de passer une journée off loin de sa cuisine.
L’offre crée et stimule la demande
Nombre d’hôtels et de restaurants proposent, depuis quelques années, des menus « spécial ftour » ou encore des buffets ouverts pour des prix qui vont de 200 à plus de 500 DH par personne, quand il s’agit de buffets avec des plats un peu raffinés.
D’ailleurs, ces offres pullulent sur les sites d’annonces et les réseaux sociaux sous forme de deals à acheter et à payer soit sur le net, soit dans les agences commerciales comme wafacash. Certes ce genre d’offres connaît un succès puisque les sites marchands affiliés au Centre monétaire interbancaire ont réalisé 2,5 millions d’opérations de paiement en ligne via cartes bancaires, marocaines et étrangères, pour un montant global de 1,330 milliard de dirhams en 2015, en progression de 22,5% en nombre et 12,4% en montant par rapport à l’année précédente.
Une culture qui se généralise de plus en plus chez les Marocains qui ont toujours peur de se faire pirater leurs comptes en ligne. Alors la  solution intermédiaire que la plupart des banques commencent à proposer, c’est de prendre une deuxième carte prépayée sur laquelle on peut transférer une certaine somme d’argent et qui servira à faire les achats en ligne, limitant ainsi le risque de se faire pirater son compte initial.
Mais malgré tout ce tracas bancaire, les deals marchent de plus en plus fort, car les établissements culinaires offrent l’autre option de payer dans les agences commerciales comme wafacash ou moneygram ou dernièrement de plus en plus l’option de paiement sur place pour encourager les consommateurs.
En dehors de son côté marketing, le concept en lui-même reste positif puisqu’il permet à des restaurants qui fermaient pendant le Ramadan, de continuer à travailler et, du coup, de maintenir leurs personnels qui se retrouvaient, avant, en chômage forcé pendant tout un mois. Il leur permet aussi de continuer à écouler leurs stocks de matières premières sans avoir le souci d’en consommer la partie périssable avant la fermeture de l’établissement pour le Ramadan, comme cela se faisait avant. N’empêche qu’il y a encore des restaurants qui font le choix de fermer pendant le mois sacré.

Autres business qui marchent
Pour ceux qui n’ont pas les moyens de se payer des deals, le bord de la mer reste une très bonne option et là aussi il y a un autre business qui marche; c’est celui de la location des tables et des chaises à la plage.
Quand vous arrivez à la plage, des jeunes viennent vous proposer produits et tarifs et se chargent eux-mêmes de la mise en place: des parasols à 15 DH, des chaises à 10 DH, des tables rondes à 15 DH et des carrées à 20 DH et elles sont plus chères car elles sont plus faciles à coller les unes aux autres pour en faire une longue table lorsqu’on est nombreux.
Et pourtant, une étude récente a révélé que manger autour d’une table ronde est beaucoup plus convivial qu’autour d’une table carrée.Et si vous êtes à proximité d’un café ou d’un restaurant, vous profitez d’un éclairage gratuit, car on allume des projecteurs externes, sinon, les lampes torches et bougies feront l’affaire.
Un autre métier en profite aussi, c’est celui de gardien de voitures. Ils sont là avec leurs gilets oranges; un groupe de deux ou trois jeunes, à vous proposer une place libre et à vous aider à garer votre voiture. Vous ne les connaissez pas mais vous leur confiez votre voiture. Ils ont ainsi une occupation, un passe-temps rémunéré et en plus, ils profitent de la générosité des Marocains pour avoir un petit truc fait maison à manger pour le ftour.
Dans d’autres cas, le ftour à l’extérieur n’est pas un choix mais une obligation car pour les plus démunis, il y a les opérations Iftar Ramadan, qui sont organisées par les mécènes ou par le tissu associatif dans presque chaque quartier sous des tentes installées pour l’occasion, et qui permettent à des Syriens, des Subsahariens ou des Marocains dans le besoin de prendre un bon repas traditionnel bien chaud.
Choix ou obligation, la rupture du jeûne en dehors de la maison reste un usage nouveau qui trouve beaucoup d’amateurs et qui fait tourner un business grandissant chaque année.

Aicha Erraji (Stagiaire)
Mardi 5 Juillet 2016

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