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Le Maroc vidé de sa substance grise : Médecins et ingénieurs du cru se laissent séduire par d’autres horizons




Le Maroc vidé de sa substance grise : Médecins et ingénieurs du cru se laissent séduire par d’autres horizons
 Le constat est sans équivoque : le phénomène de «brain drain» est devenu critique pour les cinq pays de l’UMA et il concerne fortement  les profils les plus prisés sur le marché international (ingénieurs et médecins).  Pis, cet état de fait est appelé à perdurer vu la faiblesse des capacités de rétention des pays d’origine face à la force des éléments attractifs des pays développés, en déficit de compétences et autres talents. C’est qui  ressort de l’ouvrage collectif  du Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD) «  De la fuite des cerveaux à la mobilité des compétences », présenté récemment en Alger.
 Selon les auteurs de cet ouvrage, le volume des migrants ayant le niveau supérieur a atteint aujourd’hui 853.000 personnes contre 585.000 en 2000 soit un taux de croissance de 46%. Les ressortissants du Maroc occupent la tête de peloton au niveau du Maghreb avec 397.000 migrants de niveau supérieur suivis par ceux de l’Algérie avec 37%, puis de la Tunisie avec 12%. La Libye et la Mauritanie viennent en 4ème et 5ème positions avec respectivement 3% et 1%. Selon le document, le taux moyen des Maghrébins de niveau supérieur dans les pays de l’OCDE était de 9,2% en 1990 et il est passé de 17,6% en 2000 à 22,3% en 2010. A noter que ces pays  accueillent près de 90% de Maghrébins installés à l’étranger.
La hausse la plus importante est observée pour l’Algérie, avec plus de 16% depuis les années 1990. Elle est suivie de la Mauritanie, avec 12%, mais son taux est resté stable entre 2000 et 2010. La Tunisie a connu une hausse de près de 10% depuis 1990, et le Maroc un écart positif de 5,4% entre 1990 et 2010. Concernant la Libye, son taux est reparti à la hausse en 2010 avec 12% de plus après une chute entre 1990 et 2000.
L’étude a démontré que les migrants algériens qualifiés représentent 26% en moyenne des 267.000 Algériens installés dans les pays de l’OCDE, dont 1,2% ont un PHD (plus haut niveau d’études). 85% des compétences algériennes sont concentrées en France, dont 30% sont principalement des médecins, des psychiatres. Le Canada est le deuxième pays d’accueil des «cerveaux» algériens, suivi de la Grande-Bretagne. Les chercheurs du CREAD ont constaté que 24% des migrants ont conservé la nationalité algérienne alors que 75% d’entre eux possèdent la nationalité du pays d’accueil.
Pourquoi ces compétences fuient-elles leurs pays d’origine ? Il y a d’abord le besoin d’ opportunités de travail, de formation et de perfectionnement permettant  une meilleure reconnaissance internationale et offrant plus de chances de recrutement. Ensuite,  la quête d’avantages matériels et financiers offrant un meilleur environnement en matière de travail, de qualité de vie et garantissant un meilleur avenir pour leur progéniture. Et enfin, le manque de perspectives professionnelles et universitaires dans leurs pays d’origine.  Les facilités d’installation dans les pays d’accueil jouent également  en faveur de la prise de décision de non-retour. « Cette fuite des compétences s’explique alors par l'impossibilité de trouver sur place, un environnement matériel, politique, scientifique, socioculturel adéquat, à savoir toutes choses qui seraient propices à un épanouissement professionnel mais aussi personnel. Avec parfois le sentiment, plus ou moins fondé, que leurs compatriotes semblent se désintéresser quelque peu de leurs activités de recherche ou centres d’intérêt (il suffit de voir, à ce sujet les budgets consacrés, les institutions existantes ou les crédits fournis pour la recherche scientifique). La considération tant recherchée et attendue, ne survient qu’a posteriori et après une reconnaissance acquise à l’étranger. Choix de départ aux raisons objectives, quand c’est l'inexistence de structures nationales pour les sciences appliquées comme la physique nucléaire ou l’astronomie par exemple », a expliqué Pr. Mohamed Charef, l’un des coauteurs de cet ouvrage. Un état de fait des plus problématiques puisque ce sujet, poursuit-il, n’est ni nouveau, ni anodin et ne semble pas faire l’objet de préoccupations majeures. Si ce dossier fait de temps à autre une apparition dans les médias qui s’alarment de l’exode des cerveaux marocains, personne ne cherche pour autant à évaluer l’importance de cette « fuite », des catégories de compétences concernées et de l’impact sur le développement national, a-t-il conclu.
Reste à souligner que les conclusions révélées par cet ouvrage confirment les tendances déjà observées par la Division de la population  relevant des Nations unies et de l’OCDE qui ont attesté, en 2013, que, dans presque tous les pays d’origine, le taux d’émigration des personnes hautement qualifiées est supérieur au taux d’émigration total.
Parmi les diplômés de l’enseignement tertiaire nés en Afrique, un sur neuf vit dans la zone OCDE. En 2010-2011, au Burundi, au Lesotho, au Malawi, aux Maldives, au Mozambique, en Namibie, au Niger, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, en Tanzanie et en Zambie, les taux d’émigration des personnes hautement qualifiées représentaient plus de 20 fois le taux d’émigration total.


