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La responsabilité n’incombe pas seulement aux changements climatiques : La région de Tétouan-Tanger submergée




La responsabilité n’incombe pas seulement aux changements climatiques : La région de Tétouan-Tanger submergée
Décidément, le calvaire continue…. Les fortes précipitations enregistrées à l’échelle nationale auront emporté de nombreuses vies humaines. Actuellement, le ministère de l’Intérieur parle de 24 personnes décédées depuis le 31 janvier, suite à ces fortes pluies. De nombreuses terres ont été submergées par les eaux ; plusieurs milliers d’hectares ont été inondés. Alors que les pluies devraient augurer de bonnes récoltes, c’est l’inverse qui se produit. Des populations isolées, des maisons qui s’écroulent, des routes qui se détériorent, des usines qui se retrouvent inondées et des terrains qui s’effondrent… Une véritable hécatombe et la liste des dégâts matériels et de victimes ne cessent de s’allonger.
L’amélioration climatique que connaît le pays aujourd’hui ne cache pas les séquelles des intempéries. La population, entre résignation et colère, se pose tout de même des questions : à quoi est dû ce chamboulement du climat ? Risque-t-on de revivre les mêmes scénarii ? Les inondations sont-elles imputables aux changements climatiques ? L’aménagement territorial prend-il réellement en compte les risques d’inondations ? C’est notamment à ces questions qu’ont tenté de répondre les chercheurs et scientifiques réunis autour d’une table ronde, samedi 7 février courant à Tétouan. Organisée par le club « Santé et Environnement » de l’Association Tétouan-Asmir, cette rencontre avait pour objectif de faire le point sur les inondations que connaît la région Tanger-Tétouan depuis septembre 2008. Il faut dire que la région Nord du Royaume a payé un lourd tribut à la suite des intempéries et des fortes précipitations. Une année dite « exceptionnelle » que la population n’oubliera pas de sitôt….
Entre la nuit du 27 au 28 septembre, à Fnideq, 80 mm de pluies ont été enregistrés en l’espace de 45 minutes, soit une augmentation de 50% de la pluviométrie locale. Le 23 octobre 2008, un jeudi « noir » qui restera longtemps gravé dans les mémoires : 100 mm de pluies en 24 heures. Les pluies ont créé une panique sans précédent au niveau des villes de Tétouan et Tanger mais également dans les villages et douars environnants. Les pluies torrentielles ont occasionné des crues affectant même les classes scolaires en plein centre-ville jugées jusque-là à l’abri de telles catastrophes. Les commerçants auront enregistré, des pertes menant parfois à la fermeture définitive. A Tanger, les dégâts étaient beaucoup plus importants. En l’espace de cinq heures, 176 mm de pluies avaient été enregistrés soit 10 millions de m3 d’eau et ce sont les zones industrielles « Moghogha » et « Majd » qui ont été touchées de plein fouet. Plus de 150 usines ont été sinistrées et les dégâts matériels se sont chiffrés à plus de 700 millions de dirhams investis pendant plusieurs dizaines d’années et qui ont été perdus en l’espace de quelques heures.
Depuis début janvier, c’est le même scénario. Les pluies diluviennes ont occasionné crues et inondations. Les constructions près des principaux cours d’eau sont menacées. La Faculté des sciences, comme le rappelle le Pr. Targuisti, a déjà subi plusieurs dégâts lors des principales crues de l’Oued Martil (en 1990 et en 2000). De nombreux stocks de produits et matériels utilisés dans les laboratoires de recherche ont été sérieusement endommagés et définitivement perdus. Les routes longeant les cours d’eau sont également menacés lors des fortes pluies. De plus, comment comprendre que des constructions soient programmées dans des zones dites inondables : immeubles, gare routière…. Tant à Tanger qu’à Tétouan, l’on parle d’intempéries historiques qui nous ont fait comprendre que le Royaume n’était pas à l’abri de bouleversements climatiques oscillant entre périodes de sécheresse et de pluies diluviennes mettant à nu toutes nos infrastructures fragiles.
Existe-t-il des solutions de lutte contre les inondations ? A en croire les spécialistes, plusieurs actions pourraient être menées dans ce sens, à l’image de ce qui se fait à l’étranger en construisant des routes perméables, en ajoutant des tranchées filtrantes, en privilégiant des infrastructures d’infiltration et des revêtements alvéolés, en usant de stockage temporaire sur les toits, entre autres.
Devant cette problématique internationale préoccupante que sont les inondations, le Maroc devrait se diriger vers des actions de prévention, d’anticipation et d’atténuation, car le problème risque de  s’aggraver vu les régimes pluviométriques irréguliers. Si d’aucuns imputent les problèmes d’inondations au phénomène de changements climatiques, d’autres préfèrent pointer du doigt, très justement, la pression d’occupation du sol de plus en plus forte au niveau des zones inondables. Les conséquences catastrophiques des inondations sur la région de Fnideq sont dues, en premier lieu, au fait que des habitations étaient construites aux abords même des chaabas. Ici, l’activité humaine perturbe les infrastructures naturelles de drainage… Le risque d’inondation, comme le rappelle M. Benjebara, ingénieur en chef au sein de l’Agence du Bassin Hydraulique du Loukkos, se crée suite à la concomitance de deux facteurs : le phénomène naturel et l’occupation du sol. Le rôle humain dans l’aggravation des conséquences des inondations est, d’une certaine manière, à ne pas minimiser. Les facteurs aggravant les risques d’inondations sont majeurs : le mauvais usage des lits des oueds, l’existence des obstacles artificiels et l’urbanisation des lits importants.
Si la région du Nord s’apprête à devenir l’une des zones économiques les plus compétitives au niveau international, elle est également l’une des plus menacées par les inondations. Un montant de plus de 220 millions de dirhams aurait déjà été consacré aux travaux d’aménagement des oueds qui menacent les zones industrielles de Tanger. Espérons que d’autres mesures de ce genre toucheront d’autres points noirs.
Malheureusement, comme le répète si justement M. Benjebara, à la suite des inondations catastrophiques, l’homme prend quelques mesures de protection, opère des travaux de réparation mais dès qu’on traverse une période de sécheresse, on oublie les affres des intempéries. Un cercle vicieux qu’il faudrait briser pour mener un travail de réflexion coordonné entre les différentes instances concernées et prendre des mesures efficientes visant à ne plus laisser se reproduire les scénarios-catastrophes qui ont touché l’ensemble du Royaume.


Amel NEJJARI
Mercredi 11 Février 2009

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