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Le coup de théâtre de Sbihi


Un prix de plus
Un prix de trop



Mohamed Amine Sbihi compte créer un nouveau prix pour le théâtre. Le projet de décret le concernant sera bientôt examiné en Conseil de gouvernement.  Il prévoit de consacrer les meilleures pièces en décernant les prix de la meilleure mise en scène, du meilleur texte, de la meilleure interprétation féminine, de la meilleure interprétation masculine et, enfin, de la  meilleure scénographie.
Une initiative qui laisse sceptiques plusieurs hommes et femmes de théâtre. Tel est le cas d’Ahmed Amal, ancien professeur à l’Institut supérieur d'art dramatique et d'animation culturelle (ISADC) qui s’interroge sur le timing de l’annonce d’un tel projet. En fait, il s’est demandé pourquoi le ministre de la Culture a choisi la fin de son mandat pour lancer l’idée de création de ce prix  et pourquoi il a choisi pareil moment alors qu’on est à quelques mois des élections législatives.   Il s’est également interrogé sur le pourquoi du lancement d’un tel prix alors que beaucoup d’artistes sont au chômage.  «Il s’agit d’une carte purement politique qui n’a rien à voir avec les soucis et les attentes des hommes et des femmes de théâtre », nous a-t-il précisé. Même son de cloche de la part de Abdellah Moghazi, artiste,  qui pense que ce prix n’est qu’une copie sans valeur ajoutée de certains prix décernés par d’autres pays et particulièrement ceux du Golfe.  « Il s’agit plutôt d’une sortie médiatique pour vanter les mérites de l’action du  ministère dans le domaine du théâtre.  En effet, à quoi ce prix peut-il servir puisqu’une pareille  récompense est annuellement attribuée  par le Festival national du théâtre à Meknès au meilleur texte, mise en scène ?». 
De son côté, Omar El Jadli, dramaturge et metteur en scène, estime que si le lancement de ce prix est positif, abstraction faite de son timing et des vraies motivations qui le sous-tendent, il reste que la crédibilité des personnes qui  seront chargées de la gestion de ce dossier risque d’altérer sa qualité et sa valeur,  étant entendu que le ministère de la Culture cumule depuis fort longtemps une série d’échecs  et de déceptions  dans la gestion de pareils événements tels que le Festival national du théâtre ou les Fonds de soutien au théâtre qui manquent de crédibilité. « Tout le monde sait comment sont choisies les troupes théâtrales qui participent au Festival de Meknès et comment les prix sont décernés. Le même constat est relevé au  niveau du soutien qui répond plus aux critères du clientélisme et du favoritisme qu’à ceux du mérite et du  professionnalisme », nous a-t-il expliqué. Des propos qui rejoignent ceux de  Khalid Amine, président du Centre international pour les études du spectacle de Tanger. « Peu d’informations circulent à propos de ce prix. On ne sait pas s’il sera décerné lors du Festival national de théâtre de Meknès  ou ailleurs, ni quel sera son montant, les personnes ou les troupes éligibles, les critères d’attribution ni même s’il va être attribué uniquement aux textes ou plutôt aux spectacles, etc. Autant de questions qui restent sans réponse et qui rendent toute évaluation un peu hâtive », nous a-t-il déclaré. 
Pourtant, l’ensemble de nos interlocuteurs sont unanimes à considérer que le bilan de l’actuel ministre de la Culture demeure mitigé.  C’est le cas de Omar El Jadli qui estime que ce bilan est médiocre malgré les efforts consentis pour médiatiser les actions ministérielles. « Si l’on exclut son projet d’implantation de troupes théâtrales dans les 12 régions du pays,   rien n’a été fait.  La promulgation de la Loi d’artiste ne peut lui être attribuée même s’il a participé activement à sa sortie des tiroirs», nous a-t-il précisé.   
Quant à Ahmed Amal, il ne mâche pas ses mots, estimant que le ministre n’a rien avoir avec le monde de la culture et ne connait rien à ce domaine. Pis, l’essentiel de son travail est souvent effectué par les commissions de son département. « L’augmentation des fonds de soutien, l’implantation des troupes théâtrales et la Loi d’artiste sont des mesures prises préalablement à son installation mais qui ont coïncidé avec son arrivée à la tête du ministère de la Culture. Ces mesures sont plutôt le fruit du travail des syndicats et de la lutte des artistes », nous a-t-il affirmé. 
Pour sa part, Khalid Amine estime que la responsabilité de la situation actuelle du théâtre marocain ne peut incomber à l’actuel ministre et qu’il y a des choses positives à mettre à son actif. Pourtant, notre source  estime que le déficit est encore palpable malgré la dynamique qui a été enclenchée notamment dans les petites villes et les localités éloignées. D’après lui, le théâtre marocain est encore loin de répondre aux attentes et aux espoirs des professionnels et des spectateurs. « Le théâtre reste saisonnier et sa contribution à la scène culturelle nationale n’est pas d’une grande importance.  Mais on ne peut pas tout reprocher au ministère de tutelle. Il faut également mettre à l’index d’autres acteurs comme les communes et les édiles locaux », a-t-il conclu.
 

Hassan Bentaleb
Mardi 26 Avril 2016

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