 

Hassan Bentaleb
Vendredi 12 Février 2016

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1.Posté par Marwan le 11/02/2016 18:49
Comment nôtre pays peut il ésperer un décollage économque si ses forces vives sont captés par d'autres pays? Ce qui est insuportable, c'est de voir des promotions entières de polytechnique quitter le Maroc pour des postes à l'étranger dés leur diplome en poche. Le Maroc a investis dans cette école d'ingénieure préstigieuse et voit le fruit de ses investissement profiter à d'autres pays occidentaux. En France ,il y avait un système qui permettaient aux diplomés de polytechnique de se dispenser des années qu'ils devaient au service public mais la France a récement palier à cela. Pourquoi le gouvernement marocain ,qui a beaucoup investis dans cette école pour combler les besoins du royaume,ne conditionne pas l'entrée à polytechnique à l'obligation d'effectuer un certain nombre d'années de travail au Maroc à l'issu de l'obtention de leur diplôme; Au lieu de rester les bras croisés?

2.Posté par BENNANI le 11/02/2016 19:23
Algérien, j'ai vécu en France plus de la moitié de ma vie. Cadre dans un grand groupe lors de mon arrivée en France, je travaille à mon compte depuis plus de 16. Ma petite structure dans la demande de l'ingénierie et de l'expertise compte plusieurs salariés.
Votre article appelle de ma part les observations suivantes :
1/ Vous faites exactement la même analyse que celle des journalistes algériens. Votre article aurait pu être publié par un journal algérien il aurait la même justesse d'analyse.
2/ il me semble qu'il manque néanmoins un facteur important qui explique pour partie cette fuite des cerveaux et des gens qualifiés. Qu'ils soient manuels intellectuels.
Ce paramètre et la montée du conservatisme et de la religiosité dans les sociétés maghrébines. Elles sont devenues intolérantes, misogynes, avec une perte de l'identité culturelle est une faillite du système éducatif. Les gens qui s'installent dans les pays de l'OCDE, s'installent également dans des sociétés ouvertes, respectueuse des individualités culturelles, religieuses et ethniques. Les femmes y sont traitées avec respect et égalité aussi bien dans la société que dans les familles. Il faut noter également que ce société sont très fécondes culturellement. Chacun s'habille comme il veut, mange et boit ce qu'il veut, fréquente qui il veut, prie qui il veut et fait ce qu'il veut de son corps. C'est cette liberté qui à mon sens, participe grandement à la motivation des maghrébins qui s'installent définitivement sous d'autres cieux. Quant aux sociétés changeront et deviendront plus tolérante, nos cerveaux resteront chez nous.
Cordialement
M. BENNANI

3.Posté par EL AMRANI le 12/02/2016 13:22
C'est vrai il y a un grand paradoxe entre cet investissement énorme pour former les cadres et cette politique de ne rien faire pour les encourager à rester travailler dans leur pays respectifs, mais la question qu’on doit nous poser, est ce que nos états maghrébins respectifs ont vraiment besoin de ces cadres ? Je n’en suis pas sûr, autrement le manque de ces cadres aurait eu un impact visible, ce qui n’est pas le cas. Nos états forment des cadres mais ils sont dans l’incapacité de les faire tous travailler, par conséquent la solution de partir ailleurs devient légitime. L’exemple vivant est d’actualité, l’état marocain est entrain de former un certain nombre d’enseignants mais il ne prévoit faire travailler qu’une minorité de ces enseignants, les autres seront libres de partir ailleurs s’ils le désirent. Ceci dit, la politique de nos états maghrébins respectifs n’est pas aussi schizophrénique qu’on le pense, je dirai même que cette politique est volontaire, le Maroc par exemple ne peut plus exporter des immigrés manuels, le monde occidental n’en veut plus, par contre un immigré cadre il en veut. Ceci permettra au Maroc d’avoir toujours un nombre significatif d’immigrés en Europe et aux Amériques et par conséquent d’avoir toujours une source importante de devis (cinq à six milliards de Dollars en moyenne par an) et d’avoir des lobbies politiques influant défendant ses intérêts. Enfin de compte, l’état marocain gagne beaucoup plus à laisser partir la majorité de ses cadres, l’investissement financier sera rapidement amorti avec un plus politique de valeur inestimable.
Mohamed EL AMRANI

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